Mercosur : hourras et émotion des agriculteurs devant le Parlement européen

  • Publié le 21 janvier 2026 à 19:12
  • Actualisé le 22 janvier 2026 à 05:12
Des agriculteurs manifestent devant le Parlement européen à Strasbourg le 21 janvier 2026

Des yeux brillant d'émotion, des hourras: des centaines d'agriculteurs ont laissé éclaté leur joie mercredi devant le Parlement européen à Strasbourg après le vote des eurodéputés visant à saisir la justice sur l'accord commercial signé avec le Mercosur.

"C'est un peu l'euphorie", résume Romain Blanchard, 44 ans, qui produit du vin et des céréales dans les Bouches-du-Rhône.

"On s'est battus et ça a marché ! Ça montre qu'il ne faut jamais baisser les bras", renchérit Sébastien Bertin, maraîcher de 32 ans, qui se dit "heureux".

A seulement dix voix près, les eurodéputés ont accédé à leur demande de solliciter la Cour de justice de l'Union européenne.

"Ça s'est joué à pas grand-chose", reconnaît M. Blanchard, visiblement éprouvé par la mobilisation. "On a fait neuf heures de route, on laisse nos fermes, nos familles pour être là", raconte l'agriculteur.

Mercredi matin, dans l'attente du vote, des enfants faisaient la course sur leurs tracteurs modèle réduit tandis que leurs parents se réchauffaient en buvant un verre de vin chaud.

Un calme soudain rompu par des cris de joie et des coups de klaxon à l'annonce du résultat du vote.

"Nous avons gagné avec 344 voix contre 324!" s'exclame au micro Hervé Lapie, secrétaire général de la FNSEA, premier syndicat agricole national, qui avait initié la mobilisation.

"OUAIIIIIS!" lui répondent les manifestants dans un tonnerre d'applaudissements. "C'est une victoire syndicale énorme, bravo!", hurle M. Lapie, visiblement ému.

- "Fiers" -

"Putain je suis content!!", exulte à ses côtés sur le podium Quentin Le Guillous, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs. "Ce soir, je rentre, je fais la bise à tout le monde et je vais dire à mes gamins +je l'ai eue, on l'a eue, on peut être fiers!+"

L'excitation retombée, le syndicaliste se félicite que les manifestants aient "réussi à se faire entendre": "ça va faire du bien au moral des agriculteurs", qui "s'étaient unis" dans ce combat.

Plus de 5.000 manifestants de toute l'Europe, notamment France, Italie et Belgique, étaient arrivés mardi devant le Parlement, à bord de centaines de tracteurs faisant retentir leurs klaxons.

Ils avaient laissé éclater leur colère contre Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, huée par la foule et caricaturée sur des banderoles.

Les manifestants l'accusent d'avoir sacrifié l'agriculture européenne en signant samedi au Paraguay l'accord commercial avec le Mercosur, qui crée l'une des plus grandes zones de libre-échange au monde entre l'UE, le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay.

Ce traité doit permettre à l'UE d'exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux vers l'Amérique latine tout en facilitant l'entrée en Europe de viande bovine, volailles, sucre, riz, miel et soja sud-américains, ce que les agriculteurs voient d'un très mauvais oeil.

Alice Avisse, 52 ans, agricultrice en polyculture dans l'Oise, redoute "des importations excessives qui vont venir déstabiliser notre marché parce que ce n'est pas le même prix, pas les mêmes conditions de production" qu'en Europe.

Le vote de mercredi était une "victoire compliquée à obtenir" et "ce n'est qu'une petite bataille pour une grande guerre", relativise la quinquagénaire. Elle espère maintenant "qu'on renégocie les termes" de cet accord.

La saisine de la justice bloque en théorie l'entrée en vigueur de l'accord commercial pendant plusieurs mois. Dans l'intervalle, la Commission européenne a toutefois la possibilité de l'appliquer à titre provisoire si elle le souhaite.

Malgré sa "grande satisfaction", Christophe Chambon, secrétaire général adjoint de la FNSEA, souligne que "c'est un début de victoire. Et nous allons continuer maintenant de mener ce combat" pour "voir disparaître" cet accord commercial "qui va vraiment contre l'agriculture française et contre l'alimentation".

 AFP

guest
2 Commentaires
GHERARDI
GHERARDI
2 mois

LES NOUVELLES DE LA TERRE Pour le droit à l’alimentation, La Terre s’engage avec des centaines d’organisations en Europe
Alors que le droit à l’alimentation est défini et reconnu dans les conventions internationales, ni en Europe, ni en France, il n’est inscrit dans la loi ou la Constitution. Pourtant, se nourrir et accéder à une alimentation adéquate, de qualité, saine et en quantité est un besoin essentiel, existentiel. Un droit fondamental.

Dans ce monde dominé par un capitalisme guerrier et prédateur, les agriculteurs sont acculés dans une logique de production et des pratiques de production de haut rendement, à bas coût pour accroître la rentabilité de l’agrobusiness, des l’agrochimie, de l'agroalimentaire, de la grande distribution…

D’un côté, 9 millions de personnes en France font appel à l’aide alimentaire, de l’autre, 18% des agriculteurs vivent sous le seuil de pauvreté. Et, de plus en plus, les agriculteurs ne travaillent plus à nourrir la population mais à produire de manière intensive, industrialisée, des matières premières agricoles et des denrées destinées à l'exportation et aux marchés mondiaux…

Le 22 avril dernier, le Conseil Économique, Social et Environnemental publiait un rapport dont le titre - « Permettre à tous de bénéficier d’une alimentation de qualité et en quantité suffisante » - constitue en soi tout un programme et autant d’objet de lutte et de droit à conquérir et garantir.

Pour La Terre, l’alimentation, de la terre à l’assiette, peut devenir une Grande Cause Populaire, un combat fédérateur et transformateur de la société. Pour y contribuer La Terre s’engage aux côtés de 275 organisations des pays membres de l’Union européenne pour obtenir 1 million de signature pour que l’Union européenne garantisse le droit à l’alimentation l’alimentation de manière systémique et promouvoir des systèmes alimentaires sains, justes, humains et durables pour les générations actuelles et futures. Pour participer, lire ci-dessousInitiative citoyenne européenne

Faites de l'alimentation un droit en Europe
­
Signez la pétition "L’alimentation est un droit humain pour toutes et tous! Garantir des systèmes alimentaires sains, justes et durables". Si cette Initiative citoyenne européenne pour le droit à l’alimentation aboutit, elle pourrait permettre de faire de ce droit une réalité concrète en Europe. Et donc garantir à tout le monde un accès digne à une alimentation choisie, saine et durable, produite dans le respect des paysan·nes.

­
Je signe
­

Man974
Man974
2 mois

Il est très étonnant qu'Imaz Press ne mentionne pas que cette saisine "anti-Mercosur" a été à l'initiative du groupe de la Gauche au Parlement européen et de sa présidente, eurodéputée La France Insoumise, Manon Aubry.
Interview de Manon Aubry : https://www.youtube.com/watch?v=gjDQ5tt1CIE