Justice

Mort de Cédric Chouviat: trois policiers mis en examen pour "homicide involontaire"

  • PubliĂ© le 16 juillet 2020 Ă  20:30
  • ActualisĂ© le 16 juillet 2020 Ă  20:41
La veuve de Cédric Chouviat (c) et ses enfants lors d'une marche blanche le 12 janvier 2019 à Levallois-Perret

Les juges d'instruction chargĂ©s d'enquĂȘter sur la mort de CĂ©dric Chouviat en janvier Ă  Paris ont mis en examen trois des quatre policiers prĂ©sents lors du contrĂŽle routier houleux pour "homicide involontaire", une qualification pĂ©nale trop lĂ©gĂšre pour la famille de ce livreur.

Ces trois policiers qui ont procédé physiquement à l'interpellation ont été mis en examen les 7 et 8 juillet et jeudi, a-t-on appris de source judiciaire. Ils sont placés sous contrÎle judiciaire avec une interdiction de contact avec tout ou partie de l'équipage.VUne quatriÚme membre de l'équipage, qui a filmé la scÚne l'interpellation, a été placée vendredi dernier sous le statut de témoin assisté.

CĂ©dric Chouviat, livreur de 42 ans, a fait un malaise cardiaque lors d'un contrĂŽle policier houleux le 3 janvier prĂšs de la Tour Eiffel au cours duquel il a Ă©tĂ© plaquĂ© au sol avec son casque sur la tĂȘte.

Transporté dans un état critique à l'hÎpital, il est mort le 5 janvier. D'aprÚs les premiers éléments de l'autopsie dévoilés par le parquet de Paris, les médecins ont constaté chez cet homme une asphyxie avec "fracture du larynx" ainsi qu'"un état cardiovasculaire antérieur". Une information judiciaire a été ouverte.

Plusieurs analyses ont été réalisées à la demande des juges pour comprendre les circonstances de l'interpellation. Une expertise audio dévoilée fin juin a reconstitué les douze derniÚres minutes du contrÎle routier grùce aux vidéos tournées par M. Chouviat et par la policiÚre : si l'échange est "relativement correct", selon le gendarme de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale, le livreur fait preuve d'"une forme de provocation".

L'expert relÚve que les forces de l'ordre tentent de mettre fin au contrÎle à plusieurs reprises, avant que la situation ne dégénÚre et que les policiers ne procÚdent à l'interpellation de M. Chouviat. "Durant 22 secondes", M. Chouviat "dit à plusieurs reprises +j'étouffe", selon cette expertise.

A la suite de ces révélations, les policiers ont contesté avoir entendu ces mots lors du contrÎle et se sont dits "catastrophés", d'aprÚs leurs avocats Me Thibault de Montbrial et Me Laurent-Franck Liénard.

Selon cette expertise, "la quasi-totalité" de l'échange entre Cédric Chouviat et les policiers est toutefois "compréhensible" dans les trois vidéos tournées par la fonctionnaire de police placée sous le statut de témoin assisté.

L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a elle réalisé fin février une "synthÚse" sur l'interpellation, basée entre autres sur la vidéo tournée par M. Chouviat.

Selon ce document dont a pris connaissance l'AFP, M. Chouviat "chute" au sol suite Ă  l'interpellation et annonce immĂ©diatement ne pas opposer de rĂ©sistance : "Je m'arrĂȘte.. je m'arrĂȘte. LĂąche mon casque... J'Ă©touffe !.. .J'Ă©touffe.. (...) J'Ă©touffe, j'Ă©touffe !.. J'Ă©touffe ! ..J 'Ă©touffe ...Tu verras... Tu v...".

"C'est bon, c'est bon, lùche-le", demande alors un des policiers mis en cause à un autre. "J'étouffe, j'étouffe, j'étouffe", dit encore M. Chouviat. Entre le premier et le neuviÚme "j'étouffe", treize secondes, d'aprÚs cette synthÚse.

D'aprÚs une source proche du dossier, une reconstitution sonore "in situ" prévue prochainement doit permettre de déterminer si les policiers pouvaient entendre ces mots de M. Chouviat. Une expertise médicale doit aussi préciser l'état cardio-vasculaire de M. Chouviat.

- "Coups volontaires" -

Dans un communiqué, la famille de Cédric Chouviat s'est dite "soulagée" de la mise en examen des policiers dans cette affaire qui incarne le débat français sur les violences policiÚres, au cÎté de celle d'Adama Traoré, un jeune homme noir mort à l'été 2016 aprÚs son interpellation par des gendarmes.

Pour sa famille, ce sont toutefois "des coups volontaires qui ont entraßné la mort de Cédric Chouviat" et non un "homicide involontaire".

Dans le code pénal, ce dernier est un délit, passible du tribunal correctionnel, alors que les violences volontaires ayant entraßné la mort sans intention de la donner, la qualification pénale souhaitée par la famille, constituent un crime, passible de la cour d'assises. La famille a réitéré jeudi sa demande de "suspension des fonctionnaires de police".

Quelques jours aprÚs les faits, l'ex-ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait annoncé que "toutes les sanctions nécessaires" seraient prises en cas de "fautes caractérisées", soulignant les "questions légitimes" posées par l'autopsie.

Depuis, le débat autour des violences policiÚres a trouvé un trÚs fort écho dans le monde à la suite de la mort fin mai aux Etats-Unis de George Floyd. M. Castaner a annoncé l'abandon prochain de la technique dite de la "clé d'étranglement", comme le réclame la famille Chouviat. Son successeur place Beauvau, Gérald Darmanin, n'est pas revenu sur cette annonce.

AFP

guest
0 Commentaires