Pour les demandeurs d'asile

L'intégration par le volontariat, un projet pilote en Italie

  • PubliĂ© le 7 fĂ©vrier 2017 Ă  16:09
Au pied des Dolomites, un gilet portant la mention "volontaire" sur le dos, une dizaine de demandeurs d'asile s'activent dans le cadre d'un projet d'intégration pilote que l'Italie voudrait désormais généraliser.

Au pied des Dolomites, un gilet portant la mention "volontaire" sur le dos, une dizaine de demandeurs d'asile s'activent dans le cadre d'un projet d'intégration pilote que l'Italie voudrait désormais généraliser.


Ils viennent du Sénégal, du Niger, du Nigeria, de CÎte d'Ivoire, du Cameroun et du Pakistan, la plupart aprÚs avoir transité par la Libye et la Méditerranée. Comme plus de 175.000 autres à travers l'Italie, ils attendent -- en moyenne six mois -- une réponse à leur demande d'asile.


Mais alors qu'une grande majorité d'entre eux en Italie se consument d'ennui dans de grands centres d'hébergement, Bellune, à 100 km au nord de Venise, a fait le choix en 2014 d'un accueil centré sur l'intégration.
Cette commune de 35.000 habitants, située en plein fief de la Ligue du Nord, le parti anti-immigration, accueille une centaine de demandeurs d'asile, répartis par 4 ou 5 dans de petits appartements.
Personne ne leur prépare les repas comme dans les grands centres: "Nous voulons qu'ils s'habituent à avoir un budget, à aller au supermarché, à connaßtre les produits italiens", explique à l'AFP le maire, Jacopo Massaro (gauche).


Et en plus des cours de langue et de culture italienne, Bellune propose aux migrants qui le souhaitent de participer Ă  des travaux d'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, encadrĂ©s par des bĂ©nĂ©voles.
Sous la neige, que beaucoup voient pour la premiÚre fois, le petit groupe est en train de déblayer le site d'une ancienne caserne, qui doit devenir un grand centre culturel avec bibliothÚque et salle de théùtre.


- Positif si temporaire -


"Je fais ce qu'on appelle du travail volontaire. Sans ĂȘtre payĂ©. Mais c'est parce que sinon, nous sommes Ă  la maison, nous ne faisons rien, simplement manger-dormir", explique Paul Adjei, un Ivoirien dĂ©barquĂ© rĂ©cemment en Italie aprĂšs 10 mois de pĂ©riple.
Avant lui, d'autres demandeurs d'asile ont coupé l'herbe des jardins publics, repeint des grilles ou des bordures de trottoir, déblayé les feuilles mortes dans les rues...
De petits travaux dont la commune n'avait plus les moyens, assure le maire en insistant: "Ils n'ont pris le travail de personne".
Dans un pays oĂč 40% des jeunes sont au chĂŽmage, la volontĂ© du gouvernement de gĂ©nĂ©raliser ce recours au bĂ©nĂ©volat des migrants passe mal auprĂšs des syndicats qui dĂ©noncent une forme d'exploitation et d'autres maires, qui prĂ©fĂšrent embaucher des administrĂ©s.


Et les demandeurs d'asile eux-mĂȘmes n'y trouvent pas toujours leur compte: "On ne peut pas rester sans rien dans la poche, on a besoin de quelque chose d'autre. On a besoin d'un emploi", souffle Paul Adjei.
En Italie, un demandeur d'asile peut travailler au bout de deux mois, mais le bĂ©nĂ©volat peut ĂȘtre positif s'il est volontaire, digne et surtout temporaire, estime Carlotta Sami, porte-parole du Haut-commissariat de l'ONU aux rĂ©fugiĂ©s (HCR).
"Beaucoup ne supportent pas de ne rien faire, alors se rendre utile quelques heures par jour pour la communautĂ© qui les accueille peut ĂȘtre une trĂšs bonne chose sur le plan psychologique, cela les remet en mouvement", explique-t-elle.


- Difficile à généraliser -


Pour M. Massaro, les travaux d'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral sont avant tout l'occasion pour les migrants comme pour les habitants, dont beaucoup Ă©taient sceptiques au dĂ©part, d'apprendre Ă  se connaĂźtre.
Dans l'un des appartements alloués aux migrants, à deux pas du centre historique, Arsene Obite, un informaticien ivoirien de 33 ans au physique athlétique explique se sentir privilégié.


Pendant que ses co-locataires musulmans font leur priÚre, il raconte qu'il épaule un professeur de français de la ville en proposant des cours de conversation aux habitants. Malgré la brume et le froid, "si c'est possible, je m'installerais ici".
C'est chose faite pour Nazruk Poramanic, un Bangladais de 21 ans au sourire timide arrivĂ© il y a 18 mois Ă  Lampedusa, qui vient d'ĂȘtre embauchĂ© dans les cuisines d'un restaurant de Bellune.
"Prenez un jeune qui vient comme ça de l'étranger, qui a envie et besoin de travailler, qui a envie d'apprendre, eh bien il reste plus longtemps", explique son nouveau patron, Nicola Micheluzzi.


Le gouvernement italien doit bientĂŽt prĂ©senter un nouveau plan de gestion des migrants qui prĂ©voit, outre un renforcement des moyens pour expulser les dĂ©boutĂ©s, une gĂ©nĂ©ralisation des travaux d'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral pour les demandeurs d'asile.
Pour le maire de Bellune, ce sont les efforts de "micro-accueil" et de responsabilisation qui font du volontariat une voie d'intĂ©gration. LĂ  oĂč les migrants sont hĂ©bergĂ©s par centaines dans de grandes structures, "ce sera difficile d'adopter notre modĂšle", prĂ©vient-il.

Par Kelly VELASQUEZ - © 2017 AFP

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