L'ex-prĂ©sident catalan Carles Puigdemont et cinq autres dirigeants indĂ©pendantistes ayant fui Ă l'Ă©tranger ne risquent plus d'ĂȘtre extradĂ©s pour leur rĂŽle dans la tentative de sĂ©cession de la Catalogne en octobre, aprĂšs le retrait jeudi des mandats d'arrĂȘt internationaux Ă leur encontre.
Cette décision du juge espagnol Pablo Llarena intervient aprÚs la décision, il y a une semaine, de la justice allemande de n'autoriser l'extradition de M. Puigdemont vers l'Espagne que pour le délit de malversation et non pour rébellion, passible de 25 ans de réclusion.
Dans l'arrĂȘt, rendu public jeudi par la Cour suprĂȘme, le juge a dit refuser que l'ex-prĂ©sident catalan ne soit extradĂ© que pour malversation et retirer les mandats d'arrĂȘt europĂ©ens et internationaux Ă l'encontre de ces six dirigeants catalans. ConcrĂštement, ces sĂ©paratistes sont donc dĂ©sormais libres de se dĂ©placer Ă l'Ă©tranger sans courir le risque d'ĂȘtre arrĂȘtĂ©s et extradĂ©s. Ils seraient en revanche incarcĂ©rĂ©s s'ils revenaient en Espagne, oĂč le mandat d'arrĂȘt est toujours en vigueur.
"Immense faiblesse"
Dans un tweet, l'ex-prĂ©sident catalan a estimĂ© que cette dĂ©cision Ă©tait la "dĂ©monstration de l'immense faiblesse" du dossier du juge Llarena. Son successeur Ă la tĂȘte de l'exĂ©cutif rĂ©gional, Quim Torra, a quant Ă lui saluĂ© une "nouvelle victoire politique et judiciaire".
Hormis Carles Puigdemont, actuellement en Allemagne oĂč il avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© fin mars, cette dĂ©cision concerne quatre membres de l'ex-gouvernement catalan - Toni Comin, Lluis Puig, Meritxell Serret, qui se sont exilĂ©s en Belgique, et Clara Ponsati, qui vit en Ecosse - et Marta Rovira, la dirigeante du parti de gauche indĂ©pendantiste ERC, qui serait en Suisse.
L'incertitude demeure toutefois sur la suite de la procĂ©dure, le juge Llarena ayant dĂ©jĂ retirĂ© un premier mandat d'arrĂȘt international contre ces indĂ©pendantistes en dĂ©cembre avant de le rĂ©activer fin mars. "Si nous accueillons positivement cette annonce, nous devons aussi rester prudents jusqu'Ă ce que le gouvernement espagnol nous garantisse que c'est la fin de l'affaire", a d'ailleurs rĂ©agi Aamer Anwar, l'avocat de Clara Ponsati.
La premiĂšre ministre indĂ©pendantiste de l'Ecosse Nicola Sturgeon a quant Ă elle qualifiĂ© de "trĂšs bonne nouvelle" la fin du mandat d'arrĂȘt contre Clara Ponsati. "Les divergences politiques devraient ĂȘtre rĂ©glĂ©es dĂ©mocratiquement, pas devant les tribunaux", a-t-elle dĂ©clarĂ© sur Twitter. ContactĂ© par l'AFP, l'un des avocats de Carles Puigdemont, Gonzalo Boye, a saluĂ© le retrait des mandats.
"Nous sommes trÚs satisfaits", a-t-il réagi, estimant que le dossier d'instruction du juge Llarena "ne tient pas dans les systÚmes démocratiques". "Cela n'a pas de sens que des faits ne soient pas un délit dans le reste de l'Europe et le soient en Espagne", a-t-il ajouté, faisant allusion à l'accusation de rébellion.
La justice allemande avait en effet estimĂ© que cette accusation n'Ă©tait pas recevable en droit allemand car M. Puigdemont "n'Ă©tait pas le chef spirituel de violences" et car les dites "violences (ayant eu lieu en octobre) n'Ă©taient pas d'une ampleur suffisante" pour justifier de telles poursuites. Le juge Llarena a contestĂ© jeudi la dĂ©cision du tribunal allemand, estimant qu'il aurait dĂ» "se limiter Ă vĂ©rifier si les faits dĂ©crits par la justice espagnole peuvent ĂȘtre qualifiĂ©s pĂ©nalement en Allemagne" plutĂŽt que de chercher l'Ă©quivalent allemand de rĂ©bellion.
DĂšs le dĂ©but de cette affaire, ce chef d'inculpation apparaissait comme le point faible du dossier montĂ© par le juge espagnol pour obtenir l'extradition du dirigeant catalan, tandis que, mĂȘme en Espagne, l'accusation de rĂ©bellion est sujette Ă dĂ©bat. "Nouveau ridicule international pour Llarena et la justice espagnole", a lancĂ© sur Twitter Sergi Sabria, d'ERC.
Au total, 25 dirigeants séparatistes catalans sont inculpés en Espagne pour leur rÎle dans la tentative de sécession.
 - © 2018 AFP

