DécÚs de Naomi Musenga

Nombreux dysfonctionnements, démission du responsable du Samu

  • PubliĂ© le 20 juin 2018 Ă  21:32
  • ActualisĂ© le 21 juin 2018 Ă  05:59
Les proches de Naomi Musenga durant une marche en hommage Ă  la jeune femme le 16 mai 2018, Ă  Strasbourg

Six mois aprÚs la mort de Naomi Musenga dont l'appel de détresse avait été raillé par une régulatrice du Samu de Strasbourg, un rapport de l'Igas a pointé une série de dysfonctionnements dans cette affaire qui avait bouleversé la France, entraßnant la démission immédiate du responsable du Samu.


"La procédure générale de régulation" appliquée par le Samu au moment du décÚs fin décembre de Naomi Musenga n'était "pas conforme aux recommandations de bonnes pratiques" et "source de risque pour les patients", souligne l'Inspection des affaires sociales (Igas) dans ce rapport publié mercredi.

L'Igas pointe les réponses "non adaptées de l'assistante de régulation médicale" qui avait employé un "ton dur, intimidant et déplacé face (aux) demandes d'aide réitérées" de Naomi Musenga, décédée à l'ùge de 22 ans dans d'atroces souffrances.Quelques minutes aprÚs la publication du rapport, les HÎpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) ont annoncé avoir "accepté" la démission du responsable du SAMU, auquel l'Igas reproche notamment un défaut "d'accompagnement de la famille".

Ce mĂ©decin qui travaillait de longue date pour les HUS avait lui-mĂȘme prĂ©sentĂ© sa dĂ©mission dĂ©but mai, lorsque l'affaire avait Ă©clatĂ©, a indiquĂ© Ă  l'AFP le directeur des HUS, Christophe Gautier.

Quant à l'assistante de régulation qui avait réceptionné l'appel de Naomi Musenga le 29 décembre 2017, elle fait l'objet d'"une suspension à titre conservatoire depuis le 9 mai", rappellent les HUS.Mais une "procédure disciplinaire sera également engagée" à son encontre, selon M. Gautier.

Les dysfonctionnements pointĂ©s par l'Igas sont multiples et ont "conduit Ă  un retard global de prise en charge de prĂšs de 2h20" bien que "seule une expertise clinique permettrait de mesurer la perte de chance" de survie engendrĂ©e par ce retard, relĂšvent les inspecteurs."Alors que tout appel Ă  caractĂšre mĂ©dical devrait ĂȘtre +rĂ©gulĂ©+ par un mĂ©decin, la procĂ©dure en vigueur au Samu de Strasbourg permettait aux assistants de rĂ©gulation mĂ©dicale, dans certains cas, de traiter seuls ce type d'appels", ajoutent-ils.
Et tandis que les procédures en vigueur à Strasbourg prévoyaient le transfert de l'appel à un médecin régulateur en cas de "douleur abdominale", ce dont se plaignait précisément Naomi Musenga, l'appel n'a pas été transmis "bien que deux médecins soient présents".

- "Ton moqueur" -

De plus, l'opératrice du Samu n'a posé "aucune question permettant d'éclairer l'état clinique de la patiente" et conseillé plusieurs fois à la jeune femme d'appeler SOS Médecins, bien qu'elle ait dit "explicitement qu'elle n'était pas en mesure de le faire", détaillent les inspecteurs.

Mais l'assistante de rĂ©gulation du Samu n'est pas la seule Ă  ĂȘtre Ă©pinglĂ©e. Le transfert de l'appel entre l'opĂ©ratrice des pompiers qui avait reçu la premiĂšre l'appel de Naomi Musenga, et sa collĂšgue du Samu s'Ă©tait dĂ©jĂ  "fait sur un ton moqueur", relĂšve encore l'Igas.
Face à cette situation, les inspecteurs ont appelé les HUS à élaborer "sans délai" un "plan d'action" que le directeur de l'établissement s'est engagé à mettre en oeuvre "complÚtement".

Révélée début mai par l'hebdomadaire alsacien Heb'di qui avait mis en ligne sur son site l'enregistrement de l'appel, l'affaire Naomi avait provoqué une vague d'indignation.

Une semaine plus tard, un millier de personnes -famille, amis, connaissances ou simples anonymes- avaient défilé en silence au coeur de Strasbourg pour rendre hommage à la jeune femme et réclamer "justice et vérité". "Plus jamais ça", avait lancé sa mÚre devant la foule.

La ministre de la SantĂ©, AgnĂšs Buzyn, s'Ă©tait dĂ©clarĂ©e "profondĂ©ment indignĂ©e", dĂ©nonçant de "graves dysfonctionnements" et indiquant fin mai avoir "connaissance d'une dizaine d'affaires" comparables.En parallĂšle de l'enquĂȘte de l'Igas, le parquet de Strasbourg a ouvert une enquĂȘte prĂ©liminaire.
AFP

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