Politique

Macron retrouve son "ami" Trump sur fond de désaccords profonds

  • PubliĂ© le 21 avril 2018 Ă  11:37
  • ActualisĂ© le 21 avril 2018 Ă  16:05
Emmanuel Macron et Donald Trump, le 18 septembre 2017 aux Nations Unies à New York. Le président français retrouve lundi aux Etats-Unis son homologue américain qui le reçoit avec les honneurs d'une "visite d'Etat".

Emmanuel Macron retrouve lundi aux Etats-Unis Donald Trump qu'il espĂšre convaincre sur nombre de points de dĂ©saccords, Iran en tĂȘte, sans certitude aucune que celui qu'il appelle volontiers son "ami" l'Ă©coute.

Premier dirigeant Ă©tranger Ă  ĂȘtre reçu par Trump avec les honneurs d'une "visite d'Etat", le prĂ©sident français aura droit au grand jeu: dĂźner privĂ© dans le cadre enchanteur de Mount Vernon, la demeure historique de George Washington, cĂ©rĂ©monie sur le "South Lawn", soirĂ©e dans les salons de la Maison Blanche.

En contacts trÚs réguliers au téléphone, ces deux hommes si dissemblables aiment chacun rappeler leur point commun : ils ont tous deux remporté une victoire longtemps jugée inimaginable par le "Tout-Paris" comme le "Tout-Washington".
Louant "une relation trÚs personnelle" et "un bon niveau de confiance et de respect" avec le 45e président américain, M. Macron expliquait cette semaine dans Vanity Fair apprécier ses conversations "trÚs directes" avec ce dernier.

Du climat à l?Iran en passant par le libre-échange, les deux dirigeants, que plus de 30 ans séparent, ont, sur nombre de dossiers brûlants, des positions diamétralement opposées.
Et s'il est tombé sous le charme du défilé du 14 juillet sur les Champs-Elysées au point de vouloir s'en inspirer pour un "remake" sur Pennsylvania Avenue, le président septuagénaire, les yeux rivés sur sa base électorale, n'a jusqu'ici pas cédé d'un pouce sur le fond.

- Iran, sujet phare -

Pour le président français, qui s'exprimera mercredi, en anglais, devant le CongrÚs, la question est de savoir ce qu'il rapportera de ses trois jours à Washington, au-delà des signes d'"amitié" et d'un rappel du "statut unique de la France, tout premier allié de l'Amérique".
Dossier emblématique des désaccords flagrants entre Washington et Paris, l'accord sur le nucléaire iranien devrait dominer leurs discussions, d'autant que Donald Trump tranchera sur son sort dans trois semaines.
En campagne, le magnat de l'immobilier avait promis de "dĂ©chirer" ce texte visant Ă  empĂȘcher l'Iran de se doter de la bombe atomique.

Il a donné à ses signataires européens (France, Royaume-Uni et Allemagne) jusqu'au 12 mai pour le durcir, faute de quoi il rétablira les sanctions contre Téhéran.
TrĂšs attachĂ©e au maintien de l'accord, la prĂ©sidence française se dit "extrĂȘmement prudente" sur ses chances de convaincre car "les signaux ne sont pas encourageants". Paris reconnait mĂȘme ne "pas s'attendre Ă  une percĂ©e diplomatique" la semaine prochaine.
Autre source de trĂšs vives tensions transatlantiques: l'exemption de tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium pour les pays de l'UE expire le 1er mai.

La guerre en Syrie s'invitera aussi dans les débats. Si Washington, Londres et Paris ont coordonné des frappes communes en réponse à l'attaque chimique prÚs de Damas, la stratégie américaine pour la suite pose question.
Le président français s'est vanté dimanche d?avoir "convaincu" le président américain de "rester dans la durée" en Syrie. Mais, dans la nuit, la Maison Blanche a démenti, rappelant que le président américain voulait toujours que "les forces américaines rentrent à la maison le plus vite possible".
Quant à l'accord de Paris, qu'Emmanuel Macron espérait encore cet automne convaincre Donald Trump de réintégrer, il semble relégué au second plan.

- Shinzo Abe bredouille -

Sur tous ces dossiers, "Emmanuel Macron peut espérer infléchir les positions de Donald Trump, mais jusqu'ici les résultats concrets ont été trÚs limités", reconnaßt Benjamin Haddad, chercheur au Hudson Institute de Washington.
Mais, souligne-t-il aussi, notamment dans la lutte contre le terrorisme, l'approche "réaliste" du président français pourrait s'avérer payante sur d'autres fronts.

Pour Paris, l'appui américain dans la lutte contre les jihadistes au Sahel reste en effet une priorité.
Le président français se rend aussi sur place comme chantre de l'Europe, notamment dans le différend commercial. "En étant pour Donald Trump ce que Angela Merkel était pour Barack Obama, l'interlocuteur central et fiable, il peut émerger comme le leader diplomatique de l'Union Européenne et gagner du crédit pour son agenda de réforme de l'UE", estime l'analyste.

Le face-à-face entre les deux hommes intervient quelques jours aprÚs la réception fastueuse, à Mar-a-Lago en Floride, de l'autre dirigeant avec lequel Trump affiche haut et fort sa bonne entente: le Japonais Shinzo Abe.
Mais en dépit des tapis rouges, d'une matinée de golf et d'un cheeseburger partagé sur les greens, les résultats furent plutÎt maigres pour le dirigeant nippon, reparti sans l'exemption sur les tarifs douaniers qu'il espérait.

 AFP

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