SoupçonnĂ© d'avoir transmis au dĂ©putĂ© Thierry SolĂšre des Ă©lĂ©ments sur une enquĂȘte le visant, l'ex-garde des Sceaux socialiste, Jean-Jacques Urvoas, a Ă©tĂ© mis en examen mardi par la Cour de justice de la RĂ©publique.
Il est poursuivi pour "violation du secret professionnel", a indiquĂ© mercredi Ă l'AFP une source proche de l'enquĂȘte, confirmant une information du Monde."Je conteste avec dĂ©termination une quelconque violation, dans l'exercice de mes fonctions ministĂ©rielles, d'un secret protĂ©gĂ©", a rĂ©agi M. Urvoas dans un communiquĂ© envoyĂ© Ă l'AFP par son avocat, Me Emmanuel Marsigny.
"Ce reproche est une blessure alors que j'ai agi, comme je l'ai toujours fait en ma qualité de garde des Sceaux, pour la défense de l'autorité judiciaire et son indépendance", a-t-il ajouté.
La commission des requĂȘtes de la CJR, seule instance habilitĂ©e Ă juger des ministres pour des faits commis dans l'exercice de leurs fonctions, avait Ă©mis en janvier "un avis favorable" Ă l'ouverture d'une enquĂȘte dans cette affaire.Elle avait Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e en dĂ©cembre par le Canard enchaĂźnĂ©. Selon l'hebdomadaire satirique, M. Urvoas avait envoyĂ© Ă M. SolĂšre (ex-Les RĂ©publicains qui a rejoint La RĂ©publique en Marche) une note de la Direction des affaires criminelles et des grĂąces (DACG) sur une enquĂȘte le concernant, entre les deux tours de l'Ă©lection prĂ©sidentielle de 2017.
- Disparition programmée de la CJR -
Cette synthÚse aurait été demandée à ses services par le garde des Sceaux, comme le lui permettait son statut, puis transmise au député par la messagerie WhatsApp, d'aprÚs le journal.
Depuis le 6 septembre 2016, M. SolĂšre est visĂ© par une enquĂȘte prĂ©liminaire ouverte par le parquet de Nanterre pour "fraude fiscale, blanchiment, corruption, trafic d'influence et recel d'abus de biens sociaux".Dans le cadre de cette procĂ©dure, une perquisition au domicile du dĂ©putĂ©, qui a dĂ» renoncer fin 2017 Ă son poste de questeur de l'AssemblĂ©e nationale, avait Ă©tĂ© menĂ©e par les policiers de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financiĂšres et fiscales (OCLCIFF), qui avaient alors trouvĂ© le message de M. Urvoas.
La procureure de Nanterre avait confirmé que des éléments "susceptibles d'engager la responsabilité pénale de Jean-Jacques Urvoas" avaient été saisis lors d'une perquisition, puis transmis le 5 décembre au procureur général prÚs la Cour de cassation.
Cette mise en examen de l'ancien locataire de la place VendÎme intervient alors que la suppression de la Cour de justice de la République est prévue dans le projet de loi de réforme constitutionnelle.
Depuis sa création en 1993, la CJR, composée de six députés, six sénateurs et trois juges de la Cour de cassation, est réguliÚrement critiquée pour sa trop grande indulgence à l'égard des responsables politiques.Sur les sept membres du gouvernement qu'elle a jugés, quatre ont été condamnés à des peines légÚres, voire dispensés de peine. En décembre 2016, la Cour a ainsi condamné l'ex-ministre de l'Economie Christine Lagarde pour "négligence" dans l'affaire Tapie, mais l'a dispensée de peine, suscitant un flot de critiques.
François Hollande, lorsqu'il était candidat à l'Elysée, avait déjà promis de faire disparaßtre cette institution, mais il n'avait jamais pu mener à bien la révision constitutionnelle nécessaire.
Dans un autre dossier, Jean-Jacques Urvoas, qui n'a aujourd'hui plus de mandat, est Ă©galement visĂ© par une enquĂȘte prĂ©liminaire ouverte fin janvier par le parquet de Lorient sur des soupçons de dĂ©tournement de fonds publics.Elle vise l'achat puis la mise en vente par l'ex-dĂ©putĂ© du FinistĂšre de sa permanence parlementaire Ă Quimper.
 AFP
