Les manifestations contre le projet de loi travail, moins importantes que les précédentes, ont de nouveau dégénéré mardi avec des violences à Paris mais aussi en province, et plus de 170 interpellations.
Au lendemain de ces manifestations le gouvernement reçoit mercredi les organisations de jeunesse, pour tenter d'éteindre la contestation.
Les ministres Najat Vallaud-Belkacem (Education nationale et Enseignement supérieur), Myriam El Khomri (Travail) et Patrick Kanner (Jeunesse) recevront l'Unef, syndicat étudiant à la pointe du mouvement, puis la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), qui ne s'oppose pas à la nouvelle version de la loi travail, avant les organisations lycéennes.
Quelque 23.800 personnes ont manifesté mardi dans toute la France, selon le ministÚre de l'Intérieur, soit moins que lors des précédentes journées de mobilisation organisées par les seuls mouvements de jeunesse: les 17 et 24 mars, les autorités avaient recensé respectivement 69.000 et 43.000 manifestants.
Plusieurs incidents ont Ă©maillĂ© la mobilisation dĂšs la matinĂ©e, comme Ă Paris, oĂč la proviseure du lycĂ©e Pierre-Gilles de Gennes a reçu un coup de pied dans le dos aprĂšs avoir tentĂ© de sĂ©parer des Ă©lĂšves lors d'une altercation, selon le rectorat.
Lors d'un premier cortÚge, les forces de l'ordre ont utilisé des gaz lacrymogÚnes, puis chargé à plusieurs reprises pour disperser des groupes de jeunes qui jetaient des pierres, des bouteilles en verre et des ?ufs, scandant "police partout, justice nulle part".
Au total, 177 personnes ont été interpellées dans toute la France, essentiellement pour "vérification d'identité", dont seulement "onze étaient en garde à vue" en fin d'aprÚs-midi à Paris, selon la police.
A Levallois-Perret, prĂšs de la capitale, le hall du lycĂ©e LĂ©onard-de-Vinci a Ă©tĂ© "dĂ©truit" par un incendie volontaire, selon le ministĂšre, qui a annoncĂ© l'ouverture d'une enquĂȘte.
A Rennes, oĂč un bon millier de personnes ont dĂ©filĂ©, selon la prĂ©fecture, des manifestants ont envahi les voies ferrĂ©es prĂšs de la gare, obligeant la SNCF Ă interrompre le trafic, pour la troisiĂšme fois en trois semaines. Des heurts ont opposĂ© manifestants et forces de l'ordre.
Les manifestants Ă©taient 1.400 Ă Lyon, selon la police, et prĂ©voyaient de passer une "Nuit debout" en centre-ville, sur le modĂšle des rassemblements parisiens. Une partie des manifestants sont allĂ©s jusqu'Ă Villeurbanne, oĂč se trouvait le patron du Medef Pierre Gattaz, pour le Printemps des Entrepreneurs. BloquĂ©s par un cordon aux abords du site, certains ont jetĂ© des bouteilles et des pierres sur les forces de l'ordre.
Le défilé officiel parisien, mené par Jean-Claude Mailly (FO), Philippe Martinez (CGT), William Martinet (Unef) et des représentants des organisations lycéennes, a relié dans l'aprÚs-midi Bastille à Denfert-Rochereau. Quelque 3.200 à 3.400 personnes y ont pris part, selon la préfecture de police.
- Une "Nuit debout" Ă Lyon -
"Je suis vieux, je suis au RSA, je fais des boulots à la con et la loi précarité va aggraver les choses", lance Pierre Bray, 60 ans, militant CGT. Julia, étudiante italienne de 22 ans, dit avoir "assisté à toutes les AG" de Paris 8, mais c'est sa "premiÚre manif". Elle se dit "contre les blocages" et préfÚre le mouvement "Nuit debout", qui réunit des centaines de personnes chaque soir depuis prÚs d'une semaine place de la République.
Le ministÚre de l'Education nationale a recensé 34 lycées bloqués, contre quelque 170 jeudi, sur les 2.500 que compte la France. Un chiffre trÚs éloigné de celui de l'Union nationale lycéenne (UNL), qui en répertorie 150.
Les cortÚges étaient peu fournis à Strasbourg, actuellement en vacances scolaires comme Rennes, Amiens, Lille ou Nantes.
Alors que la mobilisation est entrée dans sa cinquiÚme semaine, la plupart des syndicats étudiants et lycéens demandent toujours le retrait du projet de réforme du Code de travail.
Selon des sources proches du dossier, le gouvernement serait prĂȘt Ă discuter de plusieurs revendications, avant un arbitrage de Manuel Valls la semaine prochaine. Parmi ces revendications figurent la surtaxation des CDD, la poursuite du versement des bourses quelques mois entre l'obtention du diplĂŽme et le premier emploi, l'augmentation du nombre de place en BTS et une hausse de la rĂ©munĂ©ration des apprentis.
Par Fabienne FAUR - © 2016 AFP




