La justice s'est saisie vendredi du dossier Levothyrox et va enquĂȘter aprĂšs les plaintes de malades de la thyroĂŻde victimes d'effets secondaires de la nouvelle formule de ce mĂ©dicament, dont une ancienne version doit ĂȘtre de retour en pharmacie d'ici 15 jours.
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L'enquĂȘte prĂ©liminaire a Ă©tĂ© confiĂ©e au pĂŽle de santĂ© publique du tribunal de grande instance de Marseille, dont la compĂ©tence s'Ă©tend jusqu'Ă Lyon, siĂšge français du laboratoire allemand Merck qui produit ce mĂ©dicament, a annoncĂ© Ă l'AFP le procureur de la RĂ©publique de Marseille, Xavier Tarabeux. "Il faut que la vĂ©ritĂ© Ă©clate, et que toutes les responsabilitĂ©s pĂ©nales puissent ĂȘtre envisagĂ©es.
Seule une enquĂȘte judiciaire le permettra", s'est fĂ©licitĂ© auprĂšs de l'AFP Me David-Olivier Kaminski, qui a dĂ©jĂ dĂ©posĂ© 12 plaintes au nom d'utilisatrices de Levothyrox, et en prĂ©pare "plusieurs dizaines" d'autres. Il demande Ă la justice de se pencher sur la responsabilitĂ© de l'ancienne ministre socialiste de la SantĂ©, Marisol Touraine, de l'Agence nationale de sĂ©curitĂ© du mĂ©dicament (ANSM), et du laboratoire.
L'une de ses consĆurs, Me Marie-Odile Bertella-Geffroy, ex-juge du pĂŽle santĂ© publique de Paris et conseil de l'Association française des malades de la thyroĂŻde, a dĂ©posĂ© de son cĂŽtĂ© 51 plaintes. Parmi les infractions visĂ©es par ces plaintes, la "mise en danger de la vie d'autrui" et la "tromperie" ou encore la "non-assistance Ă personne en danger". Au total, trois millions de patients prennent ce mĂ©dicament en France (premier marchĂ© mondial) pour soigner l'hypothyroĂŻdie ou aprĂšs une opĂ©ration de cancer de la thyroĂŻde.
Selon le ministĂšre de la SantĂ©, plus de 9.000 personnes ont signalĂ© des effets indĂ©sirables --crampes, maux de tĂȘte, vertiges, perte de cheveux-- attribuĂ©s Ă la nouvelle formule du Levothyrox commercialisĂ©e depuis fin mars. Une large partie des effets indĂ©sirables seraient liĂ©e Ă "des difficultĂ©s" Ă doser la nouvelle formule du Levothyrox, un mĂ©dicament dont l'Ă©cart entre la dose efficace et la dose nĂ©faste est faible, avait assurĂ© lundi la ministre de la SantĂ© AgnĂšs Buzyn.
- "Premier pas" -
Vendredi, pour parer au plus urgent, elle a annoncé avoir "fait en sorte (...) que l'ancien Levothyrox soit accessible de façon à ce que ceux qui le réclament puissent le prendre", d'ici 15 jours. Un seul produit de substitution, appelé L-Thyroxine, existe pour le moment en France, mais des alternatives seront disponibles "dans un mois" et les patients pourront ainsi choisir ce "qui leur convient le mieux", a-t-elle ajouté.
Le retour Ă l'ancienne formule ne pourra se faire "que sur prescription mĂ©dicale" et "ne pourra ĂȘtre proposĂ©e avec la mĂȘme variĂ©tĂ© de dosage que l'actuelle formule", a prĂ©cisĂ© Ă l'AFP Thierry Hulot, patron des activitĂ©s biopharmaceutiques de Merck Serono en France. La ministre a aussi soulignĂ© que "l'ancien Levothyrox devrait normalement disparaĂźtre puisque le laboratoire ne devrait plus le produire dans les annĂ©es qui viennent".
"J'aimerais remercier la ministre qui a fait preuve d?une honnĂȘtetĂ© rare chez les politiques. Au lieu de nier ou dĂ©mentir en bloc, elle a admis qu?elle ne savait pas pourquoi il y a avait ces effets et a ordonnĂ© une enquĂȘte poussĂ©e", a rĂ©agi auprĂšs du Parisien l'actrice Anny Duperey, qui fait partie des patients ayant portĂ© plainte. "Nous demandons toujours d?avoir le choix entre l'ancienne et la nouvelle formule, et pas seulement pour une pĂ©riode temporaire", a-t-elle toutefois ajoutĂ©.
"C'est un premier pas", a rĂ©agi auprĂšs de l'AFP Chantal L'Hoir, prĂ©sidente de l'Association française des malades de la thyroĂŻde (AFMT), qui "reçoit en moyenne 1.000 dossiers de plaignants par jour". L'ANSM avait rĂ©clamĂ© une nouvelle formule du Levothyrox Ă Merck dĂšs 2012 afin, selon elle, de rendre le produit plus stable. La teneur en lĂ©vothyroxine, le principe actif, pouvait en effet varier d'un lot Ă l'autre, voire au sein du mĂȘme lot avec le temps.
La France est le premier pays oĂč cette nouvelle formule a Ă©tĂ© introduite mais, selon le laboratoire, des procĂ©dures d'homologation sont en cours ailleurs. Outre l'enquĂȘte judiciaire, et une procĂ©dure engagĂ©e devant la justice administrative Ă Montpellier, une enquĂȘte de pharmacovigilance a Ă©tĂ© lancĂ©e par l'ANSM, qui doit rendre publiques ses conclusions en octobre.
AFP

Importantes douleurs bras-mains depuis la prise de la nouvelle formule