Birmanie

Nouveau report judiciaire pour Aung San Suu Kyi, qui n'a toujours pas vu ses avocats

  • PubliĂ© le 27 avril 2021 Ă  10:31
  • ActualisĂ© le 27 avril 2021 Ă  15:06
Un portrait d'Aung San Suu Kyi lors d'une manifestation contre le coup d'Etat militaire en Birmanie, le 24 février 2021 à Rangoun

Un rendez-vous judiciaire d'Aung San Suu Kyi, détenue au secret depuis prÚs de trois mois et inculpée à de multiples reprises par la junte, a été reporté au 10 mai, alors que l'ex-dirigeante birmane n'a toujours pas été autorisée à rencontrer son équipe de défense.

Aung San Suu Kyi, 75 ans, a comparu lundi en visioconfĂ©rence devant un tribunal de la capitale Naypyidaw. Elle a demandĂ© Ă  enfin pouvoir rencontrer l'Ă©quipe chargĂ©e de la dĂ©fendre, mais la police n'a pas accĂ©dĂ© Ă  sa requĂȘte, disant y travailler "Ă©tape par Ă©tape", et l'audience a Ă©tĂ© reportĂ©e au 10 mai, a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP l'avocate Min Min Soe. La laurĂ©ate du prix Nobel de la Paix 1991, amaigrie mais semblant en bonne santĂ©, est trĂšs contrariĂ©e par la lenteur de la procĂ©dure, a ajoutĂ© Min Min Soe.

- Six chefs d'accusation -

ArrĂȘtĂ©e lors du putsch militaire du 1er fĂ©vrier, Aung San Suu Kyi n'a pas Ă©tĂ© vue en public depuis et est assignĂ©e Ă  rĂ©sidence Ă  Naypyidaw. Elle est poursuivie pour six chefs d'accusation, notamment pour violation d'une loi sur les secrets d'Etat datant de l'Ă©poque coloniale. Elle est aussi accusĂ©e d'avoir perçu plus d'un million de dollars et onze kilos d'or de pots-de-vin, mais n'a pas Ă©tĂ© inculpĂ©e de "corruption" pour le moment. Si elle Ă©tait reconnue coupable, elle pourrait ĂȘtre bannie de la politique, voire condamnĂ©e Ă  de longues annĂ©es de prison. Aung San Suu Kyi n'a "pas accĂšs aux informations et Ă  la tĂ©lĂ©vision. Je ne pense pas qu'elle connaisse la situation actuelle du pays", a dĂ©plorĂ© Min Min Soe.

Les manifestations quotidiennes pour rĂ©clamer sa libĂ©ration et le rĂ©tablissement de la dĂ©mocratie continuent Ă  ĂȘtre violemment rĂ©primĂ©es par les forces de sĂ©curitĂ©. Plus de 750 personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es et prĂšs de 3.500 arrĂȘtĂ©es, selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP). Lundi, de petits groupes de protestataires sont encore descendus dans les rues Ă  travers le pays, brandissant des pancartes "LibĂ©rez nos dirigeants" et des drapeaux rouges ornĂ©s d'un paon dorĂ©, le symbole du parti d'Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la dĂ©mocratie (LND). Selon la tĂ©lĂ©vision d'Etat, un membre des forces de sĂ©curitĂ© a Ă©tĂ© tuĂ© dans l'Etat de Chin, lorsque son convoi a Ă©tĂ© attaquĂ© par des personnes armĂ©es.

- Obama monte au créneau -

Le chef de la junte, le général Min Aung Hlaing, a expliqué son coup d'Etat en alléguant des fraudes aux législatives de novembre, massivement remportées par la LND. Il a effectué ce week-end son premier déplacement à l'étranger depuis le coup d'Etat, en participant à un sommet avec les responsables de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean) à Jakarta. Selon des sources aux Nations unies, il s'y est entretenu avec l'envoyée spéciale de l'ONU pour la Birmanie, Christine Schraner Burgener. Cette derniÚre, qui n'a pour l'instant pas été autorisée à se rendre dans le pays, avait déjà appelé à agir contre les généraux birmans, craignant "un bain de sang (...) imminent".

Les dix Etats membres de l'Asean ont plaidĂ© pour une "cessation immĂ©diate de la violence en Birmanie". "Le communiquĂ© (de l'Asean) n'inclut pas ce que demandent les civils: le respect des droits humains fondamentaux, de la dĂ©mocratie et de la paix", a critiquĂ© l'AAPP. La tĂ©lĂ©vision nationale contrĂŽlĂ©e par l'Etat a qualifiĂ© l'AAP d'"organisation illĂ©gale" lundi soir, ajoutant que des mesures allaient ĂȘtre prises contre elle. L'ancien prĂ©sident amĂ©ricain Barack Obama a exhortĂ© lundi les pays voisins de la Birmanie Ă  "reconnaĂźtre qu'un rĂ©gime meurtrier rejetĂ© par le peuple ne fera qu'apporter une plus grande instabilitĂ©, une crise humanitaire et le risque d'un Etat dĂ©faillant".

Les Etats-Unis, l'UE et le Royaume-Uni ont sanctionnĂ© la junte et des sociĂ©tĂ©s qui y sont affiliĂ©es. Mais la Russie et la Chine, alliĂ©es des gĂ©nĂ©raux, ont bloquĂ© toute autre mesure, tel un embargo sur les armes. Moscou suit la situation en Birmanie "avec une grande attention", selon le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. "NĂ©anmoins, la Russie a des relations de longue date avec la Birmanie, et nous y tenons", a-t-il ajoutĂ©, estimant que le pays "doit rĂ©soudre lui-mĂȘme ses problĂšmes".

AFP

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