Guerre en Ukraine

Non loin de Bakhmout, des tankistes ukrainiens "prĂȘts" pour l'offensive

  • PubliĂ© le 2 mai 2023 Ă  09:54
  • ActualisĂ© le 2 mai 2023 Ă  10:38
Des soldats ukrainiens nettoient le canon de leur char sur la ligne front prĂšs de la ville de Bakhmout, en Ukraine, le 30 avril 2023

Sur le front est de l'Ukraine, des tankistes ukrainiens se disent "prĂȘts" pour l'offensive de printemps annoncĂ©e par Kiev, aprĂšs avoir combattu les Russes Ă  Bakhmout oĂč la longue bataille pourrait bientĂŽt toucher Ă  sa fin.

Abrités dans un bois, le chef d'équipage Oleksandre et ses trois camarades assemblent un manche de six mÚtres de long surmonté d'un gros écouvillon pour nettoyer l'imposant canon de leur char T-72.

Ils n'ont pas tirĂ© depuis plusieurs jours mais ils entretiennent rĂ©guliĂšrement leur blindĂ© afin d'ĂȘtre "toujours prĂȘts" pour l'offensive annoncĂ©e, dit Oleksandre.

Depuis plusieurs mois, l'Ukraine affirme vouloir donner un assaut décisif pour renverser le cours de l'invasion russe et libérer les prÚs de 20% de son territoire occupés - dont la péninsule de Crimée.

"Nous devons aller de l'avant car c'est notre seule chance de rentrer chez nous plus tÎt. Ce n'est qu'avec notre victoire que nous pourrons rentrer plus vite. Alors nous attendons, nous attendons", poursuit le chef d'équipage, essoufflé aprÚs l'opération de nettoyage du canon.
Au loin, le fracas des tirs d'artillerie et des explosions résonne dans le ciel chargé de pluie.

A une quinzaine de kilomĂštres se trouve Bakhmout, l'Ă©picentre des combats dans l'est de l'Ukraine, oĂč des affrontements particuliĂšrement meurtriers font rage depuis l'Ă©tĂ© dernier.

Ces derniÚres semaines, les combattants russes, ceux du groupe paramilitaire Wagner et ceux des forces spéciales de l'armée, ont fortement progressé dans le centre de la localité, à l'issue d'intenses combats urbains.

Les Ukrainiens ne tiennent plus qu'une petite partie ouest de la cité et les autorités russes affirment contrÎler environ 90% de la cité - qui

comptait 70.000 habitants avant le conflit - aujourd'hui quasiment en ruines.
"D'aprÚs ce que je peux voir de la situation actuelle, il semble qu'il ne reste presque plus rien à Bakhmout qui soit contrÎlé par nous", estime Oleksandre, le commandant d'un escadron de T-72 fournis à l'Ukraine par la Pologne il y a quelques mois déjà.

- Terrains plus ou moins propices -

Zaur, quant à lui, est resté cinq jours dans cette ville mi-avril, en mission d'appui de l'infanterie, bien que "les chars ne soient généralement pas conçus pour les combats urbains".

"C'est une grosse machine. Il est difficile de faire demi-tour, de manƓuvrer, de battre en retraite", dit cet autre chef de T-72, prĂ©cisant avoir effectuĂ© une cinquantaine de tirs au total pendant sa mission.

Comparant les types de terrain plus ou moins favorables à l'utilisation des chars, les tankistes estiment que la région vallonnée autour de Bakhmout est plus compliquée que celles méridionales de Kherson et de Zaporijjia, faites de grandes plaines agricoles.
Ces derniÚres zones sont réguliÚrement évoquées par les analystes en tant que possible théùtre de l'offensive attendue pour le printemps des forces ukrainiennes.

Autour de Bakhmout, "c'est un paysage trÚs difficile. Il y a des vallons et des fossés. Et les distances à parcourir sont trÚs courtes - 200, 300 mÚtres. Cela n'a donc peu de sens, ils (les Russes) peuvent nous voir. Et la visibilité est plutÎt mauvaise dans nos chars", explique Oleksandre, le commandant de l'escadron.

Pour reconquérir le territoire perdu, l'Ukraine assure avoir formé des brigades d'assaut et stocké des munitions tout en s'efforçant d'épargner ses troupes et d'épuiser celles de son adversaire sur le front. Elle a aussi reçu des chars de combat et de l'artillerie de longue portée de ses soutiens occidentaux.

Mais pour Ivan, un mécanicien de 24 ans, occupé à nettoyer la mitrailleuse de son T-72, "la contre-offensive ne changera pas les choses aussi rapidement que tout le monde le souhaite. Pour une contre-offensive, il faut des forces importantes, beaucoup d'équipements (...) Je ne pense pas que ce sera bientÎt le cas. Et ce ne sera pas si facile", estime-t-il.

En attendant, "nous entretenons les machines, nous entretenons les armes. Nous acquérons de nouvelles connaissances. Nous sommes toujours en alerte", ajoute le jeune homme.

Oleksandre, 40 ans, le commandant adjoint du bataillon auquel appartiennent les tankistes interrogés, insiste aussi sur l'importance de la préparation des équipages, dont chaque membre doit bien se connaßtre et avoir des automatismes.

"Ici (dans un char), il faut tout comprendre Ă  demi-mot. Pour les tankistes, une fraction de seconde est dĂ©terminante. S'Ă©loigner d'un bombardement ou atteindre la cible. Car la cible, elle non plus, ne reste pas immobile, elle bouge. Elle doit ĂȘtre touchĂ©e, elle doit ĂȘtre dĂ©truite et la tĂąche doit ĂȘtre accomplie", explique-il.

AFP

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