Espagne

"Macho": duel féministe au sein de la coalition de gauche espagnole

  • PubliĂ© le 6 mars 2020 Ă  13:57
  • ActualisĂ© le 6 mars 2020 Ă  14:11
Irene Montero, ministre de l'Egalité et numéro deux de Podemos, ici à Madrid le 4 janvier 2020

A quelques jours de la Journée des droits de"s femmes, la bataille autour du féminisme a créé des tensions entre les socialistes et la gauche radicale, alliés au sein du gouvernement espagnol et qui cherchent tous deux à dominer le puissant mouvement féministe.

La pomme de discorde a été la présentation mardi du projet de loi sur les violences sexuelles baptisé "seul un oui est un oui" et introduisant la notion de consentement explicite. Défendu par la ministre de l'Egalité et numéro deux de Podemos, Irene Montero, ce texte a été retoqué par le ministÚre de la Justice, dirigé par le socialiste Juan Carlos Campo.

Dans un rapport interne, ce ministÚre a déploré "les doublons inutiles" avec d'autres lois d'un texte qui ne prévoit pas "les mécanismes nécessaires pour assurer son application" et empiÚte sur la loi pionniÚre contre les violences de genre de 2004.

De quoi causer la fureur du chef de Podemos et vice-président du gouvernement, Pablo Iglesias, qui est également ... le compagnon d'Irene Montero. "DerriÚre les excuses techniques, je crois qu'il y a beaucoup de machistes frustrés", a-t-il lancé avant que le chef de ce parti au Parlement, Pablo Echenique, ne surenchérisse en affirmant que "lorsque des femmes prestigieuses rédigent une loi, il faut qu'un macho vienne dire +ne t'inquiÚte pas, je vais t'expliquer comment faire les choses".

Tentant d'éteindre la polémique, la numéro deux du parti socialiste (PSOE) Adriana Lastra est montée au créneau pour démentir l'existence de "ministres machistes". "Il y a un gouvernement féministe, du premier au dernier" ministre, a-t-elle assuré. Le ministre de la Justice Juan Carlos Campo a dû se défendre en justifiant les retouches par sa volonté que les projets de loi "soient les plus parfaits possibles" tandis que Pablo Iglesias a assuré que ses critiques ne visaient pas M. Campo.

- Divergences -

Cette controverse est un nouvel exemple des divergences entre les socialistes et Podemos qui avaient pourtant promis de les mettre de cÎté avant de former en janvier le premier gouvernement de coalition du pays depuis la fin de la dictature franquiste en 1975. Dans ce contexte tendu, les deux partis ont d'ailleurs convoqué la semaine prochaine une commission de suivi créée lors de la formation du gouvernement pour s'assurer du respect de leur accord de coalition.

Mais cette polémique révÚle surtout le fait que les socialistes et Podemos "se disputent pour avoir l'hégémonie" au sein du puissant mouvement féministe espagnol, analyse Cristina Monge, politologue à l'Université de Saragosse. "Le PSOE s'affiche comme un parti de gouvernement, un parti qui sait légiférer, et présente les membres de Podemos comme des novices", alors que le parti de Pablo Iglesias "accuse le PSOE d'avoir moins d'ambition réformatrice", explique l'universitaire.

Considérée comme pionniÚre depuis l'adoption de la loi de 2004 sur les violences de genre, l'Espagne compte un puissant mouvement féministe qui a fait descendre des centaines de milliers de femmes dans la rue depuis deux ans pour la Journée des droits des femmes le 8 mars.

Depuis son arrivĂ©e au pouvoir, le Premier ministre Pedro Sanchez a fait du fĂ©minisme un des piliers de son action, nommant en 2018 le gouvernement le plus fĂ©minin de l'histoire du pays. Il a depuis promu rĂ©cemment des femmes Ă  la tĂȘte des services secrets, de la Garde civile et de trois des quatre vice-prĂ©sidences de son exĂ©cutif.

L'opposition de droite du Parti populaire (PP) n'a pas manquĂ© de se moquer de la cacophonie gouvernementale. "Si j'Ă©tais ministre de l'ÉgalitĂ© aujourd'hui et que mon mari, vice-prĂ©sident du gouvernement, montait au crĂ©neau pour me dĂ©fendre des critiques d'un collĂšgue au gouvernement comme un mĂąle alpha, je l'enverrais dormir sur le canapĂ©", a raillĂ© la prĂ©sidente des dĂ©putĂ©s du PP, Cayetana Álvarez de Toledo.
AFP

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