France

Macron critique "ceux qui pensent que le summum de la lutte c'est les 50 euros d'APL"

  • PubliĂ© le 7 mai 2018 Ă  18:15
  • ActualisĂ© le 7 mai 2018 Ă  18:25
Le président Emmanuel Macron à Nouméa en Nouvelle-Calédonie, le 5 mai 2018

Un an pile aprÚs son élection, Emmanuel Macron était accusé lundi de mépris social pour avoir critiqué dans un documentaire "ceux qui pensent que le summum de la lutte c'est les 50 euros d'APL", qu'il met en regard des "valeurs" pour lesquelles le colonel Beltrame est mort lors des attentats de TrÚbes.


"Le colonel Beltrame est mort parce que la France, ce sont des idĂ©es, des valeurs, quelque chose d'une guerre qui le dĂ©passe", fait valoir le chef de l'État dans un documentaire devant ĂȘtre diffusĂ© lundi soir sur France 3.
Or, selon lui, "les gens qui pensent que la France, c'est une espĂšce de syndic de copropriĂ©tĂ© oĂč il faudrait dĂ©fendre un modĂšle social qui ne sale plus (sic), une rĂ©publique dont on ne connait plus l'odeur", et oĂč l'"on invoque la tragĂ©die dĂšs qu'il faut rĂ©former ceci ou cela, et qui pensent que le summum de la lutte c'est les 50 euros d'APL, ces gens-lĂ  ne savent pas ce que c'est que l'histoire de notre pays".

Pour définir cette histoire, le président énumÚre "une histoire d'absolu, (...) un amour de la liberté au-delà de tout, c'est une volonté de l'égalité réelle : c'est ça, la France", dit-il dans ce documentaire réalisé par Bertrand Delais, intitulé "Emmanuel Macron, la fin de l'innocence".

"Nous sommes la France, et la France est un pays qui ne se rĂ©forme pas. On est un pays qui se cabre", constate-t-il encore, en faisant observer qu'"il y a en nous un goĂ»t romantique pour la lutte qui fait que, quand bien mĂȘme ces statuts ne sont pas pour nous, on vit dans l'idĂ©e de pouvoir un jour les obtenir, on aime la lutte de celui qui les protĂšge". "Ça fait partie de la vie politique française, il faut le regarder avec respect et amour de notre histoire", estime-t-il.

- "Petit", "misérable" -

Avant mĂȘme sa diffusion, le documentaire suscitait la polĂ©mique parmi les politiques.
"Emmanuel Macron méprise les gens qui se sont indignés pour la baisse des APL. C'est petit et indigne de sa fonction. La France, c'est une France sociale et républicaine", a réagi le député de La France insoumise Alexis CorbiÚre sur Twitter.
"Se servir de la magnifique figure du colonel Beltrame pour salir ceux qui luttent pour leurs droits est misérable", a tweeté de son cÎté le PCF, tandis que le porte-parole du PS Boris Vallaud jugeait "petit d'opposer les héros des plus pauvres", estimant que "ceux qui sont à 20 euros prÚs ne méritent pas ce mépris".

Le député Les Républicains David Lorion a pour sa part estimé qu'"il est des familles pour qui 50 euros n'est pas une petite somme et notamment pour se loger". "Est-ce pour faire culpabiliser les personnes concernées et leur demander de se taire ?", a encore interrogé le parlementaire.

La baisse à l'automne dernier des aides personnalisées au logement (APL), de 5 euros mensuels pour 6,5 millions de ménages bénéficiaires, sans distinction, avait été vivement critiquée par les ONG de défense des mal-logés, les bailleurs sociaux et certains syndicats.

Dimanche, le secrĂ©taire d'État Ă  la CohĂ©sion des territoires, Julien Denormandie, a reconnu que cette baisse avait Ă©tĂ© une "mauvaise dĂ©cision" et a promis qu'il n'y "aurait plus aucun perdant" en matiĂšre d'APL.

Le Premier ministre Édouard Philippe avait qualifiĂ© de "pas intelligent" ce coup de rabot, qui reprĂ©sente une Ă©conomie mensuelle de 32,5 millions d'euros pour l'État. Mais il l'avait justifiĂ© par la nĂ©cessitĂ© de rĂ©aliser les Ă©conomies prĂ©vues dans le budget 2017 par la majoritĂ© prĂ©cĂ©dente, argument repris par Richard Ferrand, chef de file des dĂ©putĂ©s de La RĂ©publique en marche (LREM), lundi, pour qui la mesure Ă©tait "une connerie inĂ©vitable".

Dans les propos fustigés lundi, "le président fait référence à la transformation du logement social et de tout le fonctionnement des opérateurs de logements sociaux", a justifié la députée LREM Amélie de Montchalin sur Europe 1.
"Il parle des gens qui instrumentalisent cela politiquement", a pour sa part fait valoir la secrĂ©taire d'État Ă  l'ÉgalitĂ© femmes-hommes MarlĂšne Schiappa sur France Culture.

 AFP

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