Le gouvernement britannique et les autoritĂ©s de Jersey ont dĂ©noncĂ© avec indignation mercredi la menace implicite de Paris de couper le courant sur l'Ăźle anglo-normande en raison des conditions de pĂȘche imposĂ©es aux marins français aprĂšs le Brexit.
Sujet explosif tout au long des nĂ©gociations sur les conditions de la sortie du Royaume-Uni de l'Union europĂ©enne, l'accĂšs des pĂȘcheurs europĂ©ens aux eaux britanniques continue de provoquer des frictions malgrĂ© l'accord trouvĂ© entre Londres et Bruxelles, en vigueur depuis le 1er janvier dernier. Selon Paris, le Royaume-Uni a publiĂ© vendredi une liste de 41 navires français, sur 344 demandes, autorisĂ©s Ă pĂȘcher dans les eaux de Jersey, mais cette liste s'accompagne de nouvelles exigences "qui n'ont pas Ă©tĂ© concertĂ©es, discutĂ©es ni notifiĂ©es avant" dans le cadre de l'accord.
Mardi, la ministre française de la Mer, Annick Girardin, a affirmĂ© que la France Ă©tait prĂȘte Ă recourir Ă des "mesures de rĂ©torsion" si les autoritĂ©s britanniques continuaient Ă restreindre l'accĂšs des pĂȘcheurs français Ă ces eaux. Devant l'AssemblĂ©e nationale, elle a fait allusion Ă des rĂ©percussions Ă©ventuelles sur le "transport d'Ă©lectricitĂ© par cĂąble sous-marin" qui alimente l'Ăźle depuis la France.
"Les menaces envers Jersey sont clairement inacceptables et disproportionnĂ©es", a dĂ©noncĂ© un porte-parole du gouvernement britannique, disant "faire confiance Ă la France pour utiliser les mĂ©canismes" prĂ©vus par l'accord post-Brexit "pour rĂ©soudre les problĂšmes". "Ce n'est pas la premiĂšre menace des Français envers Jersey ou le Royaume-Uni depuis que nous sommes dans ce nouvel accord", a dĂ©clarĂ© le ministre des Affaires Ă©trangĂšres de l'Ăźle, Ian Gorst, sur la BBC. "Il serait disproportionnĂ© de couper le courant juste parce qu'il faut fournir des dĂ©tails supplĂ©mentaires afin que nous puissions affiner les licences" de pĂȘche avant leur octroi, a-t-il ajoutĂ©, se disant "optimiste" sur un rĂšglement du problĂšme.
- Manifestation jeudi -
Dans un communiquĂ© publiĂ© mardi, le gouvernement de Jersey a assurĂ© avoir "octroyĂ© les licences de pĂȘche conformĂ©ment Ă l'accord commercial" conclu entre Bruxelles et Londres fin dĂ©cembre. Ce dernier prĂ©voit une pĂ©riode de transition jusqu'Ă l'Ă©tĂ© 2026, date Ă partir de laquelle les pĂȘcheurs europĂ©ens renonceront Ă 25% des captures dans les eaux britanniques.
Les pĂȘcheurs de l'Union europĂ©enne conservent entre temps un accĂšs garanti aux zones situĂ©es entre 6 et 12 milles marins au large des cĂŽtes britanniques, trĂšs poissonneuses et souvent plus calmes pour naviguer, oĂč ils se rendaient traditionnellement.
Pour obtenir cette autorisation, les navires doivent toutefois dĂ©montrer aux autoritĂ©s britanniques qu'ils pĂȘchaient dĂ©jĂ dans cette zone sur la pĂ©riode de rĂ©fĂ©rence 2012-2016. Et des crispations ont ressurgi ces derniers jours, des pĂȘcheurs se plaignant de la lenteur de Londres Ă leur dĂ©livrer des licences.
InterrogĂ© par l'AFP, Dimitri Rogoff prĂ©sident du comitĂ© rĂ©gional des pĂȘches de Normandie, a indiquĂ© qu'une centaine de bateaux français comptaient se rendre jeudi au port de Saint Helier, la capitale de Jersey, pour montrer leur mĂ©contentement.
Le ministĂšre français de la Mer a indiquĂ© avoir demandĂ© Ă la Commission europĂ©enne, seule habilitĂ©e Ă nĂ©gocier avec le Royaume-Uni, qu'elle obtienne des "Ă©claircissements". Une porte-parole de la Commission interrogĂ©e par l'AFP a rappelĂ© lundi soir que "toute condition" devait ĂȘtre notifiĂ©e avec suffisamment de prĂ©avis pour que l'autre partie puisse "commenter ou s'adapter". "En outre, de telles conditions ne peuvent pas ĂȘtre discriminatoires envers nos pĂȘcheurs", a-t-elle dit, confirmant que la Commission contacterait les autoritĂ©s britanniques.
La situation est d'autant plus complexe que Bruxelles et Londres n'ont toujours pas rĂ©ussi Ă se mettre d'accord sur l'adoption de quotas de pĂȘche pour les stocks partagĂ©s entre l'UE et le Royaume-Uni pour 2021.
Dans son communiqué, Jersey "regrette" en outre la décision de la région Normandie et du conseil départemental de la Manche, "de fermer leur représentation" dans les ßles anglo-normandes située à Saint-Hélier, à Jersey.
Dans un communiquĂ© commun, les deux collectivitĂ©s françaises ont justifiĂ© la fermeture de cette "Maison de Normandie", qui abrite "le consulat honoraire de France", par leur volontĂ© de "manifester leur incomprĂ©hension et leur mĂ©contentement" face aux conditions de pĂȘche imposĂ©es par Jersey.
AFP

