Les forces de l'ordre ont utilisĂ© en 2018 trois Ă quatre fois plus de balles de LBD et grenades de dĂ©sencerclement que l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente, notamment lors des manifestations "gilets jaunes" oĂč les blessures graves qu'elles ont provoquĂ©es ont fait polĂ©mique, selon les chiffres de la "police des polices" (IGPN) qui n'exclut pas une rĂ©flexion sur leur usage. En 2018, les policiers ont tirĂ© 19.071 munitions de Lanceurs de balle de dĂ©fense (LBD) et lancĂ© 5.420 munitions de grenades de dĂ©sencerclement, soit des hausses de 203% (trois fois plus) et 296% (prĂšs de quatre fois) qu'en 2017 (respectivement 6.357 et 1.357 munitions), selon l'IGPN.
La "période du 17 novembre au 31 décembre représente pour les seules manifestations de +gilets jaunes+ (alors au pic de leur mobilisation, NDLR) prÚs du tiers des déclarations d'usage" du LBD et "plus de la moitié des munitions tirées", a détaillé la directrice de l'IGPN, Brigitte Jullien.
Pour la grenade de désencerclement, cette période concentre 50% de l'augmentation des usages et 72% de l'augmentation de munitions. Outre les "gilets jaunes", la période de la Coupe du Monde 2018 et du 14 juillet a aussi concouru à cette accroissement en raison des violences urbaines générées, a souligné la cheffe de l'IGPN.
L'utilisation par les forces de l'ordre de ces armes dites de force intermédiaire (AFI) est dénoncée de longue date par des collectifs et associations, qui ont dénombré 23 personnes éborgnées et cinq qui ont perdues une main lors des manifestations de "gilets jaunes".
Confrontée à cette crise sociale et d'ordre public sans précédent depuis des décennies, le gouvernement a opposé une fin de non-recevoir aux demandes d'interdiction de ces AFI. Sur ce sujet, il peut compter sur le soutien des syndicats policiers et s'appuyer sur des décisions du Conseil d'Etat en février et en avril. Il est "hors de question" d'interdire l'usage du LBD, a encore redit le secrétaire d'Etat à l'Intérieur, Laurent Nuñez, début juin.
-Réflexion sur les LBD-
Interrogée la directrice de l'IGPN, Brigitte Jullien a cependant ouvert la voie à une "réflexion" sur leur usage à moyen terme.
"On n'y Ă©chappera pas mais ce n'est pas le moment de le faire", a-t-elle dĂ©clarĂ©. "On est encore dans un moment de manifestation et de contestation qui ne permettent pas Ă la police nationale de s'arrĂȘter et de prendre du recul."
Depuis le dĂ©but des "gilets jaunes" et jusqu'Ă aujourd'hui, l'IGPN a Ă©tĂ© saisie de 265 enquĂȘtes judiciaires, dont prĂšs de 40% (105) ont Ă ce jour Ă©tĂ© transmises aux parquets. "Les parquets ne nous informent pas de leurs dĂ©cisions (?) sur les classements ou les poursuites (...) immĂ©diatement. On a demandĂ© aux procureurs de nous informer des suites judiciaires. Ce sont eux qui sont maĂźtres du temps, maĂźtres des horloges", a expliquĂ© Mme Jullien.
113 dossiers concernent des incapacités temporaires de travail (ITT) supérieures ou égales à 8 jours, a-t-on précisé à l'IGPN.
Alors que l'exĂ©cutif refuse d'employer le terme de "violences policiĂšres", s'attirant les foudres des "gilets jaunes" et de leurs soutiens dans la classe politique, la cheffe de l'IGPN s'est elle aussi dĂ©clarĂ©e opposĂ©e Ă cette terminologie et a justifiĂ© la longueur des enquĂȘtes.
"Je rĂ©fute totalement le terme de violences policiĂšres puisque toutes les enquĂȘtes sont ouvertes pour savoir si l'usage de la force a Ă©tĂ© fait dans un cadre lĂ©gal et si la riposte est proportionnĂ©e Ă l'attaque qui a Ă©tĂ© subie", a avancĂ© Mme Jullien. "On n'est pas dans une situation oĂč on a face Ă face des personnes qui ont les mĂȘmes droits dans ces manifestations. On a des policiers qui ont l'usage de la force lĂ©gitime pour eux et on a des manifestants qui commettent des infractions, c'est pour cela que les enquĂȘtes sont diffĂ©rentes et plus longues pour les policiers."
La directrice a soulignĂ© que les policiers avaient dĂ» ĂȘtre mobilisĂ©s de nombreux samedis. "On n'a jamais connu ça. On n'a jamais connu des situations aussi difficiles en terme de manifestation (...) On s'est retrouvĂ© dans une situation de riposte nĂ©cessaire des policiers".
AFP

