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Nigeria: la cuisine gastronomique, nouvelle tendance Ă  Lagos

  • PubliĂ© le 28 fĂ©vrier 2016 Ă  13:50
Le chef sénégalais pionnier de la cuisine africaine Pierre Thiam dans son restaurant de Lagos, le 14 janvier 2016

A Lagos, dans l'atmosphÚre feutrée du trÚs chic restaurant "Nok By Alara", on se régale d'un "pounded yam", fameuse igname pilée nigériane.

Un classique de l'ouest de l'Afrique revisité par un chef pionnier de la gastronomie africaine, pour le plus grand bonheur des "repats", ces Nigérians revenus au pays aprÚs un détour à l'étranger.
Dans ce restaurant, on déguste aussi du mafé sénégalais, à base de sauce arachide, des pancakes de patate douce et banane plantain, des calamars grillés et parfumés aux épices de suya - typiques du nord du Nigeria -, une soupe de gombo aux fruits de mer ou encore une tarte aux hibiscus.
Ces plats, pour certains concoctés de mÚre en fille depuis des générations et servis dans toutes les cantines populaires, le chef sénégalais Pierre Thiam les conçoit en puisant son inspiration dans les marchés africains et en mixant les influences. Il associe des savoir-faire ancestraux, combine des épices oubliées avec des éléments de la cuisine populaire...
Résultat: "Une nourriture avec laquelle on a grandi mais présentée d'une façon surprenante. (...) C'est une version trÚs fine de la nourriture nigériane, du jamais vu, vraiment fascinant", commente le blogueur culinaire Nosa Oyegun.
Lui et Folayemi Agusto, plus connus par leurs lecteurs comme "Nosa et Folly", ont montĂ© "eat drink Lagos", un blog oĂč ils dĂ©cortiquent les menus des restaurants de la ville.
Les deux trentenaires font partie des plusieurs milliers de "repats" que compte Lagos, ces NigĂ©rians revenus travailler dans leur pays aprĂšs avoir Ă©tudiĂ© Ă  l'Ă©tranger. Ils admettent rechercher "les saveurs de leur enfance" mais aussi "la mĂȘme qualitĂ© de service" que celle expĂ©rimentĂ©e dans les restaurants Ă  l'Ă©tranger.
"Il y a une classe moyenne Ă©mergente (...) prĂȘte Ă  dĂ©penser de l'argent au restaurant", estime Nosa.
Il constate que depuis son retour au Nigeria en 2013, "beaucoup de restaurants ont ouvert". Mais entre sushis, pizzas et burgers, rares sont les établissements branchés qui valorisent la cuisine locale.
- 'Nigerian gourmet food' -
Pourtant, l'Afrique "a tellement à offrir!", s'exclame Pierre Thiam. "A travers le continent, on a pléthore d'ingrédients qui sont trÚs nutritifs et plein de saveurs (...). Et puis on a des techniques à valoriser: aujourd'hui on parle de fermentation, mais c'est quelque chose qui existe chez nous depuis des millénaires", poursuit-il.
Cet homme grand et fin, vĂȘtu d'une blouse blanche brodĂ©e Ă  son nom, a les yeux qui brillent. Chimiste de formation, il ne pensait pas qu'un jour sa passion, la cuisine, deviendrait son mĂ©tier. Il imaginait ce domaine rĂ©servĂ© aux femmes, jusqu'Ă  ce qu'il quitte son SĂ©nĂ©gal natal et dĂ©couvre les cuisines des restaurants new-yorkais en y gravissant tous les Ă©chelons, d'assistant serveur Ă  chef dans son propre Ă©tablissement.
Deux restaurants et deux livres plus tard, celui qui a relevé le défi de faire découvrir la gastronomie africaine à un public occidental à New York, à la fin des années 90, ouvre à Lagos sa premiÚre adresse africaine.
Plusieurs jeunes chefs, souvent inspirés par des séjours à l'étranger, commencent eux aussi à se lancer dans le "Nigerian gourmet food", comme ils l'appellent, dans le cadre d'événement ponctuels ou de soirées privées.
"Quand je suis rentrée au Nigeria, j'ai été vraiment impressionnée par toutes les ressources qu'on a ici" en termes d'ingrédients et de saveurs, raconte la chef Imoteda, à peine 29 ans, fraßchement formée à l'école du Cordon Bleu au Royaume Uni. "Mais nos plats ne sont pas toujours trÚs alléchants visuellement, ce qui les rend difficiles à exporter".
- Samoussas aux escargots -
Un samedi de février, douze convives sont réunis dans le cadre d'un "lunch club" chez Stranger, un concept store branché de Lagos, tout en boiseries, avec une impressionnante collection de whiskys japonais et une sélection pointue de cafés africains.
Yvette Dimiri, revenue vivre au Nigeria il y a un an, est l'une d'entre eux. Elle aime les produits typiquement nigérians, qui lui rappellent son enfance. Mais "presque toute notre cuisine est pleine d'huile et à base de féculents (...) parce qu'avant, on était des paysans et on avait l'habitude de marcher des kilomÚtres", donc il fallait une nourriture consistante, dit-elle. Mais aujourd'hui, "ce n'est plus le cas!"
En cuisine, Ozoz Sokoh prépare des samoussas aux escargots et du poulet au curry vert et "scent leaves", une plante nigériane proche du shiso japonais.
Pendant les horaires de bureau, Ozoz est géologue pour la compagnie pétroliÚre Shell. Mais le soir et le week-end, elle est "kitchen butterfly" ("cuisiniÚre papillon") sur les réseaux sociaux et pour des clients privés et s'adonne à sa passion: faire découvrir les trésors cachés de la gastronomie nigériane.
"J'adorerais qu'au Nigeria, on arrĂȘte de manger seulement parce qu'on a faim, et qu'on cĂ©lĂšbre plutĂŽt les goĂ»ts, les textures, les couleurs...", dit-elle en dressant ses assiettes avec soin.

Par Cecile DE COMARMOND - © 2016 AFP
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