Environnement

L'urine humaine, un engrais inattendu, mais efficace et moins polluant

  • PubliĂ© le 1 mai 2022 Ă  02:57
  • ActualisĂ© le 1 mai 2022 Ă  07:58
L'urine humaine, un engrais inattendu, mais efficace et moins polluant

"Va faire pipi sur la rhubarbe!": ce conseil de grand-mÚre inspire chercheurs et ONG pour trouver une alternative aux engrais chimiques, réduire la pollution de l'environnement et nourrir une population croissante grùce à un ingrédient inattendu: l'urine humaine. Les engrais azotés de synthÚse dopent la production agricole. Mais utilisés avec excÚs, ils polluent l'environnement. Leurs prix flambent, encore plus avec la guerre en Ukraine, pesant sur les agriculteurs.

Par quoi les remplacer? Notre urine, répondent des chercheurs dont Fabien Esculier, qui n'a jamais oublié les conseils de sa mamie et réfléchit à une refonte des systÚmes alimentaires, plus durables. Pour pousser, "les plantes ont besoin de nutriments, de l'azote, du phosphore et du potassium", explique l'ingénieur et coordinateur du programme de recherche OCAPI en France.

Lorsque nous mangeons, nous ingĂ©rons ces nutriments avant de les "excrĂ©ter, en majoritĂ© via l'urine", poursuit-il. Pendant longtemps les excrĂ©ments des villes ont servi dans les champs agricoles, avant d'ĂȘtre supplantĂ©s par les engrais chimiques.

Mais quand ces nutriments sont rejetés en trop grande quantité dans les riviÚres, ils favorisent par exemple l'explosion de algues vertes, et représentent "une des principales sources de pollution par des substances nutritives", souligne Julia Cavicchi, du Rich Earth Institute, basé aux Etats-Unis.

- Dépasser les a priori -

 Séparer et récolter l'urine à la source nécessite de repenser les toilettes, le réseau de collecte et de dépasser certains a priori.La séparation de l'urine dÚs les toilettes a été testée dans des éco-villages suédois au début des années 1990, puis en Suisse ou en Allemagne.

 Des expĂ©riences sont menĂ©es aux Etats-Unis, en Afrique du Sud, en Ethiopie, en Inde, au Mexique. En France, des projets Ă©mergent Ă  Dol-de-Bretagne, Paris, Montpellier."Introduire des innovations Ă©cologiques prend du temps, en particulier une innovation radicale comme la sĂ©paration des urines", estime Tove Larsen, chercheuse Ă  l'Ecole fĂ©dĂ©rale suisse des sciences et techniques de l’eau (Eawag).

De premiÚres générations de toilettes à séparateur d'urine, jugées peu pratiques et inesthétiques, ou la crainte de mauvaises odeurs ont pu constituer un frein, explique-t-elle. Un nouveau modÚle mis au point par la société suisse Laufen avec Eawag, devrait résoudre ces difficultés, espÚre la chercheuse.

Fabien Gandossi est propriĂ©taire du restaurant 211 Ă  Paris, Ă©quipĂ© de toilettes sĂšches oĂč l'urine est rĂ©cupĂ©rĂ©e. "On a plutĂŽt des retours assez positifs, des gens un peu surpris, mais (..) ils ne voient que peu de diffĂ©rence par rapport Ă  un systĂšme traditionnel". "Il y a des verrous Ă  dĂ©passer", commente Marine Legrand, anthropologue et membre du rĂ©seau Ocapi. Mais "on commence Ă  comprendre Ă  quel point l'eau est prĂ©cieuse" et "il devient inadmissible de faire ses besoins dedans".

Les gens sont-ils prĂȘts pour autant Ă  manger des aliments fertilisĂ©s Ă  l'urine? Une Ă©tude montre des diffĂ©rences marquĂ©es selon les pays. Le taux d'acceptation est trĂšs fort en Chine, en France ou en Ouganda, mais faible au Portugal ou en Jordanie. "Ce sujet touche Ă  l’intime", analyse Ghislain Mercier, de Paris et MĂ©tropole AmĂ©nagement qui amĂ©nage Ă  Paris un Ă©co-quartier avec 600 logements, des commerces... L'urine y sera rĂ©coltĂ©e et fertilisera les espaces verts parisiens.

- Réorganiser -

Selon lui, il existe un potentiel important dans les bureaux, les maisons non reliées au tout-à-l'égout, ou les bidonvilles sans sanitaires. Il faut toutefois faire adhérer les habitants, repenser la tuyauterie, affronter des législations inadaptées...

Une fois rĂ©coltĂ©e, l'urine doit ĂȘtre transportĂ©e jusqu'aux champs, ce qui coĂ»te cher. DiffĂ©rentes techniques permettent de rĂ©duire son volume et de concentrer, voire de dĂ©shydrater, l'urĂ©e. Le Rich Earth Institute dĂ©veloppe des solutions techniques pour que l'Ă©pandage de cet engrais soit facile et peu coĂ»teux pour les agriculteurs.

L'urine n'Ă©tant normalement pas un vecteur important de maladies, elle ne nĂ©cessite pas de lourd traitement pour ĂȘtre utilisĂ©e en agriculture. L'Organisation mondiale de la santĂ© (OMS) recommande de la laisser reposer. Il est aussi possible de la pasteuriser.

L'urine peine encore à s'imposer comme une alternative aux engrais de synthÚse. Mais avec l'envolée des prix du gaz et la volonté de nombreux pays de renforcer leur souveraineté alimentaire, en lien avec la guerre en Ukraine, "les contraintes économiques vont nous rattraper plus vite qu'on l'aurait pensé et rendre le sujet plus audible", commente Ghislain Mercier.

AFP

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4 Commentaires
Mahafaty
Mahafaty
4 ans

Ça fait des siĂšcles qu'en Afrique et en Asie ils valorisent l'urine humaine et animale pour la fertilisation azotĂ©e et phosphorĂ©e, lĂ , il va falloir des chercheurs !'

HULK
HULK
4 ans

Beaucoup d'humour dans cette photo de coureurs cyclistes en train d'uriner. Avec ce qu'ils mettent dans leur bidon,je veux bien croire que l'on va avoir de trÚs beaux légumes. Lol.

Sonouk
Sonouk
4 ans

Ça va sentir bon dans les champs de Cannes !

Titi974
Titi974
4 ans

Ce n'est pas nouveau ça, j'ai vu un reportage oĂč ils traitent carrĂ©ment la pisse pour le rendre buvable