Relations internationales

Macron veut ancrer la Russie de Poutine en Europe

  • PubliĂ© le 25 mai 2018 Ă  19:55
  • ActualisĂ© le 25 mai 2018 Ă  19:56
Le président français Emmanuel Macron et son homologue russe Vladimir Poutine lors du Forum économique de Saint-Pétersbourg le 25 mai 2018

Le président français Emmanuel Macron a tendu vendredi la main à la Russie pour l'"ancrer dans l'Europe" malgré les tensions actuelles, et tourner le dos à 25 ans d'"incompréhensions".


"Je crois trÚs profondément que la Russie a son histoire et son destin dans l'Europe", a déclaré M. Macron au second jour de sa premiÚre visite officielle en Russie. Le président français s'exprimait au cÎté de son homologue Vladimir Poutine, visiblement détendu, à la tribune du Forum économique de Saint-Petersbourg, dont la France était l'invitée d'honneur avec le Japon.

Pour M. Macron, "une fenĂȘtre d'opportunitĂ©" s'ouvre pour qu'une "nouvelle dynamique" s'installe entre Moscou, oĂč M. Poutine vient d'entamer un quatriĂšme mandat, et l'Europe, bousculĂ©e par la dĂ©cision du prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump de sortir de l'accord sur le nuclĂ©aire iranien. Plus rĂ©servĂ© que son hĂŽte, le prĂ©sident russe s'est fĂ©licitĂ© de l'ambiance "trĂšs ouverte" de la rencontre avec M. Macron, avec lequel il s'Ă©tait entretenu pendant trois heures jeudi sous les ors du Palais Constantin, en pĂ©riphĂ©rie de l'ancienne capitale impĂ©riale russe (nord-ouest).

Ces discussions ont permis d'"avancer", selon l'ElysĂ©e, sur les dossiers extrĂȘmement complexes du nuclĂ©aire iranien et de la Syrie, sur lesquels Moscou et Paris voient un intĂ©rĂȘt Ă  coopĂ©rer plus Ă©troitement. "La France est notre partenaire ancien, traditionnel et fiable (...) Elle a toujours aspirĂ© Ă  dĂ©fendre sa souverainetĂ©, ce qui est un gage de stabilitĂ© dans la relation", a soulignĂ© M. Poutine. Mais il n'a pas exprimĂ© publiquement la volontĂ© de renforcer les relations avec les pays de l'Union europĂ©enne, alors que s'appliquent toujours les sanctions prises lors des crises de l'Ukraine en 2014 et de la CrimĂ©e.
Parmi les sujets de discorde, la crise ukrainienne et le conflit syrien, mais aussi l'empoisonnement en mars d'un ex-espion russe en Angleterre.

La Russie a Ă©tĂ© ouvertement accusĂ©e vendredi par les Pays-Bas et l'Australie de la mort de leurs citoyens dans le vol MH17 abattu par un missile au-dessus de l'Ukraine en 2014, au lendemain de l'Ă©noncĂ© des conclusions d'une enquĂȘte internationale selon laquelle la batterie anti-aĂ©rienne impliquĂ©e provenait d'une unitĂ© de l'armĂ©e russe. "Bien sĂ»r que non", a dĂ©clarĂ© M. Poutine vendredi, interrogĂ© sur l'origine russe du missile.

Pour sa part, M. Macron a louĂ© un "dialogue extrĂȘmement direct et franc" avec Vladimir Poutine. Mais il n'a pas cachĂ© que la tache allait ĂȘtre ardue pour "rĂ©tablir la confiance" entre Moscou et l'Europe de l'ouest aprĂšs "25 ans d'incomprĂ©hension". Natalia Soljenitsyne, la veuve de l'Ă©crivain et dissident, avec laquelle il s'Ă©tait entretenu jeudi soir, l'a appelĂ© Ă  agir pour rapprocher son pays de l'Europe. "La Russie doit faire partie de l'Europe. Sinon, cela la poussera vers la Chine", selon elle.

Malgré les tensions des derniÚres années, la France est restée économiquement trÚs présente en Russie, avec quelque 500 entreprises employant prÚs de 170.000 salariés.

Parmi la cinquantaine d'accords de coopération et de contrats signés au cours de la visite, le plus important prévoit l'entrée du groupe français Total dans un nouveau projet géant de gaz naturel liquéfié dans l'Arctique russe de Novatek pour 2,5 milliards de dollars.

Pour M. Macron, il faut désormais "ouvrir de maniÚre plus volontariste de nouvelles voies" pour renforcer la présence française, notamment des startups et des PME, dans "l'agroalimentaire, le spatial, les villes durables, les services énergétiques et le numérique". Le président français a par ailleurs annoncé avoir évoqué avec M. Poutine les cas du réalisateur ukrainien emprisonné Oleg Sentsov et du cinéaste russe Kirill Serebrennikov, assigné à résidence.

Il a également rencontré jeudi Alexandre Tcherkassov, un responsable de la principale organisation russe de défense des droits de l'Homme, Memorial, et d'autres militants des droits de l'Homme russes, selon l'Elysée. "Un important geste de soutien", s'est félicitée Tania Lokchina, de l'antenne russe de Human Rights Watch.

Emmanuel Macron a indiqué espérer revenir prochainement en Russie, mais cette fois pour soutenir l'équipe de France si elle se qualifie pour les demi-finales du Mondial-2018 (14 juin-15 juillet). Ce qui lui a permis de filer la métaphore sportive en espérant que les relations entre Paris et Moscou s'inspirent du judo, prisé par Vladimir Poutine, qui "repose sur le respect de l'adversaire", et son sport de prédilection, le football, qui est "un sport collectif".

AFP

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