AprĂšs plusieurs incendies de casernes

L'ultragauche : menace montante ou Ă©pouvantail politique ?

  • PubliĂ© le 30 novembre 2017 Ă  19:22
  • ActualisĂ© le 30 novembre 2017 Ă  19:38
Affrontements entre des manifestants cagoulés et la police pendant une manifestation contre les réformes du droit du travail à Paris le 21 septembre 2017

RĂ©surgence de l'extrĂȘme gauche violente ou Ă©pouvantail agitĂ© par le politique ? L'ultragauche, Ă  l'origine des revendications d'incendies de casernes de gendarmerie, inquiĂšte de nouveau les autoritĂ©s qui la croient "capable" de basculer dans le "terrorisme".


Trois incendies de casernes de gendarmerie commis en septembre et octobre, tous revendiquĂ©s sur les sites internet Indymedia proches des milieux anarcho-libertaires et aucune interpellation. La douzaine d'enquĂȘteurs mobilisĂ©s Ă  plein temps patine, les autoritĂ©s s'inquiĂštent d'une "stratĂ©gie concertĂ©e visant les forces de l'ordre".
AprĂšs l'incendie d'une caserne Ă  Grenoble, Emmanuel Macron a dĂ©noncĂ© "les discours haineux" de "gens d'extrĂȘme gauche" qui viennent "alimenter" des "militants radicaux". Son ministre de l'IntĂ©rieur a enfoncĂ© le clou, parlant "d'attentats" contre des gendarmeries et de "gens capables de passer Ă  des actes de nature terroriste".
En 2008, dĂ©jĂ , la ministre de l'IntĂ©rieur MichĂšle Alliot-Marie avait vu dans l'affaire du groupe de Tarnac (CorrĂšze) un symptĂŽme des "risques de rĂ©surgence violente de l'extrĂȘme gauche radicale".
Neuf ans aprÚs l'arrestation de ce groupe soupçonné de sabotages de lignes TGV, les poursuites terroristes ont été abandonnées, faute de charges. Un traumatisme pour la justice, qui n'a depuis plus retenu cette qualification dans des affaires mettant en cause l'ultragauche.
Cette année, la présence dans les manifestations sociales du chef du groupe de Tarnac Julien Coupat - considéré comme l'un des idéologues influents de l'ultragauche actuelle - interroge les services, à quelques mois de son procÚs prévu au premier trimestre 2018. Fin octobre, il affirmait au site Lundi matin que l'ultragauche, "épouvantail fatigué", "n'existe pas plus qu'hier en dehors des fichiers de renseignement".
"On peut en effet se poser la question : à quoi, à qui ça sert de créer de l'appréhension en parlant d'une menace terroriste ? Est-ce une maniÚre de faire diversion, de stigmatiser ceux qui s'opposent ?", interroge le chercheur indépendant Jacques Leclercq, auteur de "Ultras-gauches. Autonomes, émeutiers et insurrectionnels", en soulignant le risque d'une "sur-dramatisation qui attise les violences".


- 200 Ă  300 personnes-


"Le bruit de fond de cette mouvance n'est pas nouveau", explique un policier, en reconnaissant que ces derniÚres années, "la mouvance s'était fait discrÚte" et que "la priorité des services était à la lutte contre les jihadistes".
Depuis 2008, on estime qu'ils sont toujours entre 200 et 300 engagés "dans une démarche insurrectionnelle", des hommes et femmes de 20 à 50 ans issus de tous les milieux sociaux. Quelques dizaines sont étroitement suivis par des services de renseignement.
Contrairement à l'ultradroite affaiblie par des dissolutions, l'ultragauche séduit les étudiants et les déçus de la politique et du syndicalisme.
Pour un cadre du renseignement, cette "montĂ©e en puissance assez forte de la mouvance ultragauche" s'illustre par "des actions violentes contre les forces de l'ordre", qui ont dĂ©butĂ© avec l'Ă©vacuation des opposants Ă  l'aĂ©roport Ă  Notre-Dame-des-Landes en 2012. A Notre-Dame-des-Landes et ailleurs, l'ultragauche a investi une douzaine de "ZAD" - des "zones Ă  dĂ©fendre", squats visant Ă  s'opposer Ă  un projet d'amĂ©nagement - oĂč la contestation est dure.
En 2016, la mobilisation contre la loi Travail a également fédéré ce que Julien Coupat appelle "une nouvelle génération d'irréconciliables vouant une identique détestation d'Emmanuel Macron". Les manifestations ont réguliÚrement donné lieu à des affrontements violents entre activistes masqués et forces de l'ordre, incarnés par l'image d'un CRS pris dans des flammes d'un cocktail molotov.
L'attaque en mai 2016 à Paris d'une voiture de police, pour laquelle sept "antifascistes" ont été lourdement condamnés, a "une fois de plus montré la montée en puissance dans la violence de l'ultragauche" qui veut "affaiblir l'autorité de l'Etat" et cible "prioritairement les forces de l'ordre", estimait en septembre le Service central du renseignement territorial (SCRT) dans une note confidentielle.
La "haine anti-flic" et la lutte contre les "violences policiÚres" deviennent un thÚme fédérateur pour rassembler une nébuleuse aux multiples sensibilités (écologistes, anarchistes, autonomes, "black blocs"...). Les revendications sont autant d'"hommages" à Rémi Fraisse, Adama Traoré...


- "Pré-terrorisme" ? -


Selon le SCRT, cette ultragauche "dĂ©complexĂ©e ne peut que +poursuivre sa logique terroriste+", tandis qu'un enquĂȘteur relĂšve "l'extrĂȘme prĂ©caution teintĂ©e de paranoĂŻa des militants" qui leur permet d'Ă©chapper aux surveillances.
La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) va plus loin, qualifiant la mouvance de "pré-terroriste" car connectée avec ses alter ego en Europe (Italie, Allemagne, GrÚce, Espagne) et affichant bien pour but de "troubler gravement l'ordre public". Toutefois, "elle ne dispose pas d'armes ni de réseaux de financement", contrairement aux jihadistes, souligne un responsable antiterroriste.
En marge d'une manifestation parisienne de l'automne, un militant du "black bloc" affirmait qu'"au-delà des rassemblements centralisés, l'avenir pourrait résider dans des actions isolées décentralisées".
Pour un responsable antiterroriste, "il ne peut ĂȘtre exclu qu'une poignĂ©e de militants bascule dans le terrorisme sur le modĂšle du groupe Action Directe", groupe armĂ© d'extrĂȘme gauche Ă  l'origine de plusieurs attentats dans les annĂ©es 1980.
Pour Jacques Leclercq, plus que des actions d'ampleur, "il y a surtout une possibilité de dérapages, d'accidents, notamment avec les incendies" : "Il peut y avoir des situations dramatiques qui font qu'une situation se durcisse de part et d'autre".

Par Jonah MANDEL - © 2017 AFP

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1 Commentaires
Jean Bernard
Jean Bernard
8 ans

Il faut savoir que les actes terroristes sont commis quasi uniquement par les terroristes et les groupes d'extreme gauche.