De GĂ©nĂ©ration Identitaire au Bastion Social en passant par l'ex-Oeuvre française: l'ultradroite reste bien ancrĂ©e Ă Lyon malgrĂ© l'offensive des autoritĂ©s contre cette nĂ©buleuse aprĂšs la mort de l'antifasciste ClĂ©ment MĂ©ric, en 2013. Elle a pris ses quartiers dans le Vieux-Lyon touristique depuis plusieurs annĂ©es, ouvrant "bars associatifs", salles de sports et commerces. "Lyon est une ville oĂč toutes les nuances du spectre sont reprĂ©sentĂ©es", souligne Jean-Yves Camus, directeur de l'Observatoire des radicalitĂ©s politiques (Orap) Ă la Fondation Jean-JaurĂšs. "Mais elle n'est pas la seule !", nuance-t-il, Ă©voquant aussi "l'importante activitĂ© de l'extrĂȘme-droite en Picardie, quoique moins diverse"
Les racines de cette implantation sont anciennes - Lyon, ville contre-rĂ©volutionnaire oĂč les milieux catholiques traditionalistes sont restĂ©s vivaces, a servi de lieu de repli Ă l'Action Française pendant la Seconde Guerre mondiale - mais "ce n'est pas un +fief+ au sens oĂč il y aurait une impunitĂ©, ça reste des groupuscules", insiste le chercheur, pour qui les autoritĂ©s locales ont pris la mesure du problĂšme.
Fin mai, aprÚs une manifestation contre l'ultradroite et l'annonce de l'ouverture d'une école par Marion Maréchal, le maire Georges Képénékian a affiché sa "détermination totale" à lutter contre cette "gangrÚne qui s'installe à bas bruit, enfin, de moins en moins à bas bruit".
"Il n'y a pas de bastion de l'extrĂȘme droite Ă Lyon", assure pour sa part la prĂ©fecture qui a symboliquement fait passer la Gay Pride sur un quai du Vieux-Lyon cette annĂ©e, une premiĂšre depuis 2010.
Selon les autoritĂ©s, "200 Ă 250 militants" gravitent dans ces mouvances. La derniĂšre Ă avoir vu le jour est le "Bastion Social", nom apparu au printemps 2017 sur un immeuble dĂ©saffectĂ© du centre-ville, squattĂ© par des membres du GUD - Groupe Union DĂ©fense, syndicat Ă©tudiant d'extrĂȘme droite mis en sommeil depuis - qui voulaient en faire un centre d'accueil "rĂ©servĂ© aux Français de souche", sur le modĂšle du mouvement CasaPound en Italie.
- Stratégie de communication -
Ils ont été expulsés mais le modÚle a fait des petits à Aix-en-Provence, Chambéry, Marseille, Strasbourg et Clermont-Ferrand. En janvier, son chef de file national, le Lyonnais Steven Bissuel, 24 ans, a ouvert sur les quais de SaÎne un bar associatif, le "Pavillon Noir".
Des manifestations ont réclamé la fermeture de ces locaux à Lyon comme ailleurs, sans effet. "Juridiquement, les moyens sont limités", observe Jean-Yves Camus, faute de démontrer "un trouble grave et imminent à l'ordre public".
Steven Bissuel, lui, a eu affaire à la justice: mi-août, il a écopé de 20.000 euros d'amende pour avoir publié en 2015, pour les 70 ans d'Auschwitz, un dessin avec un texte antisémite sur les réseaux sociaux. Il est aussi mis en examen pour une rixe survenue en marge d'un concert à Lyon en avril, sur fond de guerre des territoires entre "fachos" et "antifas".
Mais si la ville a connu de graves agressions dans le passĂ©, comme des coups de couteau en 2014 pour lesquels des militants d'extrĂȘme droite seront jugĂ©s mercredi devant le tribunal correctionnel, la stratĂ©gie semble se faire plus prudente aujourd'hui, misant davantage sur la communication et les rĂ©seaux sociaux.
C'est le cas surtout pour GĂ©nĂ©ration Identitaire (GI), implantĂ© depuis 2010 dans le Vieux-Lyon oĂč son local de "La Traboule" a Ă©tĂ© augmentĂ© d'une salle de boxe. Sous la banniĂšre "Defend Europe", son action s'est focalisĂ©e derniĂšrement sur les migrants, en MĂ©diterranĂ©e ou dans les Hautes-Alpes. Dans le passĂ©, elle avait ciblĂ© des mosquĂ©es.
Autres mouvances, L'Oeuvre française d'Yvan Benedetti et les Jeunesses nationalistes d'Alexandre Gabriac, trĂšs visibles lors des manifestations contre le mariage homosexuel - qui avaient rassemblĂ© toute la frange radicale lyonnaise, hooligans du stade de foot compris - avant d'ĂȘtre dissoutes en 2013.
Depuis, il y a eu "des recompositions, parfois des reconstitutions", observe Joël Gobin, chercheur à l'Orap. Benedetti et Gabriac ont été condamnés à des amendes, à ce titre, en juillet. Ces anciens membres du Front national militent officiellement, aujourd'hui, au Parti nationaliste français et au mouvement intégriste Civitas.
- © 2018 AFP

