Le Conseil de sécurité de l'ONU "a condamné fermement" vendredi le dernier tir de missile nord-coréen au-dessus du Japon jugé "hautement provocateur", la Russie et la France appelant à "des négociations directes" avec Pyongyang pour faire baisser la tension.
Il s'agit d'"actes scandaleux", selon le Conseil qui demande Ă la CorĂ©e du Nord "de les arrĂȘter immĂ©diatement", dans une dĂ©claration publiĂ©e Ă l'issue d'une rĂ©union d'urgence Ă huis clos. "Ces actions ne sont pas seulement une menace pour la rĂ©gion mais aussi pour tous les Etats membres de l'ONU". Les tirs nord-corĂ©ens "comme ses autres rĂ©centes actions et dĂ©clarations publiques sapent dĂ©libĂ©rĂ©ment la paix rĂ©gionale et la stabilitĂ©", ajoute le texte - qui ne parle pas de nouvelles sanctions - et qui a Ă©tĂ© approuvĂ© par les 15 membres du Conseil de sĂ©curitĂ©, dont le Japon, membre non-permanent.
Le missile balistique nord-coréen qui a survolé vendredi ce pays était capable d'atteindre l'ßle américaine de Guam dans le Pacifique, selon des experts. Il a parcouru une distance inédite aprÚs avoir été tiré d'un site proche de Pyongyang, quatre jours aprÚs l'adoption par l'ONU d'une huitiÚme série de sanctions pour tenter de pousser le pays reclus à négocier ses programmes balistique et nucléaire interdits.
La nouvelle résolution sanctionnait un sixiÚme essai nucléaire nord-coréen, de loin le plus puissant et qui concernait selon Pyongyang une bombe H suffisamment petite pour équiper un missile.
- 'Situation compliquée' -
Depuis le dĂ©but de l'Ă©tĂ©, la tension entre la communautĂ© internationale et la CorĂ©e du Nord a connu de multiples pics. Vendredi, les prĂ©sidents russe Vladimir Poutine et français Emmanuel Macron ont appelĂ© Ă des "nĂ©gociations directes" avec Pyongyang pour en finir avec les surenchĂšres. Selon le Kremlin, les deux dirigeants se sont accordĂ©s lors d'un entretien tĂ©lĂ©phonique sur "la nĂ©cessitĂ© de rĂ©soudre cette situation extrĂȘmement compliquĂ©e exclusivement par des moyens politiques et diplomatiques, par la reprise de nĂ©gociations directes".
Les discussions entre Pyongyang et cinq grandes puissances - Etats-Unis, Chine, Japon, Russie et Corée du Sud -, entamées en 2003, sont gelées depuis 2008.
Lors de l'Assemblée générale annuelle de l'ONU qui se tient la semaine prochaine à New York, le président américain Donald Trump a prévu de s'entretenir jeudi de la Corée du Nord avec ses alliés sud-coréen et japonais. La Maison Blanche, pour qui une "option militaire" n'est pas écartée, a souligné vendredi que "le temps était compté".
Pour David Wright, physicien de l'association Union of Concerned Scientists, "la CorĂ©e du Nord a fait la dĂ©monstration qu'elle pouvait atteindre Guam avec un de ses missiles mĂȘme si sa charge n'est pas connue", ni sa prĂ©cision. AprĂšs les tirs par le Nord en juillet de deux missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), qui ont semblĂ© mettre Ă sa portĂ©e une bonne partie du continent amĂ©ricain, Donald Trump l'avait menacĂ© du "feu et de la colĂšre". A quoi Pyongyang avait rĂ©pliquĂ© en promettant de tirer quatre missiles Ă proximitĂ© de Guam, oĂč Washington possĂšde des installations militaires stratĂ©giques.
Le 29 août, le Nord avait déjà tiré un Hwasong-12, un missile de portée intermédiaire, au-dessus de l'archipel japonais. "Le Nord envoie le message suivant: +Nous ne tremblons devant aucune sanction et nos menaces ne sont pas vaines+", explique à l'AFP Yang Moo-Jin, de l'Université des études nord-coréennes de Séoul.
- Alerte au missile -
Des millions de Japonais ont été brutalement réveillés par les sirÚnes et des textos d'alerte. "Lancement de missile! Lancement de missile! Un missile semble avoir été tiré depuis la Corée du Nord. Mettez-vous à l'abri dans un bùtiment ou un sous-sol", invitaient les haut-parleurs au cap Erimo, dans le sud de Hokkaido.
"Si la Corée du Nord continue sur cette voie, son avenir ne sera pas radieux", a réagi le Premier ministre japonais Shinzo Abe, condamnant comme l'Union européenne le tir nord-coréen. Le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson a enjoint la Chine et la Russie, principaux soutiens économiques de Pyongyang, à faire pression "de leur propre chef" sur Pyongyang.
Pékin, qui a condamné le tir et appelé à la retenue, a renvoyé Pyongyang et Washington dos à dos, jugeant "irresponsables" les critiques américaines. "Le coeur du problÚme, c'est l'opposition entre la Corée du Nord et les Etats-Unis (...) La Chine n'est pas à l'origine de l'escalade des tensions", a réagi la porte-parole de la diplomatie chinoise, Hua Chunying.
Les derniÚres sanctions de l'ONU, décidées lundi, sont les plus restrictives à ce jour, avec une limitation des exportations de pétrole et de produits raffinés vers Pyongyang ou l'interdiction des achats de textile nord-coréen. La Corée du Sud a réagi avec des exercices de tirs de missiles Hyunmu. Un engin a parcouru 250 km, soit une distance suffisante pour atteindre en théorie le site de lancement nord-coréen de Sunan, prÚs de l'aéroport de Pyongyang. Mais un autre tir a échoué peu aprÚs le lancement.
AFP




