AprÚs des aveux retentissants et des auditions spectaculaires au CongrÚs, Michael Cohen, l'ex-avocat personnel de Donald Trump, est parti lundi en prison, pour purger une peine de trois ans qu'il juge injuste, lui qui assure n'avoir fait qu'exécuter les ordres du président américain.
"Il reste encore beaucoup de choses Ă dire", a affirmĂ© celui qui est devenu ces derniers mois l'ennemi jurĂ© du prĂ©sident amĂ©ricain, en sortant de son domicile de Manhattan, juste avant de partir pour le pĂ©nitencier d'Otisville, Ă une centaine de kilomĂštres au nord-ouest de New York. "J'ai hĂąte d'arriver au jour oĂč je pourrais partager la vĂ©ritĂ©", a ajoutĂ© celui qui, lors d'une audience spectaculaire devant le CongrĂšs en fĂ©vrier, a accusĂ© Donald Trump d'ĂȘtre "un menteur" et un "escroc".
Michael Cohen a été condamné à trois ans de prison en décembre dernier, aprÚs avoir reconnu avoir acheté le silence de deux ex-maßtresses présumées de Trump pendant la campagne 2016 - en violation des lois électorales -, avoir fraudé sur ses impÎts et avoir menti au CongrÚs.
PĂšre de deux enfants d'une vingtaine d'annĂ©es, il avait espĂ©rĂ© jusqu'au dernier moment une rĂ©duction de peine, offrant aux enquĂȘteurs des informations potentiellement compromettantes sur Donald Trump et ses proches, notamment dans le cadre de l'enquĂȘte russe, pour qu'ils demandent au juge de rĂ©duire sa sentence.
En vain: mĂȘme si l'ex-avocat est citĂ© une centaine de fois dans le fameux rapport Mueller sur l'enquĂȘte russe, si certaines de ses rĂ©vĂ©lations ont dĂ©clenchĂ© l'ouverture de nouvelles enquĂȘtes, les procureurs n'ont pas bougĂ©.
- "Pourquoi moi?"
Ce fils d'un rescapé de l'Holocauste et d'une infirmiÚre se retrouve ainsi l'un des deux seuls proches du président incarcérés pour une durée substantielle, avec Paul Manafort, ex-directeur de campagne de Trump, condamné à sept ans et demi de prison.
Une injustice totale, selon Michael Cohen, qui travailla 10 ans pour la Trump Organization et assure que tous ses actes répréhensibles ont été commis "à la demande" du magnat new-yorkais, qu'il traite désormais d'homme "sans ùme", capable de vouloir garder le pouvoir s'il perdait la présidentielle en 2020.
"Comment se fait-il que je sois seul (incarcĂ©rĂ©)?", dĂ©clarait-il rĂ©cemment au magazine New Yorker. "Je n'ai pas travaillĂ© pour l'Ă©quipe de campagne, j'ai travaillĂ© pour lui. Pourquoi est-ce moi qui vais en prison? Ce n'est pas moi qui ai couchĂ© avec une star du porno". Pour le prĂ©sident amĂ©ricain et ses alliĂ©s, l'incarcĂ©ration de Michael Cohen, dont les rĂ©vĂ©lations ont tenu les mĂ©dias amĂ©ricains et la Maison Blanche en haleine pendant des mois, a un goĂ»t de revanche. Donald Trump l'a qualifiĂ© de "faible" et de "rat", prĂȘt Ă tous les mensonges pour Ă©viter la prison.
- Ultimes déclarations -
Michael Cohen, désormais radié du barreau et à court d'argent, n'a cependant pas dit son dernier mot: il a évoqué devant le CongrÚs la possibilité d'écrire un livre et de faire adapter ses expériences à l'écran. Il suivrait ainsi l'exemple de John Dean, ex-avocat de Richard Nixon qui plaida coupable d'avoir acheté le silence des cambrioleurs dans l'affaire du Watergate, avant d'écrire plusieurs livres sur ses expériences.
Les conditions de dĂ©tention d'Otisville devraient lui permettre de se consacrer au moins en partie Ă de tels projets. Il devrait ĂȘtre dĂ©tenu dans le quartier basse-sĂ©curitĂ© du pĂ©nitencier, surnommĂ© "le camp", oĂč sont dĂ©tenus les prisonniers considĂ©rĂ©s comme non dangereux, y compris de nombreux "dĂ©linquants Ă col blanc" comme lui. Otisville est souvent demandĂ© par les juifs pratiquants, car on peut y manger casher et marquer le shabbat.
BibliothÚques, terrains de basket et de tennis font partie des distractions des quelque 120 détenus de cette aile, aux combinaisons kakis, selon un récent guide des prisons fédérales américaines. Michael Cohen peut-il espérer sortir plus vite pour bonne conduite?
"Au mieux, il peut espérer une réduction de 15%" - soit quelque cinq mois de moins - explique Harlan Protass, avocat spécialiste en droit pénal. Et "il passera probablement les six derniers mois de sa sentence dans un établissement correctionnel de transition", dans des conditions de semi-liberté.
AFP

