Il a défié l'Etat marocain pendant plus de six mois

Maroc: fin de cavale pour le leader de la contestation dans le Rif

  • PubliĂ© le 30 mai 2017 Ă  04:28
Manifestation dans les rues de Al-HoceĂŻma, le 28 mai 2017

En cavale depuis deux jours, le leader de la contestation populaire dans le nord du Maroc Nasser Zefzafi a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© lundi aprĂšs avoir dĂ©fiĂ© l'Etat pendant plus de six mois. Nasser Zefzafi a Ă©tĂ© interpellĂ© au petit matin "en compagnie d'autres individus", et transfĂ©rĂ© dans la foulĂ©e Ă  Casablanca, selon le parquet d'Al-HoceĂŻma (nord), qui n'a pas prĂ©cisĂ© les circonstances exactes de l'arrestation.



M. Zefzafi Ă©tait recherchĂ© depuis vendredi soir par la justice pour avoir interrompu le prĂȘche d'un imam Ă  la mosquĂ©e Mohammed V, la principale de la ville d'Al-HoceĂŻma. Il Ă©tait accusĂ© d'avoir "insultĂ© le prĂ©dicateur", "prononcĂ© un discours provocateur" et "semĂ© le trouble". Il fait dĂ©sormais, avec les personnes qui l'accompagnaient au moment de son arrestation, l'objet d'une enquĂȘte pour "atteinte Ă  la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure de l'Etat et d'autres actes constituant des crimes en vertu de la loi", a prĂ©cisĂ© le procureur.

Ce chĂŽmeur de 39 ans Ă©tait devenu ces derniers mois le visage du mouvement populaire, le "hirak" (la mouvance), qui secoue la rĂ©gion du Rif oĂč la mort en octobre 2016 d'un vendeur de poisson, broyĂ© accidentellement dans une benne Ă  ordures, avait suscitĂ© l'indignation. Au fil des mois, la contestation, menĂ©e par un petit groupe d'activistes locaux derriĂšre Zefzafi, a pris une tournure plus sociale et politique, pour exiger le dĂ©veloppement du Rif, - marginalisĂ© selon eux - dans un discours identitaire teintĂ© de conservatisme et de rĂ©fĂ©rences islamiques.

Dans ses harangues enflammées diffusées sur Facebook, Zefzafi n'a eu de cesse de s'en prendre au pouvoir, dénonçant la "dictature", "la corruption" ou encore la "répression" de "l'Etat policier". Il tenait ainsi d'innombrables "conférences de presse" en direct sur les réseaux sociaux, dans les rues de sa ville ou depuis le salon familial, sous les couleurs du drapeau rouge et blanc de l'éphémÚre république du Rif des années 1920 et le portrait de son fondateur Abdelkrim el-Khattabi, vainqueur du colonisateur espagnol.

TrĂšs populaire - en particulier parmi les jeunes - dans sa ville natale d'Al-HoceĂŻma, oĂč il est parvenu Ă  mobiliser des milliers de manifestants, il Ă©tait aussi l'objet de critiques pour ses surenchĂšres, ses propos parfois trĂšs violents et la maniĂšre dont il a Ă©cartĂ© plusieurs partisans du mouvement. En rĂ©ponse Ă  la contestation, l'Etat - Ă  grand renfort de visites ministĂ©rielles et annonces officielles -, avait relancĂ© ces derniĂšres semaines tout un catalogue de projets de dĂ©veloppement pour la rĂ©gion, Ă©rigĂ©e en "prioritĂ© stratĂ©gique", tout en disant vouloir "favoriser la culture du dialogue".

- 'Nous sommes tous Zefzafi' -

Vendredi, Zefzafi avait interrompu le prĂȘche de l'imam Ă  la mosquĂ©e Mohammed V. "Est-ce que les mosquĂ©es sont faites pour Dieu ou le makhzen (pouvoir, ndlr)?" s'Ă©tait-il notamment Ă©criĂ©, selon une vidĂ©o montrant l'incident. Zefzafi avait pu Ă©chapper vendredi Ă  des policiers venus l'interpeller Ă  la sortie de la mosquĂ©e, avant de se rĂ©fugier sur le toit du domicile familial, et de disparaĂźtre dans la nature, diffusant au passage une vidĂ©o dans laquelle il a appelĂ© la population Ă  "marcher Ă  ses cĂŽtĂ©s" de façon "pacifique".

La police a procédé depuis lors à 40 arrestations, visant essentiellement le noyau dur du "hirak", selon un dernier décompte officiel publié lundi soir. 25 d'entre elles ont été déférés devant le parquet. De son cÎté, l'Association marocaine des droits humains (AMDH) a dit avoir identifié une cinquantaine de détenus, alors que "le nombre des interpellés ne cesse d'augmenter" et a dépassé 70 dans toute la province.

L'association a appelé les autorités à "respecter les droits et les libertés des citoyens", et a mis en garde l'Etat sur les "conséquences de cette approche répressive" face à des "manifestations pacifiques" et "des demandes légitimes de la population". Lundi soir tard, aprÚs une journée calme, plus de 2.000 manifestants sont descendus dans les rues d'Al-Hoceïma, aux cris de "nous sommes tous Zefzafi", beaucoup brandissant le portrait de leur champion, a-t-on constaté. Le rassemblement a duré prÚs d'une heure dans le quartier de Sidi Abed, non loin du centre-ville bouclé par les cordons de forces anti-émeute. Il s'est achevé sans incident peu avant minuit, alors que les manifestants n'ont cessé de clamer le caractÚre "pacifique" de leur mouvement.

Vendredi et samedi soir, des heurts nocturnes avaient éclaté à Al-Hoceïma, et dans d'autres localités de la province.

AFP

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