Marathon diplomatique

L'Iran veut des "assurances" des signataires de l'accord nucléaire

  • PubliĂ© le 14 mai 2018 Ă  12:00
  • ActualisĂ© le 14 mai 2018 Ă  12:08
Le chef de la diplomatie russe avec son homologue iranien Mohammad Zarif au cours d'une rencontre Ă  Moscou, le 28 avril 2018

En visite à Moscou dans le cadre de son x destiné à sauver l'accord nucléaire, le ministre iranien des Affaires étrangÚres Mohammad Zarif a dit vouloir des "assurances" des signataires de ce texte abandonné avec fracas par les Etats-Unis.


DeuxiĂšme Ă©tape de sa tournĂ©e diplomatique, M. Zarif s'est entretenu lundi matin avec son homologue russe SergueĂŻ Lavrov aprĂšs des consultations Ă  PĂ©kin pendant le weekend et avant son arrivĂ©e Ă  Bruxelles mardi oĂč il rencontrera ses homologues français, allemand et britannique. Au terme de ces entretiens Ă  travers le monde, il aura alors fait le tour des cinq puissances qui, outre les Etats-Unis, avaient signĂ© avec l'Iran cet accord historique en 2015, qui prĂ©voyait une levĂ©e des sanctions visant l'Iran en contrepartie de l'engagement de la RĂ©publique islamique de ne pas se doter de l'arme nuclĂ©aire.

"L'objectif final de tous ces pourparlers, c'est d'obtenir des assurances que les intĂ©rĂȘts du peuple iranien, garantis par (l'accord) seront dĂ©fendus", a dĂ©clarĂ© M. Zarif au dĂ©but de l'entretien avec M. Lavrov. Le chef de la diplomatie russe a de son cĂŽtĂ© estimĂ© que Russes et EuropĂ©ens devaient "dĂ©fendre de concert leurs intĂ©rĂȘts" sur ce dossier.

La sortie des Etats-Unis entraßne un rapprochement entre Moscou et les Européens, rare vu les tensions de ces derniÚres années, alimentées par les dossiers syrien et ukrainien et récemment renforcées par l'empoisonnement de l'ex-espion Sergueï Skripal en Angleterre. L'accord a été conclu en juillet 2015 aprÚs des années d'ùpres négociations entre l'Iran et le groupe 5+1 (Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni et Russie). Aux termes de l'accord, Téhéran a accepté de geler son programme nucléaire jusqu'en 2025.

Les Iraniens espĂšrent dĂ©sormais "ĂȘtre capables d'Ă©tablir un cadre futur clair pour l'accord", avait dĂ©clarĂ© M. Zarif Ă  PĂ©kin, avertissant que l'Iran Ă©tait "prĂȘt pour toutes les options" si ses intĂ©rĂȘts n'Ă©taient pas assurĂ©s.

Vendredi, il avait d'ailleurs affirmé que Téhéran se préparait à reprendre "l'enrichissement industriel" d'uranium "sans aucune restriction" à moins que l'Europe ne fournisse de solides garanties de maintien des relations commerciales avec l'Iran. Le président russe Vladimir Poutine avait multiplié les contacts la semaine derniÚre sur le dossier iranien en s'entretenant avec la chanceliÚre allemande Angela Merkel aprÚs le président turc Recep Tayyip Erdogan, plaçant la Russie au centre du jeu aprÚs le retrait fracassant des Américains.

- Merkel et Macron en Russie -

Lors d'une rencontre jeudi à Téhéran, le vice-ministre russe des Affaires étrangÚres Sergueï Riabkov et son homologue iranien Abbas Araghchi avaient déjà souligné leur "attachement à la sauvegarde de l'accord". M. Poutine s'était pour sa part dit mercredi "profondément inquiet" de la décision de Donald Trump de se retirer de l'accord et de rétablir prochainement les sanctions contre la République islamique.

La Russie s'est imposĂ©e ces derniĂšres annĂ©es comme un acteur majeur au Proche-Orient, un rĂŽle renforcĂ© par son intervention militaire en Syrie lancĂ©e en 2015 en soutien Ă  Bachar al-Assad. Elle entretient de bons rapports avec des pays aux intĂ©rĂȘts divergents et parfois rivaux, de l'Iran Ă  la Turquie en passant par IsraĂ«l.

Mme Merkel est attendue le 18 mai à Sotchi, dans le sud de la Russie, pour une rencontre avec Vladimir Poutine, tandis que le président français Emmanuel Macron doit se rendre à Saint-Pétersbourg fin mai.

"La coopération (entre les Européens) et la Russie, qui semblait hier encore impossible avec l'affaire Skripal, les expulsions croisées de diplomates et l'affaiblissement des contacts, bénéficie désormais d'un nouvel élan", souligne Andreï Baklitski, analyste au centre de recherche russe PIR. DÚs lundi, M. Poutine doit rencontrer Yukiya Amano, le directeur de l'Agence mondiale atomique à Sotchi, selon son conseiller Iouri Ouchakov.

Longtemps antagonistes, la Russie et l'Iran ont vu leurs relations s'améliorer avec la fin de la Guerre froide. Alors que Téhéran était au ban des nations, Moscou a accepté de reprendre au milieu de la décennie 1990 le contrat de construction de la centrale nucléaire de Bouchehr (sud de l'Iran), abandonné par l'Allemagne.

Des experts estiment que la Russie pourrait bénéficier économiquement du retrait américain, étant moins exposée que l'Europe aux conséquences du rétablissement de sanctions contre la République islamique.
AFP

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