Manque de médecin, de maternités, de réseau, de trains, d'emplois aidés... a Gargilesse-Dampierre (Indre), Emmanuel Macron a de nouveau écouté jeudi les maires lui exposer les handicaps du monde rural avant de retrouver des chefs d'entreprise à Déols, au nord de Chateauroux.
Pour sa premiÚre visite lors de cette 7e étape du grand débat, le chef de l'Etat n'avait pas choisi ce bourg de 300 habitants par hasard. Son maire, Vanik Berbérian, est le président de l'Association des maires ruraux de France (AMRF), qui fédÚre quelque 10.000 édiles de tous bords politiques. Une façon d'adresser un message d'apaisement aux élus locaux, remis à l'honneur par le grand débat.
Aucun "gilet jaune" n'était visible dans le village, dont les accÚs étaient strictement contrÎlés par la gendarmerie. Des tags "Macron démission, Macron dehors" ou encore "RIC" ont été effacés par des employés avant l'arrivée du président de la République.
Loin des échanges marathon de ces derniÚres semaines, c'est en petit comité qu'Emmanuel Macron a ensuite écouté une trentaine de maires de l'Indre énumérer leur doléances. Parmi eux André Laignel, maire socialiste d'Issoudun et vice-président de l'Association des maires de France (AMF), qui l'a accusé de les avoir trop longtemps dédaignés.
"C'est trÚs bien que vous nous rencontriez mais nous voulons passer aux actes", l'a défié cet élu socialiste, coutumier des passes d'armes. "AprÚs 18 mois de stigmatisation des maires, que n'avons-nous entendu! Nous étions trop nombreux, incompétents, clientélistes. Ces mots ont été employés par des membres du gouvernement et parfois par vous, M. le Président", a-t-il accusé, ce qu'Emmanuel Macron a catégoriquement nié.
"La dotation globale aux communes a été stable en 2019 mais 19.500 communes verront baisser leur dotation", a affirmé M. Laignel. "Quand on dit la moitié de la vérité, on ne dit pas toute la vérité", a rétorqué le chef de l'Etat en récusant ces chiffres.
- "Nouveau monde" -
"Nous avons vu que le +nouveau monde+ n'Ă©tait pas si neuf que ça, d'oĂč la dĂ©ception", lui a aussi reprochĂ© Vanik BerbĂ©rian. "Le nouveau monde?", a rĂ©agi Emmanuel Macron. "Reconnaissez-moi d'ĂȘtre fidĂšle Ă l'esprit de pragmatisme et d'absence d'ostracisme politique (...) Mais il faut ĂȘtre deux pour danser le tango", a-t-il lancĂ©.
Sur le fond, il a réaffirmé que la loi NOTRe de 2015, portant notamment sur le regroupement de communes, serait révisée mais a défendu la politique de son gouvernement sur la fiscalité ou la répartition des équipements médicaux.
Il a ainsi douché les espoirs d'une réouverture de la maternité du Blanc (sud-ouest de l'Indre), dont la fermeture, actée en 2018, suscite une forte mobilisation locale depuis sept ans. "Ce ne serait pas responsable de ma part de vous dire qu'elle va rouvrir", a-t-il déclaré.
Une quarantaine de personnes s'opposant Ă cette fermeture se sont rassemblĂ©es aux cĂŽtĂ©s d'une quarantaine de "gilets jaunes", Ă DĂ©ols, oĂč Emmanuel Macron s'est rendu dans l'aprĂšs-midi pour Ă©changer avec des entrepreneurs, Ă l'abri des camĂ©ras.
Emmanuel Macron a en revanche donnĂ© satisfaction aux maires en annonçant que le train de "19H41 aura bien un arrĂȘt Ă Argenton-sur-Creuse", en rĂ©ponse aux critiques sur la moindre desserte ferroviaire.
Les deux heures de réunion avec la cinquantaine d'entrepreneurs, dans le hangar d'une entreprise proche de l'aéroport de Chùteauroux, a permis à des restaurateurs, des fermiers, des entrepreneurs d'exposer leurs problÚmes, trÚs pratiques mais quotidiens.
Bruno le Maire, ministre de l'Economie et Muriel Pénicaud, ministre du Travail, ont participé aux échanges. Structuration des filiÚres, aides à l'export, allÚgement des charges salariales: le président a vanté ses réformes, invitant à une "politique de responsabilité partagée".
Le Premier ministre Ădouard Philippe Ă©tait au mĂȘme moment dans le FinistĂšre pour participer Ă une rĂ©union Ă©galement centrĂ©e sur les questions rurales, au lendemain de son dĂ©bat tĂ©lĂ©visĂ© rude et "intense", selon ses mots, face Ă dix Français.
AFP



