En SuĂšde

L'hĂŽpital au bord de la crise de "nurses"

  • PubliĂ© le 3 septembre 2018 Ă  12:59
  • ActualisĂ© le 3 septembre 2018 Ă  14:00
Un panneau de la route non officiel montrant une femme en train d'accoucher pour dénoncer la fermeture d'une maternité prÚs de Solleftea dans le nord de la SuÚde le 9 août 2017

Riche pays d'Europe du nord qui s'enorgueillit de décerner chaque année le prix Nobel de médecine, la SuÚde jouit de l'un des systÚmes de santé les plus performants au monde.

Mais il faut parfois attendre des mois, voire des années pour un rendez-vous avec un spécialiste. Les 10 millions de Suédois sont parmi les mieux soignés du monde, font des centenaires à ne plus savoir qu'en faire et le taux de survie des patients atteints de cancer est l'un des plus élevés d'Europe, selon l'OCDE. Et pourtant, l'exaspération est telle que la dégradation du réseau de soins primaires et de l'hÎpital, avant tout dû à une pénurie criante d'infirmiÚres, est la principale préoccupation des Suédois à l'approche des législatives du 9 septembre.

Alors qu'ils acquittent un impĂŽt sur le revenu de 50% en moyenne, "le risque est rĂ©el qu'ils perdent peu Ă  peu leur confiance dans l'Etat-providence", s'alarme Lisa Pelling du cabinet d'Ă©tudes Arena IdĂ©. Certaines enquĂȘtes d'opinion mettent en avant l'immigration comme prioritĂ© numĂ©ro un des SuĂ©dois, mais les deux thĂ©matiques sont liĂ©es. Pour certains, l'arrivĂ©e de 400.000 demandeurs d'asile depuis 2012 aggrave les problĂšmes de l'hĂŽpital liĂ©s Ă  la pĂ©nurie d'infirmiĂšres et de spĂ©cialistes. Pour d'autres, elle rĂ©pond au dĂ©fi dĂ©mographique d'un pays vieillissant qui aura de plus en plus besoin de petites mains pour s'occuper de ses aĂźnĂ©s.

"Dans cinq ans seulement, la population des plus de 75 ans augmentera de 70.000 personnes (...), ce qui veut dire aussi plus de maladies", prévient le Premier ministre sortant, le social-démocrate Stefan Löfven. En SuÚde, la loi prévoit un délai maximum de 90 jours pour une opération ou une consultation avec un spécialiste. Malgré cela, un tiers des patients attend plus longtemps. Asia Nader est de ceux-là. Diagnostiquée avec une malformation du coeur, elle a dû attendre un an pour se faire opérer. "J'ai complÚtement sombré quand je l'ai appris", se souvient la jeune femme atteinte de cardiopathie congénitale, aprÚs l'opération qui a finalement eu lieu en juin, un mois avant son 23Úme anniversaire.

- Accoucher dans la voiture -

La loi garantit aussi de pouvoir consulter un gĂ©nĂ©raliste dans les... sept jours, le dĂ©lai lĂ©gal le plus long en Europe aprĂšs le Portugal (15 jours), indique un rapport du cabinet d'Ă©tudes Health Consumer Powerhouse. Dans la rĂ©gion Ă  faible densitĂ© dĂ©mographique du JĂ€mtland (nord-ouest), plus de la moitiĂ© des patients doivent attendre plus de 90 jours pour se faire opĂ©rer, contre 17% Ă  Stockholm. Si l'accĂšs Ă  un mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste est assurĂ© Ă  peu prĂšs partout, difficile en revanche de voir toujours le mĂȘme. Car pour faire monter les enchĂšres, praticiens et infirmiĂšres prĂ©fĂšrent recourir Ă  des cabinets d'intĂ©rim qui monnayent leur service.

"Chaque fois que vous en avez besoin, vous consultez un nouveau médecin. Cela nous fait perdre beaucoup de temps en matiÚre de diagnostic et de suivi", déplore Heidi Stenmyren, présidente de l'Association des médecins suédois. Pour pallier les pénuries, les services de consultation à distance, sur internet, font florÚs. Pas moins de 80% des structures de santé en SuÚde manquent d'infirmiÚres, selon l'Institut suédois des statistiques. Lassées de faire des heures supplémentaires pour des salaires médiocres, des dizaines de milliers d'infirmiÚres ont rendu leur blouse depuis le début de l'année, selon Sineva Ribeiro, cheffe de l'Association suédoise des professionnels de santé.

Et comme ailleurs en Europe, la SuÚde voit naßtre sur son territoire de véritables déserts médicaux, pour des raisons budgétaires. A Solleftea, la ville d'origine du Premier ministre, l'unique maternité a fermé ses portes en 2017. La maternité la plus proche est désormais à 200 kilomÚtres et les sage-femmes ont dû lancer des formations à l'intention des futures mÚres pour leur apprendre à accoucher... dans la voiture, ce que certaines d'entre elles ont dû faire depuis.

Le dĂ©bat porte pourtant moins sur le manque de ressources financiĂšres que sur leur - mauvaise - utilisation. Ainsi Ă  Stockholm, le chantier du New Karolinska University Hospital a-t-il fait scandale: alors que le contribuable a dĂ©boursĂ© 61,4 milliards de couronnes (5,8 milliards d'euros) pour l'hĂŽpital le plus cher du monde, des patients ont dĂ» ĂȘtre transfĂ©rĂ©s vers d'autres structures, certains services Ă©tant incapables de les accueillir.
Imparfait, certes. Mais la SuÚde bénéficie du "4e meilleur systÚme de santé au monde", s'agace le Premier ministre.

© 2018 AFP

guest
0 Commentaires