Emmanuel Macron, attendu de retour à Paris en fin de journée, fait face à un choix délicat pour trouver un successeur à Nicolas Hulot, à la suite du départ en forme de coup d'éclat du ministre écologiste.
L'exécutif procÚdera-t-il a un simple remplacement du ministre démissionnaire, ou à un remaniement plus vaste ? Une source gouvernementale a assuré mardi à l'AFP qu'il n'y aurait sans doute pas de "grand chamboulement", et qu'Emmanuel Macron et Edouard Philippe ne sont "pas pressés".
"OpĂ©rer un large remaniement pourrait vouloir dire cĂ©der Ă la pression et reconnaĂźtre que des erreurs ont Ă©tĂ© commises, ce qu'Emmanuel Macron pourrait ne pas vouloir faire", note JĂ©rĂŽme Fourquet, directeur du dĂ©partement Opinion et stratĂ©gies d'entreprise de l'Ifop : "Il pourrait aussi ne pas vouloir dĂ©stabiliser l'Ă©difice gouvernemental au moment oĂč vont s'ouvrir les discussions budgĂ©taires".
Le mouvement attendu ne devrait pas intervenir avant, au plus tÎt, le retour du président de Finlande jeudi en fin de journée, voire vendredi, ce que pourrait indiquer le report du séminaire gouvernemental qui était prévu dans la foulée du conseil des ministres vendredi matin.
La presse spécule depuis le départ de M. Hulot mardi sur le nom de son successeur. Mais le choix du gouvernement est compliqué par le "legs" d'un ministre parti en claquant la porte car il se sentait seul à la manoeuvre sur le terrain environnemental, souligne JérÎme Fourquet.
Parmi les noms sur lesquels misent les observateurs, ceux de Pascal Canfin, ancien ministre de François Hollande et actuel directeur général de l'ONG WWF France, du secrétaire d'Etat à la Transition écologique Sébastien Lecornu, ou de Barbara Pompili (ex-Verts) et MichÚle Pappalardo, directrice de cabinet de M. Hulot.
- "Le vent est en train de tourner" -
Reviennent aussi les noms du président de l'Assemblée nationale François de Rugy, seul écologiste de poids dans la majorité, ou de Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale du débat public, ex-ministre et ex-présidente de l'Ademe.
François de Rugy et SĂ©golĂšne Royal ont assurĂ© n'ĂȘtre candidats "Ă rien", comme Alain JuppĂ©. Dans les rangs d'acteurs du milieu Ă©cologique toutefois, certains parient sur Mme Royal, et M. JuppĂ© si Emmanuel Macron parvient Ă le convaincre.
Pascal Canfin a, lui, estimé jeudi qu'aucun des écologistes pressentis n'entrerait au gouvernement à moins d'un changement radical de politique en faveur de l'environnement. Il a aussi ajouté à la liste de ministrables Laurence Tubiana, directrice générale de la Fondation européenne du climat, le leader historique de l'écologie Daniel Cohn-Bendit, et Arnaud Leroy, président de l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maßtrise de l'énergie).
Le successeur de Nicolas Hulot pourrait ainsi ĂȘtre issu de la sociĂ©tĂ© civile, ĂȘtre un ministre "technicien", ou plus "politique", estiment les politologues.
Mais pour JĂ©rĂŽme Fourquet, "Nicolas Hulot a pris le risque de prendre ce poste, il pouvait se le permettre vu son statut, mais le fait que mĂȘme lui jette l'Ă©ponge (fait que) la case de la sociĂ©tĂ© civile est maintenant minĂ©e".
AprÚs l'épisode Hulot, médias et écologistes "regarderont les faits et gestes de son successeur, et il n'est pas évident que beaucoup de monde se bouscule au portillon", ajoute-t-il.
L'exécutif pourrait ainsi préférer promouvoir un membre du gouvernement actuel, comme la secrétaire d'Etat à la Transition écologique Brune Poirson, qui ne jouit pas de la notoriété d'un Nicolas Hulot, mais aurait l'avantage de connaßtre son sujet et d'avoir déjà expérimenté les rouages du pouvoir.
Le gouvernement pourrait-il "dĂ©baucher" Ă nouveau dans les rangs des Verts, du PS ou du centre ? "Le vent est en train de tourner, la +Macronie+ n'est plus ce qu'elle Ă©tait il y a six mois", note JĂ©rĂŽme Fourquet, et le temps oĂč un Olivier Dussopt issu du PS Ă©tait nommĂ© secrĂ©taire d'Etat Ă la Fonction publique s'Ă©loigne.
AFP
