La Pologne a alertĂ© sur une recrudescence des tentatives de passage illĂ©gal de sa frontiĂšre et repousse les migrants vers le BĂ©larus, taxant ce pays de "terrorisme d'Ătat" Ă la source d'une nouvelle crise des migrants en Europe.
L'inquiĂ©tude grandit autour du sort de plus de 2.000 migrants, principalement des Kurdes irakiens, qui sont bloquĂ©s Ă la frontiĂšre. Au point que le Conseil de SĂ©curitĂ© de l'ONU se rĂ©unira d'urgence Ă ce sujet jeudi, Ă la demande de la France, de l'Irlande et de l'Estonie. "De telles situations ne devraient pas ĂȘtre utilisĂ©es pour des motifs politiques et devenir une cause de tensions entre Etats", a quant Ă lui dĂ©clarĂ© le porte-parole des Nations unies StĂ©phane Dujarric.
Les EuropĂ©ens accusent depuis des semaines le prĂ©sident bĂ©larusse Alexandre Loukachenko d'alimenter la crise en dĂ©livrant des visas Ă des migrants et en les acheminant Ă la frontiĂšre pour se venger de sanctions europĂ©ennes. "Il est clair que ce Ă quoi nous sommes confrontĂ©s ici, c'est Ă une manifestation de terrorisme d'Ătat", a dĂ©clarĂ© le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki au cours d'une confĂ©rence de presse commune avec le prĂ©sident du Conseil europĂ©en Charles Michel.
De son cÎté, M. Michel a signalé que "des sanctions éventuelles (contre le Bélarus) étaient à nouveau sur la table".
La cheffe de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a pour sa part dit qu'elle s'attendait à "un élargissement des sanctions" au début de la semaine prochaine. "C'est une tentative d'un régime autoritaire d'essayer de déstabiliser ses voisins démocratiques. Cela ne réussira pas", a-t-elle mis en garde, à l'issue d'une rencontre avec le président américain Joe Biden à Washington.
- SirÚnes et hélicoptÚres -
Les migrants essaient de traverser la frontiĂšre depuis des mois, mais la crise s'est aggravĂ©e quand des centaines d'entre eux ont fait lundi une tentative commune de la franchir, avant d'ĂȘtre repoussĂ©s par les gardes-frontiĂšres polonais. Ils ont Ă©tabli un camp Ă la frontiĂšre, s'abritant dans des tentes et brĂ»lant du bois provenant des forĂȘts pour se rĂ©chauffer, bloquĂ©s derriĂšre des fils barbelĂ©s.
L'accĂšs au site est interdit, mais des journalistes de l'AFP ont vu dans la ville polonaise voisine de Sokolka des patrouilles arrĂȘtant les vĂ©hicules pour vĂ©rifier s'ils transportaient des migrants. "Les habitants ici sont soumis Ă un stress constant", a dĂ©clarĂ© Ă l'AFP Piotr Romanowicz, le maire adjoint de Sokolka.
Izabela Korecka, 38 ans, qui se promenait dans le centre-ville avec ses filles, a reconnu se sentir "tendue". "Nous entendons tout le temps les sirÚnes et les hélicoptÚres", a-t-elle raconté. Les autorités polonaises ont interdit aux journalistes et aux organisations caritatives de se rendre dans la zone jouxtant immédiatement la frontiÚre, en vertu des rÚgles de l'état d'urgence qu'elles y ont proclamé.
- Etat désespéré -
Varsovie a dĂ©ployĂ© 15.000 soldats sur place ainsi que des policiers et des gardes-frontiĂšres, accusant le BĂ©larus de recourir Ă l'intimidation pour forcer les migrants Ă entrer sur le territoire polonais. Minsk accuse Ă son tour la Pologne de violer les normes internationales en bloquant les migrants et en les repoussant avec violence. Dans une rue secondaire de Sokolka, Anna Chmielewska, une bĂ©nĂ©vole de la Fondation Ocalenie (Salut), fait le tri dans un garage rempli de dons de nourriture et de vĂȘtements destinĂ©s aux migrants.
"Nous sommes ici, prĂȘts Ă aider, mais nous ne pouvons rien" faire, regrette-t-elle, expliquant que les bĂ©nĂ©voles ne peuvent aider que les ceux qui parviennent Ă traverser la zone frontaliĂšre. Kyle McNally, un conseiller en affaires humanitaires chez MĂ©decins sans frontiĂšres, qui a rencontrĂ© des migrants du cĂŽtĂ© bĂ©larusse, a demandĂ© un "accĂšs sans entrave" Ă ces derniers. "Les personnes avec lesquelles nous avons parlĂ© et que nous avons vues sont vraiment dans un Ă©tat dĂ©sespĂ©rĂ© et la situation empire de jour en jour", a-t-il dĂ©plorĂ©.
- La Russie doit "user de son influence" -
La chanceliÚre allemande Angela Merkel a appelé mercredi le principal soutien de M. Loukachenko, le président russe Vladimir Poutine, lui demandant d'"user de son influence" auprÚs du Bélarus pour mettre fin à ce qu'elle a qualifié d'instrumentalisation "inhumaine" des migrants.
Mais Minsk et la Russie ont répondu que les Occidentaux devaient plutÎt s'occuper des flux de migrants provoqués par leurs interventions militaires au Moyen-Orient.
Selon le Kremlin, il est "irresponsable" de la part de la Pologne de blĂąmer Vladimir Poutine pour la crise.
En visite à Moscou mercredi, le chef de la diplomatie bélarusse, Vladimir Makeï, a soutenu que Bruxelles avait déclenché cette crise en tant que "prétexte" pour imposer de nouvelles sanctions à Minsk. Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a accusé les Occidentaux de monter une "campagne antibélarusse", assurant que la Russie et le Bélarus avaient "étroitement coordonné leurs approches" pour la contrer.
Ces derniers mois, des milliers de migrants ont traversĂ© ou tentĂ© de traverser le BĂ©larus pour se rendre dans les Ătats membres orientaux de l'UE que sont la Lettonie, la Lituanie et la Pologne. Au moins dix d'entre eux sont morts dans la rĂ©gion depuis le dĂ©but de la crise, selon le quotidien polonais Gazeta Wyborcza. burx-dt/sw/bds
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