Des hordes de morts-vivants terrorisant le voisinage: voilà qui fait de trÚs bons films d'horreur, mais les zombies, bien entendu, n'existent pas dans le monde réel... vraiment ?
Il existe en réalité de plus en plus de documentation sur des parasites capables de changer le comportement de l'animal qu'ils ont élu pour hÎte -- et de plus en plus d'études montrant que les humains ne sont pas non plus totalement immunes à ce genre de manipulations zombiesques.
Le sujet fascine la biologiste Athena Aktipis, de l'université de l'Arizona, qui est aussi l'auteure d'un podcast appelé "Zombified" (zombifié). "Plus de la moitié des espÚces que nous connaissons sur Terre sont des parasites", explique-t-elle à l'AFP.
Un exemple est le champignon Ophiocordyceps. Il libÚre des spores qui, lorsqu'ils infectent le corps d'une certaine espÚce de fourmi, lui permettent de prendre le contrÎle de son activité motrice.
Il force ainsi l'insecte Ă s'Ă©loigner de ses congĂ©nĂšres et Ă s'accrocher Ă une plante, avant de mourir, figĂ© par une infection. Un nouveau champignon pousse alors de la tĂȘte de sa victime, et libĂšre Ă son tour des spores qui affecteront d'autres fourmis, rĂ©pĂ©tant ainsi ce cycle de deux Ă trois semaines.
"Nous sommes totalement convaincus que les comportements de la fourmi sont tout à l'avantage du champignon", explique Charissa de Bekker, professeure assistante de biologie à l'université de Floride centrale, et qui mÚne des recherches sur ces deux espÚces afin de mieux comprendre ce processus d'appropriation.
- "Assez répugnant" -
Autre exemple: les guĂȘpes Ă galles, cibles d'une autre guĂȘpe parasite, l'Euderus set. Kelly Weinersmith, professeure de biologie Ă l'universitĂ© de Rice, a fait partie de l'Ă©quipe ayant dĂ©couvert ce phĂ©nomĂšne bien particulier. Au dĂ©part tout se dĂ©roule normalement: la premiĂšre guĂȘpe pond dans une cavitĂ© formĂ©e dans le bois d'un chĂȘne, appelĂ©e une "crypte". La larve y grandit, et finit par mĂącher les parois afin d'en sortir au terme de sa croissance.
Mais lorsque la seconde guĂȘpe trouve l'une de ces larves, elle place son propre oeuf dans la crypte, et le parasite entre alors en action. Il manipule la premiĂšre larve devenue jeune guĂȘpe afin que le trou qu'elle creuse soit en rĂ©alitĂ© trop petit pour qu'elle puisse en sortir, de sorte qu'elle s'y retrouve coincĂ©e, avec seulement la tĂȘte qui dĂ©passe.
"Une fois qu'elle est piĂ©gĂ©e lĂ , le parasitoĂŻde mange (la premiĂšre guĂȘpe) de l'intĂ©rieur", explique Kelly Weinersmith. "Et lorsque le parasitoĂŻde a fini de se dĂ©velopper, il mange la tĂȘte de son hĂŽte et sort Ă travers sa tĂȘte." Le processus "est assez rĂ©pugnant", convient la chercheuse.
- Et les humains? -
Et si vous pensez que rien de tout cela ne peut arriver aux humains, vous pourriez ĂȘtre amenĂ©s Ă revoir votre jugement. Le parasite unicellulaire Toxoplasma gondii pourrait avoir affectĂ© 40 millions d'AmĂ©ricains, selon les Centres de contrĂŽle et de prĂ©vention des maladies (CDC), et certaines Ă©tudes ont montrĂ© qu'il pouvait influencer le comportement humain.
Ce parasite se développe à l'origine dans l'intestin du chat. Et il "a évolué pour faire en sorte qu'un rat (infecté) soit attiré par l'urine de chat". Ainsi, le rat se rapproche du chat, qui peut donc le manger, et la boucle est bouclée. "Si ce n'est pas de la zombification, qu'est-ce que c'est?", demande Mme Aktipis.
Les ĂȘtres humains peuvent se trouver infectĂ©s en mangeant de la viande pas assez cuite, ou via leur animal de compagnie, par exemple en nettoyant sa litiĂšre. Certaines Ă©tudes ont rapportĂ© un lien entre l'infection du cerveau par ce parasite et certains traits de personnalitĂ©, comme l'agressivitĂ©, mĂȘme si d'autres Ă©tudes ont contestĂ© ces rĂ©sultats.
La rage, de la mĂȘme maniĂšre, rend les animaux et les gens trĂšs agressifs. Mais le saut dans l'Ă©volution du parasite devrait ĂȘtre considĂ©rable pour qu'il puisse faire Ă des humains ce qu'il fait aux rats. On est encore donc loin des hordes de zombies en pleine rue.
Mais pour Athena Aktipis, qui a organisé une rencontre de médecine sur le thÚme de l'"apocalypse zombie" l'année derniÚre --et en prépare une autre pour 2020--, rendre le sujet ludique est un moyen de réfléchir aux éventuelles menaces futures. Elle recommande d'ailleurs de garder chez soi un sac d'urgence avec des vivres, un kit de premiers secours et du whisky pour stériliser les plaies -- ou pour le boire, si les choses tournent vraiment mal.
AFP

