"Trop c'est trop"

Mike Maignan victime de racisme, le monde du football s'indigne

  • PubliĂ© le 21 janvier 2024 Ă  14:56
  • ActualisĂ© le 21 janvier 2024 Ă  15:16
Le gardien français de l'AC Milan Mike Maignan lors du match entre l'Udinese et son équipe, comptant pour la 21e journée du Championnat d'Italie le 20 janvier 2024 à Udine

"Trop c'est trop": à l'unisson du capitaine de l'équipe de France Kylian Mbappé, le monde du football condamne dimanche les injures racistes dont a été victime Mike Maignan samedi durant le match du Championnat d'Italie entre l'Udinese et l'AC Milan.

"Tu es trĂšs loin d'ĂȘtre seul Mike Maignan. On est tous avec toi", a Ă©crit la superstar du Paris SG sur son compte X (anciennement Twitter). "Toujours les mĂȘmes problĂšmes et toujours AUCUNE solution", s'est inquiĂ©tĂ© MbappĂ©.

"Tu as tout notre soutien Mike Maignan", a ajouté la Fédération française de football sur le compte X de l'équipe de France, alors que Marcus Thuram et Antoine Griezmann avaient dÚs samedi soir apporté leur soutien à leur coéquipier.

Ce n'est pas la premiĂšre fois que Maignan est la cible d'injures racistes venues des tribunes depuis qu'il a rejoint l'AC Milan en 2021.

Le gardien de Bleus avait par le passé déjà dénoncé le comportement de tifosi de la Juve en septembre 2021, puis de ceux de Cagliari en mars 2022, mais ce qui s'est passé au Bluenergy Stadium "n'a pas sa place dans un stade", a-t-il martelé aprÚs la rencontre remportée 3 à 2 par le Milan.

"Ce sont des personnes stupides... On peut ĂȘtre sifflĂ© ou conspuĂ© par les supporters adverses quand on joue Ă  l'extĂ©rieur, c'est normal, mais ils ont imitĂ© des cris de singe", a-t-il expliquĂ©.

- "C'est comme cela qu'on doit agir" -

Maignan, 28 ans, a d'abord averti l'arbitre de la rencontre de ce qui se passait dans les tribunes derriĂšre son but Ă  la 26e minute. Puis il a dĂ©cidĂ© de quitter le terrain Ă  la 34e minute quand de nouveaux cris de singe ont retenti, malgrĂ© les appels comme le prĂ©voit l'article 62 du rĂ©glement du championnat, Ă  cesser les insultes diffusĂ©s dans le stade sous peine que le match soit dĂ©finitivement arrĂȘtĂ©.

Il a été imité par tous ses coéquipiers, qui, lorsque l'arbitre a interrompu la rencontre, ont ensuite regagné leurs vestiaires.

Un geste fort qui, espĂšre Maignan, marquera les esprits: "On doit faire comprendre Ă  l'arbitre et Ă  tout le monde que c'est comme cela qu'on doit agir".

Alors qu'il pensait initialement ne pas reprendre la rencontre ("Je ne voulais plus jouer (...) J'étais en colÚre"), Maignan était finalement sur le terrain lorsque l'arbitre a relancé la rencontre aprÚs cinq minutes d'interruption.

Il a concĂ©dĂ© deux buts mais l'AC Milan s'est finalement imposĂ© 3 Ă  2 et a fĂȘtĂ©, Maignan en tĂȘte, ce succĂšs avec ses tifosi prĂ©sents Ă  Udine.

"C'est encore plus beau de gagner comme ça, non au racisme", s'est réjoui Rafael Leao.

- "Le problĂšme est culturel" -

Les rĂ©actions ne se sont pas limitĂ©s Ă  ses coĂ©quipiers et Ă  la France, oĂč la ministre chargĂ©e de l'Ă©galitĂ© entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations Aurore BergĂ© a dĂ©crit Maignan comme "le visage de la dignitĂ©".

D'autres clubs de Serie A ont apporté leur soutien au gardien français comme le grand rival, l'Inter: "Nous sommes frÚres, contre toute forme de discrimination et à tes cÎtés".

"Il n'y a pas de place pour le racisme dans le football, nous soutenons Maignan et condamnons avec fermeté ce qu'il s'est passé à Udine", a souligné de son cÎté le président de la Fédération italienne de football, Gabriele Gravina, qui a salué la décision de l'arbitre d'interrompre le match.

Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a lui appelé à bannir de tous les stades les auteurs d'insultes racistes, ainsi qu'à instaurer une sanction "forfait automatique" pour les clubs dont les fans commettent ces méfaits.

Alors qu'elle est réguliÚrement confrontée au fléau du racisme dans les stades, comme l'ont vécu l'Ivoirien Marc-André Zoro en 2005, le Ghanéen Kevin-Prince Boateng en 2013 ou cette saison le Belge Romelu Lukaku, l'Italie est encore loin d'une telle fermeté.

La Fiorentina a ainsi été sanctionnée en novembre d'un match à huis clos avec sursis pour des chants racistes de ses supporters.

"Comment est-ce possible qu'en 2024 on entende encore des chants racistes dans un stade ? Le problÚme selon moi est culturel: je ne suis plus surpris, car dans ce pays l'ignorance triomphe et le racisme a toujours été de pair avec l'ignorance", a accusé Arrigo Sacchi, l'ancien sélectionneur italien dans une tribune publiée par la Gazzetta dello Sport qui titre en Une sur "La honte d'Udine".

 AFP

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