Depuis le mercredi 22 juillet 2026, un méga incendie ravage la Gironde. Un brasier qui, lundi matin, avait déjà brûlé 42.000 hectares et poussé 220.000 personnes à évacuer leurs habitations. Le dérèglement climatique a joué un rôle majeur dans ce sinistre d'une rare intensité. À La Réunion aussi, le changement environnemental peut favoriser l'émergence et la survenue de davantage de feux. Un scénario loin d'être improbable dans la mesure où les flammes ont déjà englouti plusieurs milliers d'hectares au Maido en 2010, 2011 et 2020. (Photo Photo Richard Bouhet/imazpress.com)
"C'est évident qu'aujourd'hui, avec ce changement global, le risque augmente aussi chez nous", affirme le lieutenant-colonel Henri-Claude Pothin du Sdis. Un risque qui tient surtout à une sécheresse bien plus présente en 2026, avec un déficit pluviométrique de 45 % par rapport à l'année précédente.
Ce manque de ressources hydriques laisse la forêt dans une situation plus vulnérable. "Le végétal est desséché. Et, en cas d'incendie, la distillation de l'essence végétale que contiennent les arbres se produit plus rapidement." Distillation plus rapide qui, par la suite, va augmenter la vitesse de propagation du feu.
Notamment dans les zones à risque, comme l'explique Laurent Labbé, climatologue à Météo-France, touchées par des déficits de pluie. "Cela favorise la sécheresse des sols et de la végétation, augmentant le risque dans les zones sensibles qui sont situées dans les hauts de l'île, sur les pentes au vent et sous le vent ainsi que sur les crêtes et les cirques. L'intensité du vent peut aussi accélérer cet assèchement."
Un constat de faible pluviométrie, que viennent confirmer, depuis le terrain, les pompiers. Conséquence directe, ces derniers assistent à une multiplication des brasiers sur le territoire. "On voit de plus en plus de petits feux, note Henri-Claude Pothin. Dans les Hauts, en montagne, il ne pleut presque pas. Il suffit parfois de jeter un mégot de cigarette et ça peut s'embraser rapidement."
- Vigilance sur la forêt de l'Etang-Salé -
Car, à La Réunion comme ailleurs, les conditions climatiques ne viennent que renforcer l'action humaine, souvent à l'origine des départs d'incendie. Que ce soit par négligence, comme en novembre 2020. Un homme qui campait dans la nature avait alors condamné aux flammes 200 hectares de végétation au Maïdo après avoir voulu brûler son papier toilette. Ou, plus sinistre, lors d'incendies volontaires, comme avec le tristement célèbre Patrice Nirlo, le "pompier pyromane", qui avait ravagé près de 3.500 hectares de forêt entre 2010 et 2011 en allumant plusieurs départs de feu, là encore au Maïdo. Un désastre écologique dans un site appartenant au Parc national de La Réunion qui avait donné lieu à une lourde condamnation pour son auteur.
Des exemples qui montrent que l'île n'est pas à l'abri de feux massifs comme ceux qui affectent actuellement l'Hexagone. Des feux touchant de grandes surfaces de forêts qui possèdent la particularité de s'autoalimenter et d'être très difficiles à éteindre du fait qu'ils sont capables de modifier la météorologie qui les environne. Pour rappel, en 2011, lorsque 800 hectares sont partis en fumée au Maïdo en une nuit, les pompiers ont déjà pu assister à un phénomène d'auto-inflammation de cet ordre.
Alors que des feux d'ampleur inédite peuvent se déclencher à l'heure actuelle sur l'ensemble de la planète, les soldats du feu réunionnais appellent à se montrer particulièrement vigilants sur une zone de l'île : celle de la forêt de l'Étang-Salé.
"C'est une zone sèche, soumise aux alizés. On y trouve beaucoup d'eucalyptus qui sont facilement inflammables. Il pourrait y avoir de gros départs alimentés par le vent", pose le lieutenant-colonel Pothin. Ces flammes, si elles se déclenchent, pourraient ensuite se propager facilement aux maisons des Avirons et de l'Étang-Salé-les-Hauts. Ce qui mettrait à rude épreuve les pompiers.
- Des retenues collinaires presque à sec -
D'une manière plus globale, ce sont les conditions de travail de ces professionnels qui sont rendues plus difficiles par le dérèglement climatique à l'œuvre sur l'île. Notamment avec l'allongement progressif de la saison sèche. "Il apparaît probable qu'à l'avenir, la saison sèche soit plus déficitaire et que le début de la saison des pluies soit retardé, ce qui a tendance à accroître la probabilité d'assèchement des sols et de la végétation, et donc le risque de feux de forêts", analyse Laurent Labbé.
Une autre problématique en découle, celle qui touche des retenues collinaires presque à sec. "Il y a un manque de ressources en eau et les retenues collinaires de la Plaine des Cafres, par exemple, sont presque vides. En cas d'incendie dans les Hauts, on va s'alimenter là-bas. Si on ne peut pas le faire, il va falloir faire venir l'eau depuis le littoral", affirme le lieutenant-colonel Pothin.
Une situation critique que le Sdis préfère éviter en appelant les Réunionnais à davantage de prudence. Notamment en faisant évoluer leurs pratiques à risque, comme l'écobuage. "Beaucoup de gens continuent à brûler leurs déchets même si un arrêté préfectoral l'interdit. Avant, le sol était plus humide et c'était moins gênant. Mais, maintenant, cela peut provoquer des départs d'incendie très vite." Un cas de figure illustré par un feu qui a touché une partie de La Montagne en 2024 après qu'une dame âgée a voulu s'essayer à l'écobuage.
- La question des renforts -
Sur l'île, les moyens humains et matériels, notamment l'avion Dash, qui peut embarquer du produit retardant, sont présents pour faire face aux crises. Mais en cas de scénario inédit, la donne serait différente. "Nous avons ce qu'il faut pour faire face à un gros sinistre. Mais le problème risque de se poser en cas de feux simultanés qui font chacun 250 ou 300 hectares. Là, il nous faudrait demander des renforts." Renforts qui n'arriveraient alors pas avant 36 heures sur l'île.
Au vu du déroulement de la saison estivale en France et en Europe, la possibilité de voir des incendies majeurs apparaître en même temps devient de moins en moins improbable. Charge désormais aux autorités locales et nationales d'agir en conséquence pour favoriser localement la prévention auprès du public et anticiper les ressources humaines et matérielles nécessaires à la lutte contre ces impressionnants brasiers.
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