Justice

L'heure du réquisitoire pour les Balkany

  • PubliĂ© le 13 juin 2019 Ă  09:09
  • ActualisĂ© le 13 juin 2019 Ă  09:46
Le couple Patrick et Isabelle Balkany, Ă  Levallois-Perret, le 15 avril 2019

AprÚs les années fastes en politique et les vacances au soleil, place au pilonnage de l'accusation: le parquet national financier requiert jeudi aprÚs-midi contre Patrick et Isabelle Balkany, suspectés de "blanchiment à grande échelle" et dont le patrimoine "occulte" est évalué à 13 millions d'euros.

JugĂ©s devant le tribunal correctionnel de Paris, le maire LR et la premiĂšre adjointe de Levallois-Perret, commune cossue de l'ouest parisien, encourent jusqu'Ă  dix ans de prison pour "blanchiment habituel de fraude fiscale aggravĂ©e" et autant d'inĂ©ligibilitĂ©. Lui est aussi poursuivi pour "corruption passive" et "prise illĂ©gale d'intĂ©rĂȘts".

Jusqu'au bout, entre coups de sang et gouaille culottée, le baron des Hauts-de-Seine aura tout tenté pour n'apparaßtre que comme un "fraudeur passif" ayant la corruption en "horreur". Ce qu'il regrette le plus à l'issue de quatre semaines de procÚs, c'est sa "manie de vouloir toujours faire plaisir". Alors qu'il a vanté une "vie à servir les autres", l'accusation reproche au couple Balkany des années de dissimulation, d'un magot en Suisse à de somptueuses propriétés aux Antilles et au Maroc, masquées par un chapelet de sociétés offshore, avec un faible pour le savoir-faire panaméen.

Patrick Balkany, 70 ans, a affronté seul l'épreuve d'un procÚs public et hyper-médiatisé, en l'absence d'Isabelle, 71 ans, convalescente depuis une tentative de suicide début mai. Ils ont expliqué les débuts de leur bonne fortune par des héritages familiaux - lingots d'or et avoirs légués par son pÚre rescapé d'Auschwitz pour lui, "petit magot" familial suisse pour elle. En aucun cas, a-t-il répété, des fonds occultes destinés à financer le RPR dans les années 1980, comme l'ont soupçonné les juges.

- "Opprobre et acharnement" -

Ils ont longtemps rejeté en bloc toutes les accusations. Tardivement, Isabelle Balkany avait reconnu posséder la villa Pamplemousse, petit coin de paradis acheté en 1997 à Saint-Martin. Dans une lettre lue par son avocat à l'audience, elle a de nouveau reconnu une "faute", qu'elle considÚre comme déjà "largement payée" par l'"opprobre" et un "acharnement" judiciaire.

En revanche, le couple a toujours niĂ© possĂ©der un riad dans la palmeraie de Marrakech. Et peu importent les peignoirs brodĂ©s aux initiales "PB", les livres dĂ©dicacĂ©s ou les meubles achetĂ©s par Isabelle Balkany. Contrairement Ă  la villa Pamplemousse, pour laquelle les enquĂȘteurs ont dĂ©mĂȘlĂ© un entrelacs de sociĂ©tĂ©s Ă©crans et retrouvĂ© le nom des Balkany, un Ă©pais nuage entoure la transaction marocaine de 2010.

Le riad est la propriĂ©tĂ© d'une SCI marocaine, Dar Guycy, elle-mĂȘme dĂ©tenue Ă  99% par une sociĂ©tĂ© panamĂ©enne (Hayridge) créée par une fiduciaire suisse et dont le bĂ©nĂ©ficiaire dĂ©clarĂ© est Jean-Pierre Aubry, ancien bras-droit de Patrick Balkany. Plusieurs acteurs entrent en scĂšne: M. Aubry, alors directeur gĂ©nĂ©ral de la sociĂ©tĂ© d'amĂ©nagement de Levallois, et l'avocat Arnaud Claude sont jugĂ©s pour leur "rĂŽle central" dans le complexe montage entourant l'acquisition du riad.
Le fils Balkany, Alexandre, est poursuivi pour avoir "couvert" ses parents en souscrivant des baux de location fictifs et le milliardaire saoudien Mohamed Al Jaber pour avoir payé le prix officiel du riad contre des délais avantageux dans un énorme contrat immobilier à Levallois.

A la barre, Patrick Balkany a raconté n'avoir fait que charger son "ami Jean-Pierre (Aubry)" de chercher une villa pour satisfaire un caprice du promoteur saoudien en disgrùce à Ryad, tandis que Mohamed Al Jaber, qui affirme peser entre 7 et 9 milliards de dollars, s'est insurgé contre des "mensonges" éhontés. Leur seul point d'accord: "Il n'y a ni corrupteur, ni corrompu".

Dans un premier volet portant sur le seul délit de fraude fiscale, le parquet national financier a requis mi-mai quatre ans de prison, avec mandat de dépÎt, contre Patrick Balkany, deux ans ferme contre son épouse Isabelle, et dix ans d'inéligibilité contre eux deux. Alors que la justice a saisi tous ses biens, le couple n'a pas régularisé sa situation fiscale, contestant les modalités de son redressement.

Le second réquisitoire s'annonce bien plus lourd. Constamment, les bravades de l'ancien député ont suscité des froncements de sourcil des procureurs, comme de l'avocat de l'Etat, qui plaidera juste avant les représentants du PNF.

AFP

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