Chambre des députés

Mexique : deux personnes transgenres font leur entrĂ©e au Parlement

  • PubliĂ© le 30 juin 2021 Ă  10:01
  • ActualisĂ© le 30 juin 2021 Ă  10:29
La députée élue Maria Clemente Garcia (c), l'une des premiÚres personnes transgenres à entrer le 1er septembre prochain au parlement mexicain, le 25 juin 2021 à Mexico

Salma, coiffeuse de profession et Maria, chauffeur de taxi, ont en commun d'ĂȘtre les premiĂšres personnes transgenres qui entreront Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©s du Mexique le 1er septembre aprĂšs 30 ans de lutte.

Salma LuĂ©vano dĂ©fend sa cause avec acharnement. Ce qui lui a valu d'ĂȘtre dĂ©tenue arbitrairement par la police de la ville conservatrice d'Aguascalientes (centre) au dĂ©but des annĂ©es 1990, pour "attentat Ă  la pudeur". Car, au grand dam des policiers qui accoururent toutes sirĂšnes hurlantes, Salma, alors ĂągĂ©e de 17 ans, portait des vĂȘtements fĂ©minins.

Au CongrÚs mexicain, elle espÚre utiliser son expérience -notamment les 36 heures passées en garde à vue à la suite de cet incident- pour améliorer la situation de la communauté LGBT dans son pays. "C'est un grand message pour notre population qui a été discriminée pendant des décennies", confie à l'AFP Salma, 52 ans. Il symbolise "la dignité qui nous était historiquement due", ajoute cette avocate en formation.

Au cours des trois derniÚres décennies, elle s'est battue pour la diversité sexuelle, obligeant ainsi les partis à inclure des membres de la communauté LGBT dans leurs listes de candidats aux élections du 6 juin.

- Secteur vulnérable -

DiplÎmée en administration des affaires et étudiante en littérature, Maria Clemente Garcia, n'a cependant pas pu travailler en raison, dit-elle, de la discrimination dont elle a souffert.

Jusqu'à récemment, cette militante de gauche gagnait sa vie comme chauffeur de taxi à Mexico. "C'est historique", se félicite Maria (36 ans) "car pour le secteur le plus vulnérable de la population de la diversité sexuelle, il est normal que les femmes trans, fassent partie du processus décisionnel du pays". Mais la situation est problématique.

En raison des violences dont elles sont victimes, l'espérance de vie des personnes transgenres au Mexique est de 35 ans, selon la Commission interaméricaine des droits de l'homme, contre 77 pour l'ensemble de la population.

En nombre de victimes, c'est le deuxiÚme pays le plus meurtrier pour les personnes transgenres aprÚs le Brésil, selon les ONG Letra S et Transgender Europe. En 2020, 43 "transféminicides" ont été enregistrés au Mexique, sur 79 meurtres de personnes LGBT, contre 117 en 2019, une baisse que Letra S attribue aux restrictions dues à la pandémie de Covid-19.

En tant que parlementaire, Maria propose de modifier le premier article de la Constitution, qui interdit la discrimination fondĂ©e sur la "prĂ©fĂ©rence sexuelle" - car il s'agit d'une "idĂ©e fausse" - pour en faire une "orientation, identitĂ© et expression sexuelles". Elle fera Ă©galement pression pour la crĂ©ation de la premiĂšre clinique complĂšte pour les personnes transgenres dans la capitale. "Nous ne sommes pas les Ă©gaux des gays ou des lesbiennes, nous ne vivons pas de la mĂȘme maniĂšre et parfois nous sommes mĂȘme en retard dans les revendications", dit-elle.

À son tour, Salma souhaite Ă©tendre le droit Ă  la diversitĂ© des genres afin de rĂ©duire l'"extrĂȘme pauvretĂ©" qui touche les personnes transgenres, privĂ©es d'opportunitĂ© professionnelles. Cette garantie, qui permet un changement de nom et de sexe sur les documents officiels, est reconnue dans 13 des 32 États du Mexique.

- La lutte n'est pas terminée -

Le 6 juin, la candidate transgenre Fernanda Félix a également été élue députée suppléante du Movimiento Ciudadano (social-démocrate). Jusqu'à présent, une seule femme transgenre, Rubí Araujo, avait remporté un mandat au Mexique en tant que conseillÚre municipale de la municipalité de Guanajuato (centre) en 2016.

Plus de 100 candidats de la communauté LGBT, dont une quarantaine de candidats transgenres, ont participé aux derniÚres élections législatives et locales. "D'abord les hommes gays, puis les femmes lesbiennes ont eu des espaces de représentation. Il y a désormais une plus grande visibilité pour les trans. Il était juste que cela se traduise dans les espaces législatifs", dit Alejandro Brito, directeur de Letra S.

Mais la lutte n'est pas terminée, affirme María Clemente García. "Nous devons canaliser les efforts pour dépasser le stade anecdotique de seulement deux députés transgenres au Parlement.

AFP

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