Garde des Sceaux

Ni "laxiste" ni "ultra-répressif", Dupond-Moretti dessine sa feuille de route

  • PubliĂ© le 19 juillet 2020 Ă  09:41
  • ActualisĂ© le 19 juillet 2020 Ă  11:01
Eric Dupond-Moretti lors de son premier Conseil des ministres le 7 juillet 2020

Ni "laxiste", ni "ultra-répressif", le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti défend une justice proche des citoyens, dessinant quelques priorités, de la lutte contre les violences conjugales à la fermeté face au terrorisme, des réformes du parquet et de la justice des mineurs, dans un entretien au JDD.

En 600 jours, il ne pourra pas tout faire, alors il ira "à l'instinct", avec "des idées" et la conscience d'un homme qui "doit tout à la République": "Comme avocat, j'ai toujours défendu des hommes, pas des causes. Cette fois encore, j'y suis allé pour l'homme", dit-il pour expliquer pourquoi il a troqué à 59 ans la robe d'avocat pour la cravate du ministre.

Son arrivée place VendÎme a suscité autant de surprise que d'inquiétude voire de défiance au sein de la magistrature et parmi les associations féministes, échaudées par ses critiques du mouvement #MeToo.

D'emblée il démine: "Je veux que les hommes suspectés de violences conjugales, s'ils ne sont pas déférés, soient convoqués par le procureur et reçoivent un avertissement judiciaire solennel".

"On m'a déjà dit que ça pourrait heurter la présomption d'innocence?: j'ai montré les dents... Il ne s'agit pas d'une condamnation; c'est le moyen de montrer à un homme que la justice est attentive et qu'elle ne laisse rien passer", assÚne-t-il.

"J'entends déjà que certains me caricaturent en laxiste qui veut vider les prisons, d'autres en ultra-répressif qui veut les remplir. Je ne serai ni l'un ni l'autre", répÚte-t-il.

L'ancien ogre du barreau connaßt l'immense "besoin de moyens" des tribunaux et affirme avoir obtenu des assurances pour le budget 2021 qui "va accroßtre le rythme des créations de postes pour la Justice".

Sur le terrorisme, alors que le Sénat va bientÎt examiner un texte controversé prévoyant des "mesures de sûreté" pour les condamnés à l'issue de leur peine, il confesse que sa "réflexion a évolué".

"J'ai toujours été opposé à la rétention de sûreté telle que l'envisageait le président Sarkozy, parce qu'elle envoyait en prison des individus non pour ce qu'ils avaient fait mais pour ce qu'ils seraient susceptibles de faire dans l'avenir", dit-il.

Mais il se dit "totalement favorable" à l'imposition du port du bracelet électronique "pour des gens qui ont été condamnés pour des faits de terrorisme", des personnes qui "de toute façon" seraient "surveillées par nos services de renseignement".

S'il est toujours en faveur du rapatriement des femmes et des enfants retenus en Syrie, il se retranche derriĂšre sa loyautĂ© Ă  un gouvernement qui "dĂ©fend l'idĂ©e que ces prisonniers doivent ĂȘtre jugĂ©s lĂ  oĂč ils ont commis leurs actes et qui examine au cas par cas la situation des mineurs pour leur rapatriement".

Les réformes qui lui tiennent à coeur et qu'il s'engage à mener restent celles du parquet - il veut voir les procureurs nommés, comme les juges, sur "avis conforme" du Conseil supérieur de la magistrature (CSM): "je veux graver cette rÚgle dans le marbre de la Constitution" - et de la justice des mineurs qu'il veut "plus rapide et plus efficace".

Sans promettre de révolution, il rappelle que "la justice est au service du justiciable, non l'inverse" et propose que parfois, le juge se déplace "plutÎt que le justiciable".

"Droit-de-l'hommiste" assumé, il entend aussi améliorer le quotidien des détenus "qui doivent sortir (de prison) moins mauvais qu'ils n'y sont entrés" et propose de généraliser l'existence de "délégués qui, parmi les prisonniers, signalent les difficultés, les carences".

Comme ministre, il s'interdira "toute intervention" dans des affaires particuliĂšres mais dĂ©fend le principe de remontĂ©es d'informations. Il s'est par ailleurs engagĂ© Ă  "rendre publiques" les conclusions de l'Inspection gĂ©nĂ©rale de la Justice, saisie concernant une enquĂȘte liĂ©e Ă  l'ancien prĂ©sident Nicolas Sarkozy, ayant visĂ© des avocats et magistrats - dans laquelle les fadettes de plusieurs avocats dont celles d'Eric Dupond-Moretti ont Ă©tĂ© scrutĂ©es.

AFP

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