QuatriÚme étape de son voyage au Mexique, le pape François se rend mardi à Morelia, capitale de l'Etat de Michoacan (ouest), une région déchirée par les violences de cartels pseudo-religieux, qui ont poussé des paysans à former des milices d'autodéfense.
Le souverain pontife y dirigera une messe devant des prĂȘtres et religieuses puis visitera sa majestueuse cathĂ©drale du 17e siĂšcle, avant une rencontre avec des jeunes dans un stade.
Morelia s'est transformée en forteresse pour la venue de François, avec le déploiement de nombreux policiers et militaires.
Dans les rues à l'architecture coloniale, des stands proposent toutes sortes de souvenirs à l'effigie du pape, tandis que certains fidÚles campent prÚs de la cathédrale.
"On verra si sa visite calmera les choses trÚs laides qui se passent ici, la violence (...), les enlÚvements, les assassinats, les vols", commente Ana Maria Campos, une habitante de 58 ans venue acheter des petits drapeaux célébrant la visite papale.
Le pape devrait exhorter la jeunesse Ă refuser la violence des cartels, et inviter de nouveau les prĂȘtres Ă plus d'action dans cet Etat oĂč les groupes criminels ont menĂ© certaines de leurs actions les plus spectaculaires.
- Narcotrafic et 'justice divine' -
PrĂšs de la cathĂ©drale oĂč le pape dirigera mardi matin une messe, une grenade avait explosĂ© en septembre 2008 durant une fĂȘte nationale, faisant huit morts et 100 blessĂ©s, un attentat jamais revendiquĂ©.
Deux ans plus tĂŽt, le cartel de La Familia Michoacana y avait acquis une sinistre notoriĂ©tĂ© en faisant rouler cinq tĂȘtes dĂ©capitĂ©es sur la piste de danse d'une discothĂšque, accompagnĂ©es d'un message promettant la "justice divine".
Fondateur de ce cartel, le mystique Nazario Moreno Gonzalez, alias "El Chayo", avait rédigé sa propre bible, mélange de critique sociale et de prétendues leçons de sagesse, employant une rhétorique inspirée du christianisme.
Moreno, qui interdisait aux membres de son cartel de boire de l'alcool, avait mĂȘme donnĂ© naissance Ă un culte aprĂšs l'annonce erronĂ©e de sa mort par les autoritĂ©s Ă la suite d'une fusillade en 2010.
Faussement ressuscitĂ©, "San Nazario", reprĂ©sentĂ© en chevalier Ă la tunique blanche, croix rouge des templiers sur la poitrine et Ă©pĂ©e Ă la main, a fini par ĂȘtre abattu en 2014 par les autoritĂ©s.
D'autres cartels pseudo-religieux sont toutefois apparus dans son sillage dont les redoutables "Chevaliers du Temple" qui, sous prĂ©texte de lutter contre l'"envahisseur" tel que le cartel des Zetas, ont terrorisĂ© la population et mĂȘme les hommes d'Ă©glise.
En 2013, les autoritĂ©s ont dĂ» fournir une escorte policiĂšre Ă un Ă©vĂȘque menacĂ© de mort. A Apatzingan, ancien fief du cartel, un prĂȘtre portait un gilet pare-balles durant les messes. ExaspĂ©rĂ©s par l'impunitĂ© de ces bandes criminelles, des paysans ont formĂ© des groupes d'autodĂ©fense.
"Nous avons dĂ» faire le boulot, mĂȘme si ce n'Ă©tait pas Ă nous de le faire", explique Ă l'AFP Hipolito Mora, ex-leader d'une milice d'autodĂ©fense et producteur de citron vert dans cette rĂ©gion agricole fertile connue sous le nom de "Tierra Caliente" ("Terre chaude").
Les principaux dirigeants de ce cartel ont fini par ĂȘtre tuĂ©s ou arrĂȘtĂ©s lors d'opĂ©rations menĂ©es par les forces de l'ordre et ces civils armĂ©s. Ces derniers ont Ă©tĂ© peu Ă peu intĂ©grĂ©s dans la police.
"Le rÎle des groupe d'autodéfense est terminé", affirmait le gouverneur Silvano Auroles une semaine avant la visite du pape.
Mais de nouveaux cartels plus petits se sont formés et opÚrent dans la région telle La Nueva Familia ("La Nouvelle famille").
Quant aux groupes d'autodéfense, certains sont encore actifs, selon Mora, et "infiltrés par des anciens membres des Chevaliers du Temple".
"Espérons que le gouvernement fasse bien le travail, et que nous n'ayons pas à nous armer à nouveau", conclut-il.
Par Veronique DUPONT - © 2016 AFP




