Défilé contre la corruption

Neuf morts en 24 heures de manifestations en Irak

  • PubliĂ© le 3 octobre 2019 Ă  00:46
  • ActualisĂ© le 3 octobre 2019 Ă  05:05
Manifestation contre la corruption, le 2 octobre 2019 Ă  Bassora dans le sud-est de l'Irak

Neuf personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es et des centaines blessĂ©es en 24 heures en Irak, oĂč des milliers de manifestants ont dĂ©filĂ© mercredi pour le second jour consĂ©cutif contre la corruption, le chĂŽmage et la dĂ©liquescence des services publics.

Huit manifestants et un policier ont été tués par balles mardi et mercredi à Bagdad et dans la ville de Nassiriya (sud), selon des responsables qui n'ont pas précisé l'origine des tirs.

Le gouvernement d'Adel Abdel Mahdi en place depuis quasiment un an semble avoir fait le choix de la fermeté face à son premier test populaire, mais cela n'a pas découragé les manifestants qui ont continué d'affluer dans la nuit vers les points de ralliement à Bagdad et dans plusieurs villes du Sud.
Les forces antiémeutes déployées dans ces régions ainsi que dans la ville sainte chiite de Najaf, au sud de Bagdad, ont de nouveau tiré à balles réelles pour disperser les milliers de manifestants, selon des journalistes de l'AFP sur place.

Elles ont mĂȘme dĂ©clarĂ© un couvre-feu Ă  Najaf et Nassiriya, sans que cela ne fasse cesser la contestation, ont constatĂ© des correspondants de l'AFP. Manifestants et policiers Ă©taient principalement face-Ă -face aux abords de l'emblĂ©matique place Tahrir Ă  Bagdad, point de rendez-vous traditionnel des manifestants sĂ©parĂ© de l'ultrasensible Zone verte par le pont al-Joumhouriya bouclĂ© par les forces de l'ordre.

Et pour Ă©viter un dĂ©ferlement de protestataires dans la Zone verte oĂč siĂšgent les plus hautes institutions irakiennes et l'ambassade amĂ©ricaine, les autoritĂ©s ont fermĂ© ce secteur, rouvert Ă  la circulation en juin aprĂšs des annĂ©es d'interdiction.

En 2016, des manifestants avaient forcé l'entrée de la Zone verte à l'appel de l'influent leader chiite Moqtada Sadr. Ce dernier a appelé ses partisans à des "sit-in pacifiques" jeudi, faisant craindre une explosion du nombre de manifestants.
La municipalité de Bagdad a déclaré jeudi jour chÎmé pour les fonctionnaires, ce qui pourrait permettre aux forces de l'ordre de renforcer leur quadrillage de la cité tentaculaire de neuf millions d'habitants et de resserrer l'étau autour des manifestants.

- Pneus brûlés, routes bloquées -

Dans divers quartiers de la capitale, des manifestants ont brûlé des pneus, coupant des axes routiers importants. Selon des sources médicales, plus de 400 personnes ont été blessées en 24 heures à travers l'Irak, dont neuf au moins par balles à Bagdad.
Le gouvernement d'Abdel Mahdi a accusé mardi des "saboteurs" d'avoir "délibérément fait des victimes" lors des manifestations. Les revendications vont de la lutte contre la corruption à celle contre le chÎmage en passant par la récente mise à l'écart d'un général populaire.

Dans le quartier de Zaafaraniya à Bagdad, Abdallah Walid, un journalier de 27 ans, a dit réclamer "des emplois et de meilleurs services publics". "Cela fait des années qu'on les réclame et le gouvernement ne nous a jamais répondu", lance-t-il, excédé. "Aucun Etat n'attaque son peuple comme ce gouvernement. On est pacifiques et ils tirent", affirme Mohammed al-Joubouri, également journalier malgré son diplÎme universitaire, au milieu de colonnes de fumée noire s'élevant de pneus brûlés dans le quartier d'al-Chaab à Bagdad.

Les forces antiĂ©meutes ont Ă©galement molestĂ© des journalistes et arrĂȘtĂ© un reporter Ă  Bagdad, selon des correspondants sur place. Des Irakiens ont Ă©galement manifestĂ© Ă  Bassora (sud), mais aucune violence n'a Ă©tĂ© enregistrĂ©e.

- Réseaux sociaux difficiles d'accÚs -

L'accĂšs aux rĂ©seaux sociaux Ă©tait en outre quasi-impossible mercredi soir, et le rĂ©seau internet extrĂȘmement ralenti. Les manifestations contre le pouvoir ne sont pas rares en Irak mais depuis l'arrivĂ©e du gouvernement d'Abdel Mahdi le 25 octobre 2018, aucune d'apparence spontanĂ©e n'avait connu une telle ampleur.

La mobilisation rassemble toutes sortes de déçus du gouvernement, des diplÎmés chÎmeurs aux détracteurs de la corruption. Aucune organisation, politique ou religieuse, ne s'est déclarée à l'origine des appels à manifester en ligne.
Le quotidien d'orientation libérale Al-Bayina al-Jadida évoque en titre un mouvement "pour la premiÚre fois sans drapeau, sans affiches et sans slogans de parti".

Craignant une escalade, l'ONU a appelé à la "retenue". Pour le président irakien Barham Saleh, "manifester pacifiquement" est "un droit constitutionnel" et "les forces de l'ordre sont là pour protéger les droits des citoyens". "Nos jeunes veulent des réformes et du travail, c'est notre devoir de satisfaire ces demandes légitimes".

La Commission des droits de l'Homme du Parlement irakien a elle dénoncé une "répression" dont "les responsables devront rendre des comptes".
Meurtri par de nombreux conflits ces derniÚres décennies, l'Irak est sorti fin 2017 de sa guerre contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI), avec une économie exsangue et un chÎmage de 25% parmi les jeunes.

AFP

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