Combat

Nouvelle croisade du prix Nobel indien contre l'exploitation sexuelle des enfants

  • PubliĂ© le 10 septembre 2017 Ă  13:03
Le prix Nobel de la paix indien Kailash Satyarthi reçoit des fleurs d'écoliers, le 6 novembre 2015.

Son combat inlassable contre le travail des enfants lui a valu des cicatrices sur tout le corps.

Mais aujourd'hui, le prix Nobel de la paix indien Kailash Satyarthi espĂšre qu'un million de personnes se joindront Ă  sa nouvelle croisade contre la traite et l'exploitation sexuelle des mineurs.

"C'est une guerre contre les viols, une guerre contre les abus sexuels et la traite des enfants, car ce ne sont pas des crimes ordinaires et on ne peut les résoudre par l'approche habituelle", explique-t-il dans un entretien avec l'AFP.

"Toutes les heures, deux enfants sont victimes d'abus sexuels. Un enfant disparaßt toutes les huit minutes en Inde et ils ne s'évaporent pas". "Ces enfants sont victimes de la traite. On les achÚte et on les vend comme si c'était des animaux. Parfois à des prix moindres que si c'était des animaux".

Kailash Satyarthi, 63 ans, lance lundi une "Marche pour l'Inde" qui dĂ©marrera Ă  Kanyakumari, dans l'extrĂȘme sud, traversera les 29 Etats et sept Territoires de l'union que compte le pays, et se terminera Ă  New Delhi le 16 octobre. Il espĂšre que cette campagne ouvrira les yeux de l'opinion. Plus de 9.000 enfants ont Ă©tĂ© victimes de trafic en 2016, en hausse de prĂšs de 25% sur un an, selon le ministĂšre de la Femme et du dĂ©veloppement des enfants.
Environ 14.000 enfants ont subi viols et harcĂšlement sexuel en 2015, d'aprĂšs le Bureau des archives criminelles nationales.

Mais ces chiffres ne sont que la partie émergée de l'iceberg, jugent les experts. En Inde, ces crimes sont souvent tus.
"Nous voulons réveiller la nation toute entiÚre, sensibiliser les gens aux abus sexuels sur les enfants et leur traite car c'est une menace cachée", dit M. Satyarthi.

- Raids dangereux -

Les trafiquants attirent les enfants, pour la plupart originaires de villages reculés, avec la promesse fallacieuse d'un emploi. Ils sont ensuite vendus à des bordels, des usines ou à des bandes criminelles qui les forcent à mendier.

M. Satyarthi est Ă  l'avant-garde de la lutte contre le travail des enfants en Inde, qui, d'aprĂšs l'Unicef, concerne plus de 10 millions d'entre eux.
En cause, selon M. Satyarthi, qui est lui-mĂȘme pĂšre de deux enfants, la faillite des forces de l'ordre et du systĂšme judiciaire. En 1980, il a fondĂ© le "Bachpan Bachao Andolan" ou "Mouvement pour sauver l'enfance" pour secourir les mineurs travaillant dans d'atroces conditions.

Ses équipes mÚnent fréquemment des opérations dangereuses, comme des descentes à l'aube dans des usines, des mines ou des ateliers -- souvent surveillés par des gardes armés -- employant des enfants.

M. Satyarthi raconte qu'il a pris conscience du problÚme à cinq ans en voyant un garçon de son ùge en train de cirer des chaussures devant son école.
Il se rappelle de sa premiĂšre opĂ©ration de sauvetage, en 1981, Ă  une Ă©poque oĂč il n'y avait pas de loi contre le travail des enfants.

AprÚs avoir rassemblé des fonds en vendant les bijoux de sa femme, il avait libéré avec ses amis 36 enfants et adultes réduits en esclavage depuis 17 ans dans une usine de briques du Punjab. "En les sauvant, je me suis rendu compte que +non, ce sont eux qui me libÚrent de l'intérieur+. C'est une prise de conscience de la liberté trÚs spéciale".

- 'Devoir accompli' -

"Depuis, je n'ai jamais regardé en arriÚre, j'ai continué à libérer des enfants. D'un autre cÎté, eux m'ont libéré, ils m'ont apporté une grande joie et le sentiment du devoir accompli". C'est en 2014 qu'il a reçu le prix Nobel, conjointement avec la Pakistanaise Malala Yousafzai.

Mais le combat n'a pas Ă©tĂ© facile. Il a Ă©tĂ© passĂ© Ă  tabac, a Ă©tĂ© menacĂ© de mort et d'emprisonnement. Deux de ses collĂšgues ont Ă©tĂ© assassinĂ©s. "Bien sĂ»r, c'Ă©tait trĂšs dangereux", reconnaĂźt-il. "Je suis couvert de blessures et de cicatrices. Mon pied gauche a Ă©tĂ© cassĂ©, comme mes cĂŽtes et mon Ă©paule, je ne peux pas la soulever". "Mais rien ne pourra m'arrĂȘter".

Il annonce avec fierté que son mouvement a sauvé 86.000 enfants du travail forcé à travers l'Inde et dispose de réseaux militants dans plus de 140 pays.
Dans les années 1990, il avait fondé la "Marche mondiale contre le travail des enfants", coalition internationale visant à libérer des millions d'enfants de l'esclavage.

"Avant, je combattais contre l'esclavage et le travail des enfants. Maintenant, je déclare la guerre au viol et aux abus sexuels. Ce n'est pas le problÚme de quelqu'un d'autre. C'est votre problÚme, cela peut arriver partout".
 

AFP

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