Le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre indien Narendra Modi sont mercredi à Marseille pour y vanter le partenariat entre leurs pays, symbole selon Paris de l'"indépendance" française à l'heure de la confrontation entre les Etats-Unis et la Chine.
AprÚs l'inauguration du nouveau consulat général d'Inde dans la cité phocéenne, le point saillant de cette visite sera un déplacement sur le chantier du réacteur expérimental de fusion nucléaire Iter, à Saint-Paul-lÚs-Durance, jouxtant le site nucléaire du CEA de Cadarache, à 70 km de là .
Ce projet international qui vise à révolutionner la production d'énergie implique notamment New Delhi. Les deux pays pourraient profiter de la visite pour préciser la nouvelle coopération qu'ils entendent lancer dans le nucléaire civil sur les petits réacteurs modulaires (SMR).
Le programme a été écourté par rapport à sa version initiale: l'hommage aux soldats indiens morts en France pendant la premiÚre Guerre mondiale, envisagé au cimetiÚre marseillais de Mazargues, ainsi qu'une séquence au port de la cité phocéenne ont été annulés.
Pour autant, les deux dirigeants "travailleront également sur les questions commerciales, notamment dans le cadre du développement du corridor Imec entre l'Europe et l'Inde, et la montée en puissance des échanges", selon l'Elysée.
Ce corridor passant par le Moyen-Orient est "un catalyseur formidable", a dit mardi Emmanuel Macron en clÎture d'un forum d'affaires franco-indien, "nous allons mobiliser des projets concrets et des investissements". Son entourage avait évoqué la semaine derniÚre des projets dans les secteurs portuaire et énergétique.
Paris espÚre aussi avancer dans les négociations à plusieurs milliards d'euros sur l'achat par New Delhi d'avions de chasse français Rafale version marine et de sous-marins ScorpÚne.
En emmenant Narendra Modi dans sa "ville de cĆur", Emmanuel Macron soigne une nouvelle fois sa relation avec le pays le plus peuplĂ© de la planĂšte, dĂ©jĂ invitĂ© au dĂ©filĂ© du 14-Juillet en 2023.
Mardi soir, les deux hommes ont dßné dans un restaurant de Cassis, sur la Méditerranée, aprÚs avoir coprésidé le sommet sur l'intelligence artificielle à Paris.
- "Intimité particuliÚre" -
"L'Inde et la France sont deux grandes puissances et ont une intimité particuliÚre qui est que nous respectons, nous voulons travailler avec les Etats-Unis d'Amérique, nous voulons travailler avec la Chine, mais on ne veut dépendre de personne", a expliqué le président français dimanche dans une interview télévisée.
"On veut ĂȘtre indĂ©pendants", a-t-il insistĂ©, en mettant en avant sa "stratĂ©gie indopacifique".
Mardi, Narendra Modi a assuré que ce "partenariat ne se limite pas" aux relations bilatérales. "Nous travaillons ensemble pour trouver des solutions aux défis mondiaux auxquels nous sommes confrontés", et "renforcer notre coopération dans tous les domaines", a-t-il dit.
Pour un ancien ministre français, c'est une "bonne intuition" d'Emmanuel Macron, car "Modi, Ă la tĂȘte d'une puissance en devenir, a trouvĂ© une position d'Ă©quilibre entre AmĂ©ricains, Chinois et Russes".
"Il y a une constance rhétorique de la France à vouloir se poser en pont entre le Nord et le Sud", estime Bertrand Badie, professeur à Sciences-Po.
Mais ce spécialiste des relations internationales prévient aussi qu'à force de vouloir afficher sa proximité avec New Delhi, "cela oblige Macron à passer sous silence la politique intérieure" du Premier ministre ultranationaliste hindou, décrié par ses opposants et des défenseurs des droits humains pour sa dérive autocratique.
De Marseille, Narendra Modi s'envolera à la mi-journée pour les Etats-Unis, à la rencontre du nouveau président américain Donald Trump.
AFP

