Cinéma

Mostra de Venise: Steve Bannon et Anders Breivik, deux visages de l'extrĂȘme droite

  • PubliĂ© le 5 septembre 2018 Ă  21:08
  • ActualisĂ© le 5 septembre 2018 Ă  23:31
Photo archive du 22 mai 2018 montrant Steve Bannon, ex-conseiller du président Donald Trump, à Prague

Un documentaire sur Steve Bannon, le sulfureux conseiller du prĂ©sident amĂ©ricain Trump, et un autre film sur les massacres d'Oslo et d'UtĂžya perpĂ©trĂ©s en 2011 par l'extrĂ©miste Anders Breivik: la Mostra de Venise a montrĂ© mercredi deux visages de l'extrĂȘme droite. PrĂ©sentĂ© hors compĂ©tition, le documentaire "American Dharma", du cinĂ©aste et journaliste amĂ©ricain Errol Morris, dĂ©crypte l'idĂ©ologie de Steve Bannon et les dangers que selon lui elle reprĂ©sente. "Je pense qu'il est important pour nous aux Etats-Unis et pour le monde de comprendre ce qui arrive et l'ignorer serait une grave erreur", a dĂ©clarĂ© Errol Morris en confĂ©rence de presse."On peut faire l'autruche, mettre la tĂȘte dans un trou et dire que le danger n'existe pas, mais le danger existe et mieux vaut comprendre sa nature", a ajoutĂ© de cinĂ©aste de 70 ans, clairement hostile aux idĂ©es de Bannon.

Son film est un dialogue basĂ© sur cinq jours d'entretiens rĂ©alisĂ©s avec le conseiller de l'ombre, dĂ©crit comme celui qui a portĂ© Donald Trump Ă  la Maison Blanche en 2016, avant d'ĂȘtre limogĂ© durant l'Ă©tĂ© 2017. "Nous allons vivre une autre crise financiĂšre, tous les gens intelligents la voit arriver", annonce Steve Bannon, 64 ans.

L'ex-conseiller stratégique à la Maison Blanche raconte comment il a rebattu les cartes d'une campagne présidentielle qui s'annonçait comme une cuisante défaite pour le "superstitieux" Donald Trump. L'ancien patron du site d'informations ultra-conservateur Breitbart explique qu'il a simplifié la campagne à une série de slogans populistes : "Construire le mur" (pour lutter contre l'immigration mexicaine), "Détruire l'Etat islamique" ou encore "Quitter l'Irak et l'Afghanistan".
Il affirme avoir pressé le président Trump de "frapper fort" dÚs son arrivée dans le bureau oval en prenant une série de mesures dont le trÚs contesté "Muslim ban", décret interdisant pour des raison de sécurité nationale les ressortissants de six pays, dont cinq à majorité musulmane, d'entrer sur le territoire américain.

- Trump 'naĂŻf' -

Steve Bannon décrit Donald Trump comme un "naïf" qui pensait "que le New York Time lui souhaiterait bonne chance aprÚs son élection"n et révÚle que c'est contre sopn avis qu'il a limogé le chef du FBI James Comey, commettant ainsi, selon Bannon, une "erreur".
"Hillary Clinton a perdu face à Trump parce qu'elle est tombée dans le piÚge, elle a fait campagne contre moi et Breitbart. Elle a prÎné une politique identitaire et nous les emplois et l'espoir", explique-t-il.
Le documentaire montre aussi comment, aprÚs son pays, Steve Bannon envisage de diffuser ses idées en Europe.
On le voit s'exprimer en France devant les militants du Front national (devenu Rassemblement national) en mars 2018 et leur disant: "Laissez-vous appeler racistes, xénophobes, portez-le comme une médaille".
Pourtant, explique Errol Morris, "si vous demandez à Bannon s'il est raciste ou antisémite, il vous dira non !"
"Il a appelé (le président français) Macron le banquier de Rothschild, intéressé seulement par l'argent, alors j'ai demandé à un ami juif professeur à Harvard ce que cela signifiait et il m'a répondu que c'était un signal trÚs clair", confie Errol Morris.

- "Un 22 juillet" -

L'extrémisme de droite dans sa forme la plus violente est au coeur de "22 July" ("Un 22 Juillet") du Britannique Paul Greengrass, présenté également mercredi, cette fois en compétition.
Le film revient sur la massacre perpĂ©trĂ© par Anders Breivik, terroriste norvĂ©gien d'extrĂȘme droite, le 22 juillet 2011. Ce jour-lĂ , il commet un attentat Ă  la bombe visant un Ă©difice gouvernemental Ă  Oslo, causant huit morts avant de tuer 69 personnes, en majoritĂ© des adolescents, dans un camp d'Ă©tĂ© de la Ligue des jeunes travaillistes de NorvĂšge sur l'Ăźle d'UtĂžya, non loin de la capitale.

"L'Europe, et l'Occident en général, sont entraßnés vers la droite et le populisme d'une maniÚre inédite depuis la Seconde Guerre mondiale", a estimé Paul Greengrass, 63 ans.
Un tendance due à la crise économique de 2008 - avec ses conséquences sur la croissance et l'emploi - et "aux peurs liées aux mouvements de population", a expliqué le réalisateur de "Bloody Sunday" (2002).

"Il y a, à l'intérieur de ce mouvement, des forces qui sont celles de la droite violente et qui m'ont amené aux événements survenus en NorvÚge", a-t-il ajouté. "Nous offrons le film avec humilité au monde comme une forme de méditation sur la façon pour nous de gagner la bataille".

Ce film fort, qui montre crûment la détermination de Breivik puis son procÚs, est tiré du livre de la journaliste Asne Seierstad et sera diffusé par Netflix en octobre.

- © 2018 AFP

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