Coup d'État

Niger: sommet crucial de la Cedeao aprĂšs l'echec de l'ultimatum aux militaires

  • PubliĂ© le 10 aoĂ»t 2023 Ă  07:25
  • ActualisĂ© le 10 aoĂ»t 2023 Ă  08:21
Des partisans des militaires qui ont pris le pouvoir au Niger manifestent à Niamey, le 6 août 2023

Les dirigeants des pays d'Afrique de l'Ouest opposés au coup d'Etat au Niger se réunissent jeudi à Abuja pour un sommet crucial, aprÚs l'échec de leur ultimatum aux militaires qui ont pris le pouvoir.

"D'importantes décisions" sont attendues lors de ce sommet, a prévenu mardi la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao), qui a réaffirmé privilégier la voie diplomatique pour restaurer l'ordre constitutionnel au Niger, tout en maintenant sa menace d'un recours à la force.

La Cedeao, par la voix du Nigeria qui assure la présidence tournante de l'organisation, s'exprimait pour la premiÚre fois depuis l'expiration dimanche soir d'un ultimatum de sept jours lancé aux militaires pour rétablir le président Mohamed Bazoum dans ses fonctions.

Or les nouveaux maßtres du Niger ont semblé jusqu'ici fermés aux tentatives de négociations de la Cedeao. Ce qui fait craindre que le sommet de jeudi matérialise la menace d'intervention militaire, aussi redoutée que critiquée dans la région.

Mardi encore, une délégation conjointe de la Cedeao, de l'Union africaine (UA) et des Nations unies avait tenté de se rendre à Niamey. En vain, les putschistes leur barrant la route en invoquant des raisons de "sécurité".

- Gouvernement de transition ? -

L'Ă©chec de cette visite s'ajoutait Ă  un autre signe de dĂ©fiance des nouveaux dirigeants nigĂ©riens: la nomination lundi d'un Premier ministre civil, Ali Mahaman Lamine Zeine, qui semble ĂȘtre la premiĂšre Ă©tape vers la dĂ©signation d'un gouvernement de transition.

Seule éclaircie à la veille du sommet, une rencontre mercredi soir à Niamey entre le nouvel homme fort du Niger, le général Abdourahamane Tiani, et l'ex-émir de l'Etat nigérian de Kano Sanusi Lamido Sanusi, un proche du président du Nigeria Bola Tinubu.

"Nous sommes venus en espĂ©rant que notre arrivĂ©e va ouvrir la voie Ă  de vraies discussions entre les dirigeants du Niger et ceux du Nigeria", a dĂ©clarĂ© l'ex-Ă©mir, prĂ©cisant cependant ne pas ĂȘtre un "Ă©missaire du gouvernement" nigĂ©rian.

En marge de ces tentatives diplomatiques, les chefs d'Ă©tat-major de la Cedeao se sont rĂ©unis vendredi Ă  Abuja, oĂč ils ont dĂ©fini les contours d'une possible intervention militaire.

C'est donc un sommet crucial pour l'Afrique de l'Ouest qui s'ouvre jeudi matin à Abuja. S'envolant pour la capitale nigériane mercredi soir, le président de Guinée-Bissau Umaro Sissoco Embalo a affirmé que "le seul président" reconnu au Niger est le président Bazoum.

"Les coups d'Etat doivent ĂȘtre bannis", a-t-il ajoutĂ©, estimant que la Cedeao, dont son pays et le Niger font partie, jouait son existence aprĂšs les putsch dans trois autres Etats membres (Mali, GuinĂ©e, Burkina Faso; suspendus de ses instances dirigeantes) depuis 2020.

De leur cÎté, le Mali et le Burkina Faso ont affiché leur solidarité avec les militaires du Niger. Ils ont affirmé que si le pays était attaqué par la Cedeao, ce serait "une déclaration de guerre" pour eux.

Mardi, ils ont adressĂ© des lettres conjointes Ă  l'ONU et Ă  l'UA en appelant Ă  leur "responsabilitĂ©" pour empĂȘcher "toute intervention militaire contre le Niger dont l'ampleur des consĂ©quences sĂ©curitaires et humanitaires serait imprĂ©visible".

- Soutiens occidentaux -

Dans ses efforts pour rétablir le président Bazoum, la Cedeao peut quant à elle compter sur le soutien des puissances occidentales, en premier lieu les Etats-Unis et la France qui avaient fait du Niger un pivot de leur dispositif antijihadiste au Sahel.

Les Etats-Unis ont exprimé mercredi leur inquiétude à propos des conditions de détention de M. Bazoum, détenu depuis le coup d'Etat du 26 juillet dans sa résidence présidentielle.

La numéro deux de la diplomatie américaine était venue lundi à Niamey pour rencontrer les auteurs du coup d'Etat, réunion à laquelle n'avait pas participé le général Tiani. Elle n'avait pas non plus rencontré M. Bazoum.

Les discussions "ont Ă©tĂ© extrĂȘmement franches et par moment assez difficiles", avait-t-elle reconnu.

La France, ex-puissance coloniale réguliÚrement vilipendée lors de manifestations en Afrique de l'Ouest, a fait savoir mardi de source diplomatique qu'elle appuyait "les efforts des pays de la région pour restaurer la démocratie" au Niger.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a lui aussi dit sa préoccupation, exigeant la libération de Mohamed Bazoum et dénonçant "les déplorables conditions dans lesquelles vivraient le président Bazoum et sa famille".

Depuis l'arrivée des militaires au pouvoir, la France a suspendu les accords de coopération militaire avec Niamey. Les militaires nigériens ont, eux, dénoncé la semaine derniÚre ces accords, ce que Paris a rejeté, au motif que ceux-ci avaient été signés par les autorités nigériennes légitimes.

Mercredi, les militaires ont Paris d'avoir violé dans la matinée l'espace arien nigérien, fermé depuis dimanche, avec un avion de l'armée française venu du Tchad, et d'avoir "libéré des terroristes". Des accusations aussitÎt démenties par la France.

AFP

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