Mobilisation contre le président

Liban: un mort par balle sur une route bloquée par des manifestants

  • PubliĂ© le 13 novembre 2019 Ă  07:10
  • ActualisĂ© le 13 novembre 2019 Ă  07:12
Manifestation antigouvernementale Ă  Byblos, au nord de Beyrouth, le 13 novembre 2019

Un homme a été tué par balle dans la nuit de mardi à mercredi au sud de Beyrouth alors que les contestataires coupaient plusieurs routes à travers le Liban, aprÚs des déclarations du président Michel Aoun qui ont attisé leur colÚre.

Le Liban vit depuis le 17 octobre un soulÚvement inédit réclamant le départ de l'ensemble de la classe politique, quasi-inchangée depuis des décennies et jugée corrompue et incapable de mettre fin au marasme économique. Malgré des heurts sporadiques, la mobilisation est restée largement pacifique.

Mardi soir, brûlant des bennes à ordures et des pneus, les manifestants ont bloqué plusieurs artÚres et des routes dans le pays, notamment dans des villes du sud et à Tripoli dans le nord.

Un homme, Alaa Abou Fakhr, a été tué par balle dans le secteur de Khaldé, au sud de la capitale, a rapporté l'agence nationale d'information (ANI). Il s'agit de la deuxiÚme personne tuée en marge du soulÚvement.

Dans un premier temps, l'armée avait rapporté un incident à Khaldé au passage d'un véhicule militaire sur une route coupée par des manifestants, assurant qu'un soldat a été "contraint d'ouvrir le feu pour disperser" les contestataires, "blessant une personne".

L'armĂ©e a ouvert une enquĂȘte et le militaire ayant ouvert le feu a Ă©tĂ© interpellĂ©, d'aprĂšs la mĂȘme source. Le Parti socialiste progressiste, dirigĂ© par le chef druze Walid Jumblatt, a rapportĂ© dans un communiquĂ© la mort par balles d'un de ses responsables locaux.

- "Fierté de la révolution" -

Opposant de longue date au président Aoun, M. Jumblatt a lancé un appel au calme à ses partisans. "Malgré ce qui s'est passé cette nuit, nous n'avons pas d'autre refuge si ce n'est l'Etat (...) si nous perdons espoir en l'Etat nous entrons dans le chaos", a-t-il dit.

Dans la ville de Saïda dans le sud, des manifestants qui bloquaient une artÚre majeure ont allumé des chandelles qu'ils ont disposé sur la chaussée, formant un message d'adieu à la victime: "Alaa fierté de la révolution".

Dans le quartier de Cola, des manifestants ont caillassé les militaires qui tentaient d'ouvrir une route bloquée. Les violences interviennent aprÚs une déclaration télévisée du président Aoun. Le Chef de l'Etat a proposé un gouvernement formé de technocrates et d'hommes politiques, affirmant qu'il était possible que les consultations parlementaires pour désigner un nouveau Premier ministre commencent avant la fin de la semaine.

Les contestataires, qui ont obtenu le 29 octobre la dĂ©mission du Premier ministre Saad Hariri, rĂ©clament un gouvernement composĂ© d'indĂ©pendants et de technocrates qui ne seraient pas issus du sĂ©rail politique. "OĂč est-ce que je peux aller les chercher? Sur la lune?", a lancĂ© le prĂ©sident. "Y-a-t-il une rĂ©volution sans leader?", s'est emportĂ© le chef de l'Etat. "Si au sein de l'Etat, il n'y a personne qui leur plaĂźt, qu'ils partent".

Un manifestant interrogé par une télévision locale a réagi avec colÚre à ce qu'il a considéré comme un appel à quitter le pays. "Nous n'allons pas émigrer, nous n'allons pas quitter le pays." "Nous allons de nouveau bloquer les routes pour augmenter la pression et faire tomber le président", a réagi un un manifestant à Beyrouth interrogé par l'AFP, Haytham al-Darazi, 36 ans.

- "Situation critique" -

Par ailleurs, M. Aoun n'a pas nié que des pressions américaines étaient exercées en vue d'une exclusion du gouvernement du puissant mouvement armé Hezbollah, poids lourd de la politique libanaise. "Mais elles ne peuvent pas m'imposer de me débarrasser d'un parti qui représente au moins un tiers des Libanais."

Les contestataires sont exaspérés par l'absence de services publics dignes de ce nom, avec notamment de graves pénuries d'eau et d'électricité et une gestion archaïque des déchets. Mardi matin déjà, à Aley (centre), à Tyr (sud) à Baalbeck (est), des manifestants ont organisé des sit-in à l'extérieur ou à l'intérieur des bureaux des opérateurs publics de télécommunications.

Les employés des deux principaux opérateurs, Alfa et Touch, ont lancé une grÚve générale sans en préciser la durée. Les banques sont aussi fermées, les employés ayant entamé une grÚve générale aprÚs des échanges tendus avec des clients, les banques ayant renforcé les restrictions sur les retraits et les conversions vers le dollar.

Lundi, la Banque centrale a affirmé que la livre libanaise resterait indexée au dollar et demandé aux banques de lever leurs restrictions sur les retraits d'argent.
AprÚs une rencontre avec M. Aoun, le coordinateur spécial de l'ONU pour le Liban, Jan Kubis, a estimé que "la situation économique et financiÚre est critique" et que les autorités devraient agir vite.

AFP

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