Emmanuel Macron a justifié dimanche les frappes menées en Syrie et réfuté l'idée d'une "coagulation" des mécontentements en France, au cours d'une interview télévisée conduite dans une atmosphÚre parfois électrique.
Durant 02h40, le président de la République a été soumis à un flot de questions, dont certaines ressemblaient plus aux interpellations d'un débat, de Jean-Jacques Bourdin (BFMTV et RMC) et Edwy Plenel (Mediapart), deux journalistes réputés pour leur pugnacité.
Ce ton inĂ©dit pour un entretien prĂ©sidentiel Ă©tait Ă l'opposĂ© de celui, bien plus posĂ©, de jeudi sur TF1, qui a lancĂ© l'offensive mĂ©diatique d'Emmanuel Macron pour marquer le premier anniversaire de son arrivĂ©e Ă l'ĂlysĂ©e.
"J'entends toutes les colÚres", mais "il n'y a pas tant que cela" une "coagulation des mécontentements", a affirmé le président. Evoquant la grÚve en pointillés des cheminots, "c'est une colÚre que je comprends, que je respecte mais qui est liée à une décision que nous prenons, que j'assume, une réforme que nous mÚnerons jusqu'au bout", a-t-il développé.
Il a rappelé que s'il avait "dÚs le jour de (son) investiture" évoqué le besoin de "réconcilier le pays", ça ne se ferait "pas du jour au lendemain". "Je ressens comme vous les injustices", a insisté Emmanuel Macron face aux questions insistantes des deux interviewers sur les réformes économiques et sociales prises depuis un an, pour lesquelles il est qualifié de "président des riches" par ses opposants.
- Pas de nouveaux impĂŽts -
Il a ainsi défendu la suppression partielle de l'ISF afin de "garder les talents, les attirer et réinvestir dans notre économie".
La fiscalitĂ© n'augmentera durant le quinquennat et "il n'y aura pas de crĂ©ation d'un nouvel impĂŽt local, ni d'un impĂŽt national", a assurĂ© le chef de l'Ătat.
Il a Ă©galement affirmĂ© qu'il n'y aurait "pas d'Ă©conomies sur l'hĂŽpital dans ce quinquennat" et qu'il annoncerait "dĂ©but mai" des dĂ©cisions pour tenter de rĂ©pondre Ă la crise des services d'urgences. Concernant la SNCF, Emmanuel Macron a confirmĂ© que l'Ătat reprendrait "progressivement" une partie de la dette de la SNCF "Ă partir du 1er janvier 2020" quand le groupe serait rĂ©formĂ©, sans toutefois avancer de montant. Cette dette devrait alors atteindre une cinquantaine de milliards d'euros.
Pour l'hĂŽte de l?ĂlysĂ©e, les Ă©tudiants sont "souvent minoritaires" parmi ceux qui bloquent les universitĂ©s pour contester la rĂ©forme de l'accĂšs Ă l'enseignement supĂ©rieur. Il a dĂ©noncĂ© des violences "inadmissibles". Alors que de nouveaux heurts se sont dĂ©roulĂ©s dimanche Ă Notre-Dame-des-Landes, Emmanuel Macron a en outre jugĂ© que la "colĂšre" des opposants Ă l'expulsion de la Zad n'Ă©tait "pas lĂ©gitime", et que "tout ce qui devra ĂȘtre Ă©vacuĂ© le sera".
- "Pas la guerre" Ă Assad -
Le président a longuement justifié les frappes menées dans la nuit de vendredi à samedi contre des sites de production d'armes chimiques du régime de Bachar al-Assad, en affirmant que c'était "la communauté internationale qui est intervenue". Il a toutefois affirmé que la France n'avait "pas déclaré la guerre au régime".
Le président a expliqué qu'il voulait désormais "convaincre" les Russes et les Turcs de venir à la table des négociations, insistant sur le fait qu'il voulait "parler avec tout le monde" sur le dossier syrien. "Nous avons regagné de la crédibilité au regard des Russes" aprÚs les frappes, a-t-il estimé.
M. Macron a par ailleurs dĂ©clarĂ© : "Il y a 10 jours, le prĂ©sident Trump disait : les Ătats-Unis d'AmĂ©rique ont vocation Ă se dĂ©sengager de la Syrie, nous l'avons convaincu, nous l'avons convaincu qu'il Ă©tait nĂ©cessaire d'y rester (...), je vous rassure, nous l'avons convaincu qu'il fallait rester dans la durĂ©e".
La mission des forces américaines déployées en Syrie "n'a pas changé" et le président Donald Trump veut qu'elles rentrent aux Etats-Unis "dÚs que possible", a déclaré dimanche la Maison Blanche. Durant tout l'entretien, Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel ont débuté leurs questions par "Emmanuel Macron" et non "Monsieur le président", marquant ainsi une rupture avec les usages des entretiens présidentiels des derniÚres décennies.
Qualifiant l'exercice d'"inĂ©dit" et de "dĂ©mocratique dont nous avons besoin", Emmanuel Macron a parfois reprochĂ© aux deux journalistes des "amalgames" ou des "bĂȘtises". S'adressant Ă Edwy Plenel, il n'a pas hĂ©sitĂ© Ă faire allusion aux dĂ©mĂȘlĂ©es de Mediapart avec le fisc. "C'est totalement mesquin", a rĂ©pondu le journaliste.
A l'issue de l'émission, le président a répondu "chiche" pour la recommencer dans un an.
Les premiÚres réactions politiques ont davantage porté sur la forme que sur le fond. "Ce format d'entretien est (...) bien meilleur que les exercices complaisants ou connivents auxquels la 5Úme République nous a habitués", a réagi l'ancien candidat PS à la présidentielle Benoßt Hamon.
Mais Christian Estrosi, le maire de Nice, y a vu "une caricature d'interview". Car "en cherchant à abaisser la fonction présidentielle, les journalistes abaissent en réalité la fonction de journaliste". "Incroyable entretien de presse. On n'écoute plus les réponses, on attend les questions", a tweeté Jean-Luc Mélenchon (LFI) durant l'émission.
AFP


