Le mouvement de contestation avait eiu lieu en 2016-2017

Maroc: 20 ans de prison pour les meneurs du "Hirak"

  • PubliĂ© le 27 juin 2018 Ă  08:32
  • ActualisĂ© le 27 juin 2018 Ă  11:34
Des manifestants brandissent des portraits de Nasser Zafzafi, meneur du mouvement du "Hirak", Ă  al-HoceĂŻma le 29 mai 2017.

Les meneurs du "Hirak", le mouvement de contestation sociale qui a agité le Maroc en 2016-2017, ont été condamnés mardi soir à Casablanca à des peines allant jusqu'à 20 ans de prison, à l'issue d'un procÚs-fleuve de neuf mois.


Le leader du mouvement, Nasser Zefzafi, ainsi que trois autres meneurs, Nabil Ahmjiq, Ouassim Boustati et Samir Ighid, ont écopé de la peine la plus lourde pour "complot visant à porter atteinte à la sécurité de l'Etat", un chef d'accusation passible selon les textes de la peine de mort.

Au total, 53 personnes comparaissaient lors de ce procÚs. La peine la moins lourde se limite à un an de prison, couvrant la détention préventive, et 5.000 dirhams (environ 450 euros) d'amende, selon le verdict prononcé par la chambre criminelle de la cour d'appel de Casablanca en l'absence des accusés.

Trois d'entre eux, Mohamed Haki, Zakaria Adehchour et Mahmoud Bouhenoud ont été condamnés à 15 ans de prison, sept à 10 ans de prison, également pour "complot visant à porter atteinte à la sécurité de l'Etat".

Sous le choc, des proches des accusés, présents dans la salle d'audience, ont poussé des cris de détresse quand les peines les plus lourdes ont été prononcées, a constaté un journaliste de l'AFP. Quelques rares militants ont scandé des slogans de solidarité, comme "vive le Rif" ou "Nous sommes Zefzafi".

- "Test" -

"Ce sont des peines trÚs lourdes. L'Etat a échoué dans ce test de respect des droits de l'homme et des libertés essentielles, tout comme l'indépendance de la justice", a déclaré à l'AFP l'un des avocats de la défense, Souad Brahma. "Les peines sont trÚs légÚres par rapport à ce que prévoit la loi et à la façon dont ils se sont comportés devant le juge", a commenté pour sa part Mohamed Karout, l'un des avocats des parties civiles qui représentaient l'Etat et ses agents.

Dix accusĂ©s ont par ailleurs Ă©tĂ© condamnĂ©s Ă  5 ans de prison et 2000 dh (180 euros) d'amende, huit Ă  3 ans et 1000 dh amende (90 euros), 19 Ă  deux ans et 5000 dh (450 euros) et 2 Ă  un an de prison assortie de la mĂȘme amende. Les peines de 5 ans de prison et moins correspondent Ă  des chefs d'accusation comme "participation Ă  une manifestation non autorisĂ©e" ou "insulte envers les forces de l'ordre".

- Solidarité -

Les avocats qui ont refusé de plaider par solidarité avec la protestation des prévenus contre la "partialité de la justice" ont l'intention de faire appel aprÚs concertation avec leurs clients.

Comme ses co-détenus, Nasser Zefzafi a boycotté les derniers jours d'audience et refusé de prendre la parole aux derniÚres heures du procÚs.
Cet ancien chĂŽmeur de 39 ans devenu le visage du mouvement avec ses talents d'orateur, avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© pour avoir interrompu le prĂȘche d'un imam ouvertement hostile au mouvement dans une mosquĂ©e d'Al-HoceĂŻma, l'Ă©picentre de la protestation qui a secouĂ© la rĂ©gion historiquement frondeuse et marginalisĂ©e du Rif.

Le cas du journaliste Hamid el Mahdaoui poursuivi pour "non dĂ©nonciation d'une tentative de nuire Ă  la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure de l'Etat" et jugĂ© en mĂȘme temps que les 53 militants du "Hirak" sera traitĂ© sĂ©parĂ©ment jeudi. Il risque, selon Reporters sans frontiĂšres (RSF) qui le soutient, deux Ă  cinq ans de prison ferme. Il est le seul Ă  n'avoir pas boycottĂ© les audiences.

Les manifestations déclenchées par la mort d'un vendeur de poissons, broyé dans une benne à ordure en octobre 2016, ont fait plus de 600 blessés parmi les forces de l'ordre et engendré sept millions de dirhams de dégùts matériels (environ 630.000 euros), selon les parties civiles.
Environ 450 personnes, selon des associations, ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es pendant les manifestations gĂ©nĂ©ralement pacifiques mais parfois marquĂ©es par des heurts entre forces de l'ordre et protestataires, avec des blessĂ©s des deux cĂŽtĂ©s.

L'"approche sécuritaire" des autorités a été critiquée par des associations de défense des droits de l'Homme, qui ont dénoncé la "répression" du mouvement et des actes de "torture" contre certains manifestants aprÚs leur arrestation. "Le tribunal n'a pas tenu compte des irrégularités que nous avons relevées tout au long de ce procÚs, nous craignons que ces verdicts ne permettent pas d'apaiser la tension dans la région", a commenté un des avocats de la défense aprÚs l'énoncé du verdict.
AFP

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