Elle fait sa cour

Marine Le Pen s'efforce de briser le "front du refus"

  • PubliĂ© le 28 avril 2017 Ă  21:25
Marine Le Pen s'efforce de briser le "front du refus"

DĂ©cidĂ©e Ă  porter l'extrĂȘme droite au pouvoir en France, Marine Le Pen tente Ă  la fois de convaincre les conservateurs et les Ă©lecteurs de la gauche radicale, dans une stratĂ©gie compliquĂ©e de "dĂ©diabolisation" du Front national.

Mais ce n'est pas gagnĂ©: le tribun de la gauche radicale Jean-Luc MĂ©lenchon a affirmĂ© vendredi sur sa chaĂźne Youtube que son mouvement, "La France insoumise", n'avait "rien Ă  voir avec l'extrĂȘme droite".

MĂȘme rejet pour certains Ă©lecteurs de droite. "Le Front national n'est pas un parti normal", estime Jacques Villain, retraitĂ© Ă  Nice (sud-est). Il a votĂ© pour le conservateur François Fillon au premier tour et se dit prĂȘt Ă  voter pour le pro-europĂ©en social-libĂ©ral Emmanuel Macron au second tour. Pas par conviction, par devoir.

"Ca me rappelle des mauvais souvenirs", ajoute le retraité, en référence à la France collaborationniste sous l'Occupation allemande (1940-44), que Jean-Marie Le Pen, fondateur du parti et pÚre de Marine, n'a jamais dénoncée. Car les ombres du passé sont tenaces: le profil du nouveau président du parti, Jean-François Jalkh, accusé de propos négationnistes, a suscité de tels remous que le parti a dû l'éjecter cinq jours aprÚs sa nomination.

Le dĂ©fi de l'extrĂȘme droite, pour remporter l'Ă©lection prĂ©sidentielle au second tour le 7 mai, est de parvenir Ă  briser le traditionnel front du refus droite-gauche qui se forme Ă  chaque Ă©lection pour lui barrer la route. Pour lisser l'image de son parti, Marine Le Pen, qui dirige le Front national depuis 2011, a ostensiblement pris ses distances avec son pĂšre et avec la culture historique du parti, volontiers antisĂ©mite et nĂ©gationniste. Avant le premier tour, elle avait toutefois jetĂ© le trouble en refusant de reconnaĂźtre la responsabilitĂ© de la France dans la rafle de plus de 13.000 juifs le 16 juillet 1942 Ă  Paris.

- 'Dégagisme' -

Pour l'heure, seul un quart des Ă©lecteurs du candidat de droite battu François Fillon et 16% seulement des "insoumis" de Jean-Luc MĂ©lenchon sont prĂȘts Ă  voter pour elle le 7 mai, selon un sondage Ifop-Fiducial publiĂ© jeudi.

A ce stade, elle n'a donc aucune chance de battre le jeune centriste pro-européen Emmanuel Macron (59% pour lui, 41% pour elle, selon les derniers sondages). Le 23 avril, elle avait échoué à faire du FN le premier parti de France, en arrivant en deuxiÚme position avec 21,03 % des voix (24,1% pour son rival).

Pour gagner du terrain, Marine Le Pen joue sur les mĂȘmes cordes antimondialiste et anticapitaliste que Jean-Luc MĂ©lenchon, dans l'espoir de rĂ©cupĂ©rer quelques uns des 7 millions d'Ă©lecteurs qui ont votĂ© pour lui au premier tour (19,6% des voix). Elle a lancĂ© un appel vendredi Ă  "faire barrage Ă  Emmanuel Macron". "C'est l'essentiel qui est aujourd'hui en jeu. Mettons les querelles et les divergences de cĂŽtĂ©", a-t-elle dit dans une video postĂ©e sur son compte twitter.

La veille, lors de son premier grand meeting de l'entre-deux-tours Ă  Nice, elle avait dĂ©jĂ  tendu la main Ă  l'extrĂȘme gauche. "Je dis aux Français: +DĂ©gagez-les+!", a-t-elle lancĂ©. Le concept du "dĂ©gagisme", cher au tribun de la "France insoumise", a imprĂ©gnĂ© la prĂ©sidentielle, marquĂ©e par l'Ă©limination des tĂ©nors politiques pendant les primaires et des grands partis traditionnels au premier tour.

- Euro sous silence -

Dans le nord, Mme Le Pen s'est présentée jeudi comme la candidate des "ouvriers" et des "travailleurs" lors d'une visite surprise à l'usine Whirlpool, menacée de délocalisation en Pologne. Depuis le premier tour, elle présente aussi le second tour comme "un réferendum pour ou contre la France". Sa profession de foi pour le second tour ne fait plus mention de "la souveraineté monétaire", et donc de la sortie de l'euro - un projet qui inquiÚte trois Français sur quatre.

A gauche cependant, son discours anti-immigrés exaspÚre. "Avec Le Pen, il y a des propos sur l'immigration, la sécurité, je ne suis pas d'accord !", résume Marina Campana, étudiante de 19 ans et soutien de la gauche radicale, rencontrée à Nice avant le meeting de Marine Le Pen.

S'il s'est refusé à donner une consigne de vote, Jean-Luc Mélenchon a souligné vendredi que "personne ne peut douter que je ne voterai pas Front national".

AFP

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