"On n'y arrive pas", lùche Abou Mohamed Omar. AprÚs chaque bombardement, le temps est compté pour les secouristes de la Ghouta orientale qui tentent tant bien que mal de retrouver des survivants sous les décombres, avant le retour des avions de l'armée de l'air syrienne.
Plus de 145 civils, dont des femmes et des enfants, ont Ă©tĂ© tuĂ©s dans les bombardements du rĂ©gime qui s'acharne depuis le dĂ©but de la semaine sur cette enclave rebelle assiĂ©gĂ©e aux portes de Damas. Chaque jour, ce sont les mĂȘmes scĂšnes de dĂ©solation qui se rĂ©pĂštent. Dans les hĂŽpitaux, des corps enveloppĂ©s dans des linceuls sont alignĂ©s sur un sol tachĂ© de sang, pendant que des enfants attendent de se faire soigner.
Le long des rues jonchées de gravats, des immeubles résidentiels de cinq, six étages, éventrés, se sont effondrés sur leurs habitants. Secouristes et habitants escaladent les gravats et évacuent des corps ensanglantés, au milieu d'un épais nuage de poussiÚre grise. Devant un immeuble en ruines de Douma, la grande ville de la Ghouta, Abou Raad est en larmes: il a perdu une fille dans un raid, la seconde est portée disparue.
"Je ne trouve pas ma fille, qu'est ce que je fais ?", lance le pÚre. Les secouristes cherchent dans les décombres.
- "Sous les décombres" -
"L'ampleur des dégùts est énorme, chaque minute compte", résume Abou Mohamed Omar, un membre des Casques blancs, la défense civile en territoire rebelle.
Dans la Ghouta, soumise à un siÚge asphyxiant du régime depuis 2013, les équipes de secours manquent de bulldozers et de carburant pour mener à bien leurs opérations, explique le jeune homme de 23 ans.
"Si on avait plus de machines et d'équipements, on pourrait sauver davantage de vies", poursuit-t-il. La voix nouée par l'émotion, il raconte une intervention particuliÚrement douloureuse dans la nuit de mardi à mercredi: "Un immeuble de cinq étages est tombé sur ses habitants. Il y avait quelqu'un sous les décombres (...) on a essayé, mais on n'a pas réussi à le faire sortir".
Son Ă©quipe a dĂ» s'interrompre Ă cause des tirs, mais "cette personne, on ne va pas la laisser sous les dĂ©combres. MĂȘme si elle est morte, nous allons la rendre Ă sa famille", promet-il.
La Ghouta orientale vit dĂ©jĂ un quotidien infernal: la population souffre de pĂ©nuries de nourritures et de mĂ©dicaments, et connait des cas de malnutrition qui menacent particuliĂšrement les enfants. Et depuis lundi, les avions de l'armĂ©e syrienne bombardent sans discontinuer ce pĂ©rimĂštre assiĂ©gĂ© d'une centaine de kmÂČ. Quand les avions arrivent les rues se vident, raconte Abou Samer, ambulancier dans la localitĂ© de HammouriyĂ© qui dĂ©plore lui aussi les pĂ©nuries d'essence qui l'empĂȘchent de faire son travail.
"La difficulté, c'est le manque de carburant. Sans ça, je pourrais aller sur n'importe quel site touché par une frappe", explique le quadragénaire.
- "Ce n'est pas croyable" -
Pour les médecins, la tùche est titanesque. L'afflux des blessés se poursuit sans discontinuer dans les hÎpitaux. "La situation est catastrophique", lùche Oussama, un urgentiste qui a dû avec ses collÚgues soigner plus d'une centaine de blessés en l'espace d'une heure mardi. "Jusqu'à quand nous allons pouvoir supporter, Dieu seul le sait".
Mercredi encore, les blessés sont arrivés par dizaines dans les hÎpitaux: "Cela fait trois jours maintenant que les frappes se sont intensifiées, ce n'est pas croyable", confie de son cÎté l'infirmier Rabih Ahmed. "On a dix morts, plus de 70 blessés, certains sont en salle d'opération, leur état est critique", explique-t-il, faisant le point à la mi-journée. En temps normal, l'établissement reçoit entre 50 à 60 blessés par jour.
Pour le personnel hospitalier, la tache est aussi Ă©prouvante sur le plan Ă©motionnel. Le jeune infirmier de 25 ans a craquĂ©, en soignant un petit garçon dont le pied a Ă©tĂ© partiellement sectionnĂ© par un bombardement, rendant inĂ©vitable une amputation. Il raconte que le petit garçon de six ans lui embrassait la main, le suppliant de sauver son pied: "Je suis parti et je me suis mis Ă pleurer. Je ne savais pas quoi faire. Il m'a brisĂ© le cĆur".
AFP



