Le Livret A et le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) ont poursuivi au mois de juillet leur dynamique record de cette année, en dépit d'un gel du taux de rémunération à 3% décidé par Bercy.
La différence entre les dépÎts et les retraits (collecte nette) le mois dernier de ces deux produits phares de l'épargne réglementée s'est élevée à +3,13 milliards d'euros, un record pour un mois de juillet, a annoncé mardi la Caisse des dépÎts (CDC).
L'encours total atteint désormais 547,4 milliards d'euros, du jamais vu.
L'année flamboyante en cours s'explique notamment par le passage de 2 à 3% du taux au 1er février et la faible concurrence des fonds euros de l'assurance vie, peu compétitifs et moins mis en avant par les assureurs, qui leur préfÚrent les placements en unités de compte (UC), plus risqués.
"Malgré la décision de non-revalorisation du taux pendant 18 mois, les ménages ne modifient pas leur comportement", a commenté dans une note Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'épargne.
Sur proposition du gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a en effet décidé le 13 juillet de maintenir le taux à 3% au 1er août et jusqu'à janvier 2025, au lieu des 4,1% prévus selon la méthode de calcul.
Ce bon mois a permis aux Livrets A et LDDS de s'étoffer de 37,67 milliards d'euros (+7,4%) depuis le début d'année, du jamais vu. A ce rythme de collecte, ils pourraient dépasser l'année record de 2012 (49,16 milliards d'euros en un an), dopée en fin d'année par le relÚvement des plafonds.
La rémunération totale des épargnants sera par ailleurs autrement plus importante: environ 15 milliards d'euros a priori cette année, contre 6,62 milliards d'euros à l'époque.
- Recours -
Mais le gel du taux reste loin d'ĂȘtre neutre pour les dĂ©tenteurs de livrets, surtout en pĂ©riode de forte inflation: il pourrait reprĂ©senter un manque Ă gagner d'environ 3 milliards d'euros sur la pĂ©riode d'aoĂ»t 2023 Ă janvier 2024, auxquels s'ajoutent prĂšs de 800 millions d'euros amputĂ©s entre fĂ©vrier Ă juillet 2023, avec le prĂ©cĂ©dent arrondi du taux Ă la baisse, de 3,3% Ă 3%.
Cette dĂ©cision a par ailleurs attirĂ© l'attention d'un professeur agrĂ©gĂ© des facultĂ©s de droit Ă l'UniversitĂ© PanthĂ©on-Sorbonne, Paul Cassia, qui a dĂ©posĂ© un recours devant le Conseil d'Etat ce mĂȘme 13 juillet.
La requĂȘte du spĂ©cialiste du droit administratif demande l'annulation pure et simple de cette dĂ©cision, M. Cassia contestant la notion de "circonstances exceptionnelles" brandie par la Banque de France pour justifier l'arrondi Ă la baisse du taux.
M. Le Maire s'est en effet écarté de la formule trois fois sur les quatre derniÚres actualisations du taux, en janvier 2022 (à la hausse), en janvier 2023 (à la baisse) et en juillet 2023 (à la baisse). "La notion de circonstance exceptionnelles devient en quelque sorte pérenne", a souligné M. Cassia auprÚs de l'AFP.
Les textes ouvrent par ailleurs la possibilité à la Banque de France d'actualiser le taux tous les trimestres et non tous les semestres si elle "estime que la variation de l'inflation ou des marchés monétaires le justifie", ce qu'elle n'a pourtant pas fait au 1er mai ou au 1er novembre dernier.
De plus, M. Le Maire "a court-circuitĂ©" le rendez-vous semestriel avec le gouverneur, ajoute M. Cassia, en fixant par arrĂȘtĂ© le taux sur une pĂ©riode si longue, 18 mois au lieu de 6. Bercy apportera une rĂ©ponse sous deux mois, indiquait le 8 aoĂ»t une porte-parole du ministĂšre Ă l'AFP.
AFP

