Les partis d'opposition britanniques se sont dits déterminés mardi à contrecarrer d'urgence un Brexit sans accord le 31 octobre, tandis que le Parti du Brexit de Nigel Farage a menacé le Premier ministre Boris Johnson de torpillage électoral s'il ne rompait pas brutalement avec l'UE.
Les chefs de file des partis d'opposition ont eu une réunion "productive" destinée à bloquer un Brexit sans accord qui serait "désastreux", selon un communiqué commun diffusé à l'issue de la rencontre. "Les participants se sont accordés sur l'urgence d'agir ensemble pour trouver des moyens pratiques d'éviter une absence d'accord, dont la possibilité de voter une loi et la défiance" contre le gouvernement, ont ajouté le Labour, le Parti national écossais (SNP), les libéraux-démocrates, le Plaid Cymru (Pays de Galles), les Verts et le Groupe indépendant pour le changement.
Cette annonce a fait grimper la livre sterling. Vers 15H00 GMT (17H00 Ă Paris), elle augmentait d'environ 0,50% Ă 90,44 pence pour un euro et Ă 1,2277 dollar pour une livre. Boris Johnson ne dispose que d'une majoritĂ© d'une voix au Parlement et il n'a pas Ă©cartĂ© la possibilitĂ© de suspendre l'assemblĂ©e pour empĂȘcher les dĂ©putĂ©s de bloquer un "no deal".
Pour marquer leur opposition à une telle suspension, des députés ont organisé une autre rencontre mardi au Parlement.
"Toute tentative d'empĂȘcher le Parlement de siĂ©ger, pour imposer un Brexit sans accord, se heurtera Ă une rĂ©sistance dĂ©mocratique forte et gĂ©nĂ©rale", ont prĂ©venu dans une dĂ©claration commune les dĂ©putĂ©s. Parmi ces dĂ©putĂ©s -- au nombre de 160 selon le travailliste Stephen Doughty -- figurent des poids lourds de l'opposition comme le travailliste John McDonnell ou la cheffe du parti libĂ©ral-dĂ©mocrate Jo Swinson.
"Suspendre le Parlement à un moment aussi crucial pour notre pays constituerait une offense à la démocratie et une crise constitutionnelle historique", ont-ils insisté.
- "Seul accord acceptable" -
Boris Johnson veut à tout prix quitter l'UE, avec ou sans accord de divorce, une position qui divise profondément le Royaume-Uni, jusque dans son camp conservateur, dont une partie souhaite le maintien de liens étroits avec le club européen. Une césure brutale fait craindre des pénuries alimentaires, de carburant et de médicaments, ainsi que le rétablissement de droits de douane.
Londres et l'UE s'opposent sur le sort de la future frontiĂšre irlandaise, qui sĂ©parera le Royaume-Uni du marchĂ© unique europĂ©en, tout en se disant prĂȘts Ă en discuter.
M. Johnson devait s'entretenir au tĂ©lĂ©phone mardi avec le prĂ©sident de la Commission europĂ©enne Jean-Claude Juncker et il a dĂ©pĂȘchĂ© son conseiller David Frost Ă Bruxelles pour des discussions mercredi, selon une porte-parole de l'exĂ©cutif europĂ©en, Mina Andreeva.
De son cÎté, le Parti du Brexit, emmené par l'eurodéputé europhobe Nigel Farage, s'est mis en ordre de bataille en présentant mardi ses candidats à d'éventuelles élections législatives anticipées, un scénario de plus en plus évoqué.
"Le +no deal+ est le meilleur accord, le seul accord acceptable", a lancĂ© M. Farage, une figure clĂ© de la campagne rĂ©fĂ©rendaire sur le Brexit en 2016, applaudi par plus de 500 candidats potentiels Ă Londres. Il a soulignĂ© que lui-mĂȘme se prĂ©senterait aussi.
Son parti, arrivĂ© en tĂȘte des Ă©lections europĂ©ennes en mai, a promis de disputer tous les siĂšges dĂ©tenus par les Tories si Boris Johnson faisait un compromis avec Bruxelles.
- Le "joug de Trump" -
A l'opposĂ©, le Labour, la principale formation de l'opposition, fera "tout ce qui est nĂ©cessaire" pour empĂȘcher un "no deal", avait prĂ©venu Jeremy Corbyn avant la rĂ©union dans le journal The Independent.
Il avait également mis en garde contre les risques d'un "no deal" favorable au président américain Donald Trump qui, ardent défenseur d'un Brexit sans concession, a promis à M. Johnson "un trÚs grand accord commercial, rapidement" aprÚs le retrait. Une sortie de l'UE sans accord "ne nous rendra pas notre souveraineté, cela nous mettra sous le joug de Trump et des grosses entreprises américaines", s'était inquiété Jeremy Corbyn.
Selon lui, des élections anticipées seraient le meilleur moyen de contrecarrer un Brexit sans parachute. Les travaillistes feraient alors campagne pour un nouveau référendum sur l'appartenance à l'UE.
Les Britanniques ont voté en 2016 à 52% en faveur d'un divorce avec l'UE, mais sa date a été déjà repoussée deux fois faute d'approbation au Parlement britannique des conditions de sa mise en oeuvre.
AFP
