D'Alicante Ă  Marseille via Alger

L'histoire d'un des derniers pastis "made in Marseille"

  • PubliĂ© le 15 septembre 2017 Ă  16:17
  • ActualisĂ© le 15 septembre 2017 Ă  16:21
Des bouteilles de pastis Limiñana dans la boutique du producteur à Marseille, le 6 septembre 2017

"Pastaga", "fly", "petit jaune" : quel que soit le surnom qu'on lui donne, le pastis colle à l'image de Marseille.Et si la plupart des fabricants ont délaissé la cité phocéenne, une petite entreprise familiale perpétue la tradition, avec un des rares pastis authentiquement "made in Marseille".


Et pourtant, "mon grand-pÚre n'aurait jamais pensé que nous produirions du pastis un jour", raconte Noëlle Limiñana, la petite-fille du fondateur de la PME de douze salariés qui porte son nom et qu'elle dirige avec son mari.
Tout commence en 1876, Ă  Monforte del Cid, un petit bourg situĂ© prĂšs d'Alicante, dans le sud de l'Espagne. Deux frĂšres, Manuel et Pascual, poussĂ©s Ă  l'exil par la misĂšre, prennent la direction de l'AlgĂ©rie française, oĂč leur oncle, qui tient un bar Ă  Alger propose de leur fournir le gĂźte et le couvert en Ă©change de leur travail dans l'Ă©tablissement.
"Le bar était principalement fréquenté par des Espagnols nostalgiques de la Paloma, une boisson anisée typique du sud de l'Espagne. C'est alors que mon grand-pÚre et son frÚre eurent l'idée de créer leur propre breuvage à base d'anis", explique Noëlle Limiñana, évoquant l'anisette de la maison. Transparente comme du cristal, elle devient, au contact de l'eau, blanche comme une colombe (paloma en espagnol). Le succÚs est immédiat et l'entreprise voit officiellement le jour en 1884.
Rapidement, le succÚs touche l'Algérie entiÚre. La jeune entreprise a fait le pari d'inclure toutes les communautés dans l'aventure et l'étiquette des bouteilles fait se cÎtoyer un drapeau tricolore, un croissant et un drapeau espagnol. "Personne n'est oublié !", commente Edouard Vasserot, époux de Noëlle, en désignant une des affiches publicitaires d'époque.


- La "renaissance" grĂące au pastis -


Achat de terres, mĂ©canisation... L'entreprise familiale, dont la production tourne encore exclusivement autour de l'anisette, va, durant prĂšs de 70 ans, se dĂ©velopper en AlgĂ©rie et connaĂźtre la prospĂ©ritĂ©. Au moment de l'indĂ©pendance du pays, proclamĂ©e le 5 juillet 1962, "comme des milliers d'autres pieds-noirs, ma famille dĂ©cide de quitter le pays et nous arrivons par bateau Ă  Marseille, oĂč nous nous installons", se rappelle NoĂ«lle Limiñana.
L'usine familiale est nationalisée par l'Etat algérien mais une succursale est ouverte dans la foulée dans le 4e arrondissement de Marseille : "Nous sommes repartis de zéro", dit-elle. Peu de temps aprÚs, dans les années 1970, l'entreprise se lance dans la production de pastis : "Il y avait une vraie demande et nous avions le savoir-faire", précise-t-elle.
Le succÚs est au rendez vous : "Nous sommes loin des chiffres réalisées par les mastodontes du secteur mais nous avons réussi à nous inscrire durablement sur le marché du pastis", estime Maristella Vasserot, la fille de Noëlle Limiñana, en charge du marketing.
"Quand on s?est rendu compte que tout le monde revendiquait le +made in France+, voire le +made in Marseille+, pour des raisons souvent purement marketing (...), on s?est dit que nous, on avait toujours fait du +made in France+ et du local, qu'on ne l'avait jamais revendiqué et que c?était le moment justement de l?annoncer clairement sur l?étiquette", poursuit-elle.
"Pastis de Marseille, c?est une recette (Ă  base d?anis Ă©toilĂ© distillĂ©, de rĂ©glisse macĂ©rĂ©e et de caramel, ndlr), ce n'est pas une appellation d?origine contrĂŽlĂ©e. Donc on peut faire du pastis de Marseille Ă  Paris, Ă  Lille, n?importe oĂč, et le consommateur ne le sait pas forcĂ©ment", regrette encore Maristella Vasserot.
Pour autant précise Noëlle Limiñana, l'entreprise n'abandonne pas la production d'anisette, "l'ùme de l'entreprise", mais reconnaßt du bout des lÚvres que "le pastis a permis la renaissance de l'entreprise".
La société revendique un chiffre d'affaires d'environ 2 millions d'euros par an, pour 2 millions de bouteilles produites - dont 80% d'apéritifs anisés.

Par Alexandra DEL PERAL - © 2017 AFP

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