Course

L'Ultra-Trail du Mont-Blanc, le paradoxe de ces amoureux de la nature

  • PubliĂ© le 1 septembre 2019 Ă  13:03
  • ActualisĂ© le 1 septembre 2019 Ă  13:37
L'Espagnol Pau Capell en route vers la victoire dans l'emblématique Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), une boucle de 170 km à travers la France, l'Italie et la Suisse, le 31 août 2019 prÚs de Chamonix

Chaque année, l'emblématique Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) réunit 10.000 participants pour cinq fois plus de public, investissant la montagne durant une semaine: un bilan carbone désastreux qui inquiÚte coureurs et organisateurs, pris dans leurs contradictions.

Triple vainqueur de l'Ă©preuve-phare (une boucle de 170 km autour du Mont-Blanc), Xavier ThĂ©venard s'alarme. "On a l'impression que tout est beau, tout est vert mais quand on voit l'Ă©volution, on s'aperçoit que mĂȘme Ă  Chamonix, dans un endroit trĂšs beau, beaucoup de changements sont dus Ă  l'activitĂ© humaine", relĂšve auprĂšs de l'AFP le coureur d'endurance extrĂȘme, qui estime que l'ampleur de l'Ă©vĂ©nement ne joue pas en faveur de la nature.

Il n'élude pas pour autant ses propres contradictions. "On est tous plein de paradoxes. Moi je ne suis pas du tout exemplaire là-dessus. Quand je vais prendre un avion pour aller au Japon pour courir, j'ai honte", confie Thévenard, qui milite au quotidien par une attitude eco-responsable et via des associations de défense de l'environnement.

Du cÎté de l'UTMB, les organisateurs - et créateurs - de l'événement, Catherine et Michel Poletti, ont décidé d'amplifier leurs actions en faveur de l'environnement avec un nouveau partenariat avec le WWF France.

- Bilan carbone -

Notamment, un bilan carbone sera rĂ©alisĂ© Ă  l'issue de cette Ă©dition. "Il ne faut pas faire l'autruche, ĂȘtre honnĂȘte et rĂ©aliste", dĂ©fend Catherine Poletti, qui parle aussi de "respect du terrain de jeu".

Ce respect passe aussi par un nettoyage des chemins balisés pour les coureurs, avant, pendant et aprÚs. Selon l'organisation, à l'issue de la semaine de compétition de l'année derniÚre, seuls 24 kgs de déchets ont été ramassés. Contrairement à ce qu'il se passait il y a une dizaine d'années quand les concurrents jetaient par terre leur ordures, aujourd'hui on ne trouve que trÚs peu de déchets laissé ça et là.
"J'aime beaucoup le partenariat qui est en train de se créer avec le WWF. Il s'agit de montrer qu'on continue à savoir faire une manifestation populaire mais on sait la mettre en oeuvre dans des conditions cohérentes avec les pratiques que nous imposent les changements climatiques", se félicite le maire de Chamonix, Eric Fournier.

En 15 ans, l'UTMB est devenu le rendez-vous des trailers du monde entier, en plus d'un Graal de plus en plus prisé chez les amateurs, venus aussi de tous les endroits de la planÚte. On compte une centaine de nationalités engagées.
ET l'UTMB n'est pas le seul événement à générer toutes ces problématiques liées à l'environnement. Le trail est en pleine croissance et les courses se multiplient.

- Parcs d'attraction -

"Pour moi, on fait des parcs d'attraction en montagne. C'est devenu des sortes de grandes surfaces du sport nature, il y en a pour tout le monde", relÚve Cyril Cointre, l'un des organisateurs de la Maxi Race, une course qui n'échappe pas aux dérives impactant l'environnement.

Pour limiter les dégùts, le trailer milite pour une réflexion de chacun sur ses pratiques et prÎne un retour à l'autonomie durant les courses. La plupart des épreuves se jouent en semi-autonomie, avec des points de contrÎles et d'assistance. Les trailers sont suivis par des voitures - leur équipe pour les pros, la famille pour les amateurs.
"Faire le tour du Mont-Blanc à pied a trÚs peu d'impact. Par contre, qu'il y ait plus de véhicules que de coureurs et qui font des distances bien plus élevées que les coureurs, ça crée un impact considérable", explique Cointre.

"On a un public de consommateurs, on l'a créé. Si on leur proposait d'aller faire le tour du Mont-Blanc sans tout ce barnum, y aurait trÚs peu de monde. Les gens viennent sur ces courses pour dire au bureau ou sur les réseaux sociaux qu'ils sont finisher", ajoute-t-il, appelant à des courses sans ravitaillement ni balisages.

"On essaie de rendre facile l'aventure alors que ce qui fait la beauté de l'aventure, c'est la difficulté. Si on n'a plus qu'à se concentrer sur son effort, on passe à cÎté de la montagne", dit-il.

AFP

guest
0 Commentaires