Migrants: prison ferme pour neuf passeurs jugés pour un naufrage mortel dans la Manche

  • PubliĂ© le 30 juin 2025 Ă  16:08
  • ActualisĂ© le 1 juillet 2025 Ă  00:16
Des migrants se pressent sur le canot pneumatique d'un passeur pour tenter de traverser la Manche, aprÚs avoir quitté la plage de l'Ecault à Saint-Etienne-au-Mont, prÚs de Neufchùtel-Hardelot, dans le Pas-de-Calais, le 30 octobre 2024

Neuf passeurs, afghans pour la plupart, ont été condamnés lundi à Lille à sept et huit ans de prison pour un naufrage qui a coûté la vie à huit candidats à l'exil dans la Manche en décembre 2022.

Trois des prévenus, dont un Afghan en fuite jugé par défaut et désigné par les autres comme le cerveau de toute l'organisation, ont été condamnés à huit ans de prison. Les six autres ont été condamnés à sept ans.

Le tribunal est allé au-delà des peines demandées par le parquet, qui avait requis de six à huit ans d'emprisonnement.

Ces peines ont été assorties d'amendes individuelles allant de 50.000 à 100.000 euros et d'une interdiction du territoire français pour chacun, à l'issue de leur détention.

Les prĂ©venus, sept Afghans et deux Kurdes irakiens, ont Ă©tĂ© jugĂ©s du 16 au 20 juin devant la Juridiction interrĂ©gionale spĂ©cialisĂ©e (Jirs) de Lille pour "traite d'ĂȘtres humains", "homicide involontaire", "mise en danger d'autrui" ou encore "aide au sĂ©jour irrĂ©gulier".

Le tribunal dit les avoir condamnés en tenant compte de la "gravité des faits", relevant que tous les prévenus ont continué leurs activités illégales aprÚs ce désastre.

Ce naufrage est l'un des plus meurtriers survenu ces derniÚres années dans la Manche, aprÚs celui qui a fait 27 morts le 24 novembre 2021 au large de Calais, une affaire qui n'a pas encore été jugée. En septembre 2024, deux autres naufrages ont fait 20 morts au total.

Dans la nuit du 13 au 14 décembre 2022, le bateau avait embarqué autour de 47 personnes, prÚs de trois fois ce qu'il pouvait supporter.

L'embarcation était partie d'Ambleteuse (Pas-de-Calais) malgré une mer trÚs agitée et glaciale, et en dépit du fait que certains passagers avaient entendu une détonation, synonyme de crevaison, en gonflant le canot avant le départ.

- "extrĂȘmement lucratif" -

Me Dorothée Assaga défendait un Afghan de 21 ans condamné lundi à sept ans, qui a reconnu avoir convoyé des migrants depuis le camp de Loon-Plage prÚs de Dunkerque, mais a affirmé avoir agi sous la menace.

Il a "aidé au passage" mais "son objectif premier, comme la plupart des prévenus, c'est de se rendre en Grande-Bretagne, puis finalement il s'est retrouvé dans cet engrenage", a souligné Me Assaga.

Il y a une "difficultĂ© dans ce type de procĂ©dure, ce que j'appelle des procĂšs de masse, (qui) consiste en rĂ©alitĂ© Ă  tenir pour acquis un certain nombre de points qui pour la dĂ©fense doivent ĂȘtre discutĂ©s", a estimĂ© aprĂšs le dĂ©libĂ©rĂ© Me Cherifa Benmouffok, l'avocate d'un Kurde irakien considĂ©rĂ© comme le numĂ©ro trois du rĂ©seau, et condamnĂ© Ă  huit ans de prison.

Deux frÚres afghans, considérés par la justice comme les financiers occultes du réseau, ont été condamnés à sept ans de prison et à 100.000 euros d'amende chacun.

Le barreur du canot, un mineur sénégalais, a été condamné à neuf ans de prison en Grande-Bretagne, selon le parquet.

Un dixiÚme membre présumé du réseau, détenu en Belgique, sera jugé ultérieurement.

Au procĂšs, la procureure avait pointĂ© un "trafic extrĂȘmement lucratif", avec un paiement moyen de 3.500 euros par passager, pour une place sur un bateau "complĂštement inadaptĂ© Ă  la navigation en haute mer".

AprÚs une ou deux heures de traversée, un boudin a commencé à se dégonfler et l'eau à entrer dans l'embarcation. Paniqués, les passagers ont fait ployer le fond du canot et tous se sont retrouvés à l'eau, certains sans gilet de sauvetage, dans une mer à 10-11 degrés.

Quatre ont été portés disparus, quatre sont morts, dont un seul a été identifié, un Afghan.

En outre, 39 personnes originaires d'Afghanistan, Inde ou Albanie ont Ă©tĂ© repĂȘchĂ©es in extremis par les secours français et anglais.

Les plupart des prévenus sont restés impassibles à l'énoncé de leur condamnation, dont ils ont pris connaissance via des interprÚtes. Ils ont dix jours pour faire appel.

 AFP

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